La Saxe-Anhalt bascule à droite, l'Allemagne regarde ailleurs

L’extrême droite allemande s’apprête à diriger le Parlement de Saxe-Anhalt. Une première depuis 1945, alors que les conservateurs de Merz s’effondrent. Pourquoi ce basculement passe presque inaperçu ? Et que cache cette victoire, au-delà des discours ?

Publié le 6 octobre 2026 à 14:00
La Saxe-Anhalt bascule à droite, l'Allemagne regarde ailleurs

Pourquoi ce Parlement n’intéresse personne ?

La Saxe-Anhalt, c’est 2,1 millions d’habitants, un PIB par habitant à 30 000 euros, soit 15 % de moins que la moyenne allemande. Un État où le chômage frôle les 6 % (contre 3,5 % dans le pays), où les usines ferment et où les jeunes partent. Bref, un territoire que l’Allemagne officielle a déjà classé en zone de non-droit politique. En 2021, l’AfD y a frôlé les 30 % aux régionales. Cette fois, elle en a pris 32,9 %. Suffisant pour rafler la présidence du Landtag, le Parlement local. Et personne ne bronche.

Pourquoi ? Parce que l’Allemagne a d’autres priorités. La guerre en Ukraine, l’inflation, les tensions avec la Chine, les grèves chez la Deutsche Bahn… Dans ce contexte, un petit État de l’Est qui bascule à droite, c’est presque une bonne nouvelle. Moins de migrants, moins de dépenses sociales, plus de fermeté face à Berlin. Les électeurs de l’AfD ne sont pas des idiots : ils savent très bien ce qu’ils veulent. Et ce qu’ils veulent, c’est que l’Allemagne arrête de leur tenir la main.

Sauf que.

Sauf que l’AfD, ce n’est pas qu’un parti de protestation. C’est une machine politique bien huilée, avec des cadres, des stratégies, des alliances locales. Et surtout, une base militante prête à tout. En Saxe-Anhalt, le parti a déjà imposé ses hommes dans les mairies, dans les écoles, dans les médias locaux. Quand un parti d’extrême droite contrôle un Parlement régional, il ne se contente pas de voter des lois. Il forme des élites. Il éduque une génération. Et il prépare le terrain pour le reste du pays.

Le vrai problème, ce n’est pas la Saxe-Anhalt. C’est ce que ça annonce.

En 2017, l’AfD avait fait irruption dans le Bundestag avec 12,6 % des voix. En 2021, elle en avait 10,3 %. Une baisse ? Non. Un repli tactique. Le parti a recentré son discours, abandonné ses excès les plus voyants (du moins en apparence), et s’est concentré sur les thèmes qui font mouche : l’immigration, la sécurité, le pouvoir d’achat. Résultat : dans les sondages, elle flirte désormais avec les 20 % au niveau national. En Saxe-Anhalt, elle a même dépassé les conservateurs de la CDU, le parti de la chancelière Scholz, et accessoirement, celui d’Olaf Scholz lui-même, avant qu’il ne trahisse ses électeurs en devenant ministre des Finances.

La CDU, c’est le parti qui a gouverné l’Allemagne pendant des décennies. Celui qui a mené la réunification, qui a géré la crise de l’euro, qui a tenu tête à Trump. Aujourd’hui, en Saxe-Anhalt, il n’a plus que 19,5 % des voix. En Thuringe, en Brandebourg, en Saxonie, c’est la même hémorragie. Les électeurs de l’Est n’ont plus confiance. Ils ne veulent plus entendre parler de « valeurs européennes », de « transition écologique », ou de « bienveillance envers les migrants ». Ils veulent des résultats. Et l’AfD, elle, elle en promet.

Ce que l’AfD ne dit pas, c’est comment elle compte tenir ses promesses.

Parce que gouverner, ce n’est pas juste faire des discours. C’est gérer des hôpitaux en ruines, des écoles sous-financées, des routes qui s’effondrent. L’AfD en Saxe-Anhalt va-t-elle vraiment réussir à faire mieux que la CDU ? Ou va-t-elle se retrouver coincée entre ses promesses et la réalité ? Personne ne sait. Personne ne veut savoir. Parce que poser la question, c’est admettre que l’extrême droite pourrait bien gagner ailleurs.

Et ça, personne ne veut l’envisager.

Le vrai danger, ce n’est pas l’AfD elle-même. C’est ce qu’elle révèle.

L’Allemagne a un problème démocratique. Un gros problème. Depuis des années, les partis traditionnels, la CDU, le SPD, les Verts, gouvernent sans conviction, sans projet clair, sans jamais vraiment écouter leurs électeurs. Ils parlent aux urbains, aux diplômés, aux bobos de Berlin. Mais ils ont oublié l’Est. Ils ont oublié les ouvriers, les retraités, les ruraux. Ils ont oublié ceux qui votent avec leur portefeuille et leur peur.

L’AfD, elle, elle les écoute. Elle les comprend. Elle leur donne l’impression d’être enfin entendus. Et ça, c’est bien plus dangereux que tous les discours xénophobes du monde.

Alors, que faire ?

Rien. Personne ne fera rien. À Berlin, on attendra que la crise passe. À Bruxelles, on fera semblant de ne rien voir. En France, on rigolera bien. Parce que l’Allemagne, c’est toujours l’autre qui a des problèmes. Toujours.

Sauf que cette fois, c’est différent. Parce que l’AfD ne va pas disparaître. Elle va grandir. Elle va s’installer. Et un jour, peut-être, elle gouvernera vraiment. Pas seulement en Saxe-Anhalt. Partout.

Et ce jour-là, personne ne pourra dire qu’on ne les avait pas prévenus.

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie