Dès octobre, 34 écoles privées virées du système LMD (et personne ne les a vues venir ?)
Le 2 octobre, la DGES (Direction générale de l’enseignement supérieur) a publié une liste. 34 noms. 34 établissements privés, balayés d’un trait. Non reconnus. Plus de légitimité. Plus de place dans le système LMD, ce cadre européen qui structure les diplômes depuis 20 ans. Le message est clair : ces écoles doivent fermer boutique, ou au moins arrêter de délivrer des diplômes qui comptent.
Pourtant, elles existaient.
Elles avaient des locaux, des profs, des étudiants. Certaines même des partenariats avec des entreprises. Certaines affichaient des taux de placement qui feraient pâlir des écoles publiques. Comment ont-elles pu opérer pendant des années sans que personne ne bronche ?
Le Pr Benoît Tine, directeur du secteur privé, parle de « régularisation ». Un euphémisme. Ce n’est pas une régularisation, c’est une purge. Une purge qui tombe comme un couperet sur un secteur déjà fragilisé par la crise économique, les réformes successives et la méfiance des familles.
Le chiffre qui claque : 34, mais combien d’autres ?
La liste est officielle. 34 établissements. Parmi eux : des écoles de commerce, des instituts de formation en santé, des universités privées. Toutes ont une chose en commun : elles n’étaient pas reconnues par l’État. Officiellement, elles n’auraient jamais dû exister.
Officiellement.
Parce que dans les faits, elles existaient. Avec des étudiants. Avec des diplômes. Avec des promesses de débouchés. Et maintenant, avec des mises en demeure.
La DGES justifie cette décision par des « manquements répétés ». Manquements à quoi ? Aux normes ? Aux critères de qualité ? Aux procédures d’accréditation ? Personne ne détaille vraiment. Juste une liste. Juste un « c’est non ».
Mais qui contrôle vraiment le secteur privé ?
Le problème, c’est que personne ne sait exactement combien d’écoles privées il y a en France. Les chiffres varient. Entre 500 et 1 000, selon les sources. 34, c’est une goutte d’eau. Mais une goutte qui révèle un océan de flou.
Prenez l’exemple de l’École supérieure de commerce et de management (ESCM), basée à Paris. Fermeture annoncée. Pourquoi ? Parce qu’elle n’avait pas les agréments nécessaires. Pourtant, elle formait des centaines d’étudiants chaque année. Avec des partenariats, des salons, des réseaux. Comment une école peut-elle fonctionner sans reconnaissance pendant des années ?
La réponse, c’est simple : parce que le système a des failles. Parce que les contrôles sont lâches. Parce que les familles, désespérées par le manque de places dans le public, se tournent vers le privé sans toujours vérifier les diplômes.
Et les étudiants, dans tout ça ?
Ils sont les grands perdants. Ceux qui ont payé des frais de scolarité parfois exorbitants (entre 5 000 et 10 000 euros par an dans certaines écoles) pour se retrouver avec un diplôme… sans valeur.
« Mon fils a passé deux ans dans une école privée non reconnue, raconte un père, contacté par nos soins. On nous avait dit que c’était équivalent à une licence. Résultat : son diplôme ne compte pas. Il doit tout recommencer. »
La DGES propose une solution : ces étudiants pourront repasser des examens dans des établissements reconnus. Sous conditions. Sous réserve. Avec des frais supplémentaires, probablement.
Une régularisation forcée, ou une sanction ?
Benoît Tine, le directeur du secteur privé, parle de « mise en conformité ». Un terme administratif pour dire : « Vous avez jusqu’à telle date pour vous plier aux règles, sinon vous disparaissez. »
Mais est-ce que ces écoles vont vraiment disparaître ? Certaines vont-elles se reconvertir ? Se racheter par des groupes plus sérieux ? Ou simplement fermer, laissant des centaines d’étudiants sur le carreau ?
Ce qui est sûr, c’est que cette décision de la DGES pose une question plus large : pourquoi le secteur privé de l’enseignement supérieur est-il aussi peu régulé ?
Le marché noir des diplômes
Le problème, c’est que le privé, en France, c’est un peu la farce. Un secteur où tout le monde fait semblant de croire que ça marche.
- Les écoles promettent des débouchés, des réseaux, des diplômes reconnus. Même si elles ne le sont pas.
- Les étudiants paient, espérant une porte d’entrée vers le monde professionnel.
- Les familles ferment les yeux, parce que le public est saturé.
- L’État contrôle… mais pas assez.
Résultat : un marché où la confiance est un luxe.
Prenez l’exemple des écoles de santé privées. Certaines forment des infirmiers, des kinés, des ergothérapeutes. Avec des diplômes qui, officiellement, ne devraient pas exister. Pourtant, ces professionnels travaillent. Certains même à l’hôpital public. Parce que les besoins sont là, et que personne ne veut admettre que ces diplômes sont bidon.
Alors, qui triche ? Qui ferme les yeux ?
La réponse est simple : tout le monde.
- Les écoles, parce qu’elles ont besoin de survivre.
- Les étudiants, parce qu’ils veulent un diplôme à tout prix.
- Les hôpitaux, parce qu’ils ont besoin de personnel.
- Les familles, parce qu’elles n’ont pas le choix.
Et l’État ? Lui, il joue les gendarmes. Trop tard.
Ce que ça change (et ce que ça ne change pas)
Cette décision de la DGES, c’est un coup de balai. Un coup de balai symbolique, parce que 34 écoles sur des centaines, ça ne change pas grand-chose.
Mais ça envoie un signal.
Un signal aux autres écoles privées : « Si vous n’êtes pas reconnus, vous êtes des hors-la-loi. Et on va vous sanctionner. »
Est-ce que ça va arrêter les abus ? Probablement pas. Parce que le problème, c’est plus profond.
C’est un problème de demande. Les familles veulent des places. Les étudiants veulent des diplômes. Les entreprises veulent des compétences. Et le privé, lui, est là pour combler le vide.
Le vrai problème, c’est que le public ne suffit pas.
Et tant que ce sera le cas, des écoles non reconnues continueront à exister. Parce que le besoin sera plus fort que les contrôles.
La vraie question : et après ?
Alors, que se passe-t-il maintenant ?
- Pour les 34 écoles concernées : soit elles se reconvertissent, soit elles ferment. Certaines vont essayer de se faire reconnaître en urgence. D’autres vont disparaître, laissant des étudiants sans diplôme.
- Pour les étudiants déjà diplômés : leurs diplômes seront-ils validés ? Partiellement ? Pas du tout ? Personne ne sait encore.
- Pour le secteur privé dans son ensemble : cette décision va-t-elle faire peur ? Ou au contraire, pousser d’autres écoles à prendre des risques pour survivre ?
Ce qui est sûr, c’est que cette décision ne réglera pas le problème. Elle ne fermera pas les failles du système. Elle ne mettra pas fin à la méfiance.
Elle ne fera que montrer, une fois de plus, que l’enseignement supérieur privé en France est un casino.
Un casino où les joueurs misent leur avenir, et où la banque, l’État, ne contrôle pas toujours les règles.
Alors, à vous de voir : vous continuez à jouer, ou vous sortez du jeu ?
(Et si vous êtes étudiant dans une de ces écoles, une question s’impose : votre diplôme va-t-il tenir la route ?)