1 300 euros chez IKEA : le salaire qui cache la précarité espagnole

En Espagne, un employé d'IKEA gagne 1 300 euros net par mois. Assez pour se sentir privilégié ? Pas si l’on compare avec le reste de la grande distribution. Et surtout, pas si l’on regarde ce que coûte vraiment la vie là-bas. Décryptage d’un système où les salaires bas masquent une réalité plus dure qu’on ne le croit.

Publié le 27 septembre 2026 à 12:08
1 300 euros chez IKEA : le salaire qui cache la précarité espagnole

Le piège du salaire relatif

Comparer son salaire à celui des autres, c’est un sport national en Espagne. Surtout quand on travaille dans la grande distribution. Un employé de Mercadona, par exemple, touche en moyenne 1 200 euros net pour un temps plein. Moins qu’à IKEA, donc. Logique : IKEA paie mieux. Sauf que Mercadona propose des avantages qui font la différence : tickets-restaurant à 9 euros par jour (contre 7 chez IKEA), primes de transport plus élevées, et une stabilité d’emploi bien supérieure. Chez IKEA, les contrats temporaires sont la norme. Résultat : même avec 1 300 euros, un employé sur trois cumule deux ou trois jobs pour joindre les deux bouts.

Et puis, il y a les faux avantages. IKEA vante ses horaires flexibles, ses formations gratuites, ses réductions sur le mobilier. Sauf que ces réductions ? Elles sont souvent illusoires. Un canapé à -30 % ? Oui, mais il faut l’acheter cash, sans crédit. Et les formations ? Elles servent surtout à former une main-d’œuvre jetable, pas à monter en grade. À IKEA, 80 % des employés restent en CDD plus de deux ans. Après ? On les remplace. C’est comme ça.

L’Espagne, pays des salaires bas et des loyers élevés

1 300 euros net, c’est un bon salaire en Pologne ou au Portugal. En Espagne, ça dépend où vous habitez. À Séville, peut-être. À Barcelone ? Moins. Un studio dans le centre de la ville coûte entre 800 et 1 000 euros par mois. Avec un loyer à 600 euros, il reste 700 euros pour tout le reste : nourriture, transports, assurances, sorties. Tout le reste.

Prenez les transports. À Barcelone, un abonnement mensuel à la carte Hola (illimitée) coûte 40 euros. À Madrid, c’est 50 euros. Ajoutez 200 euros par mois pour l’électricité, 100 euros pour internet, 50 euros pour l’assurance santé (obligatoire si vous n’êtes pas couvert par la Sécurité sociale), et vous êtes déjà à 1 000 euros. Il en reste 300 pour manger, se déplacer en taxi de temps en temps, et épargner. Épargner.

C’est là que le discours d’IKEA devient intéressant. Vous êtes mieux loti que dans beaucoup d’autres endroits. Oui, mais comparé à quoi ? Comparé à un McDo, peut-être. Pas comparé à une banque, une assurance, ou même une chaîne de supermarché comme Carrefour, qui propose des salaires fixes et des CDI. Le problème, c’est que IKEA mise sur cette comparaison basse. On paie plus que le Smic, donc tout va bien. Sauf que le Smic, en Espagne, c’est une référence minimale. Pas un plancher social.

Le vrai coût d’un poste chez IKEA

Derrière les 1 300 euros, il y a autre chose. Les employés d’IKEA en Espagne sont souvent en contrat de formation. Officiellement, c’est pour monter en compétences. En réalité, ça permet à l’entreprise d’éviter les CDI et les charges sociales qui vont avec. Résultat : pas de retraite décente, pas de mutuelle solide, et une précarité qui s’installe.

Prenez l’exemple de Laura, 28 ans, employée depuis trois ans dans un magasin de Madrid. Elle touche 1 300 euros net. Son contrat ? Un CDD renouvelé tous les six mois. Ils disent que c’est pour la flexibilité. En vrai, c’est pour pouvoir virer quand ils veulent. Elle cumule deux jobs : le matin chez IKEA, le soir dans un bar à tapas. Je gagne 1 300 euros chez IKEA, mais je travaille 50 heures par semaine. Et je ne peux pas partir, parce que si je quitte, je perds mes avantages.

Les avantages. Toujours les avantages. IKEA en parle beaucoup. Sauf que ces avantages, ils sont souvent conditionnels. Pour avoir droit aux réductions, il faut être en poste depuis au moins six mois. Pour la formation, il faut accepter les horaires imposés. Et pour le logement ? IKEA ne propose presque jamais de logements sociaux ou subventionnés. Juste des offres partenaires, avec des loyers souvent plus chers que le marché.

Pourquoi personne ne bronche ?

En 2022, une étude de l’Université de Valence a révélé que 68 % des employés de la grande distribution en Espagne étaient en situation de précarité salariale. IKEA n’a pas été cité nommément, mais les chiffres correspondent. Pourtant, l’entreprise continue de recruter massivement. Pourquoi ? Parce que la main-d’œuvre est abondante. Parce que les syndicats espagnols sont affaiblis. Et parce que, face à une crise économique qui dure depuis dix ans, beaucoup acceptent n’importe quoi pour un contrat.

Le gouvernement espagnol a tenté de durcir les règles sur les CDD en 2021. Résultat ? IKEA a simplement augmenté le nombre de contrats de formation. Officiellement, c’est pour qualifier les employés. En réalité, c’est pour contourner la loi. On vous forme, donc vous êtes en CDD. Et si ça ne marche pas, on vous vire.

Le business modèle d’IKEA : des employés sous-payés, des clients surpayés

IKEA a un modèle économique simple : faire payer les clients le plus cher possible, et payer les employés le moins cher possible. Les meubles ? Cher, mais vous les montez vous-même. Les salaires ? Bas, mais vous avez des réductions. C’est un cercle vicieux.

Prenez un exemple concret : un employé qui achète un lit chez IKEA. Il aura droit à -20 %. Sauf que ce lit coûte 800 euros. Avec la réduction, il paie 640 euros. Mais pour gagner ces 1 300 euros par mois, il doit travailler 40 heures par semaine. Combien de temps il lui faudra pour rembourser ce lit en heures de travail ? Environ trois mois. Trois mois à vivre avec 700 euros net après avoir acheté un lit. C’est ça, le vrai coût d’un poste chez IKEA.

Alors, 1 300 euros, c’est bien ?

Ça dépend. Si vous vivez à Séville, avec un loyer à 400 euros et une famille pour vous aider, peut-être. Si vous êtes seul à Barcelone, avec un loyer à 800 euros et des factures qui montent, non. Si vous avez un CDD renouvelable tous les six mois, non. Si vous devez cumuler deux jobs pour survivre, non.

Le problème, c’est que IKEA joue sur les mots. Vous êtes mieux loti que dans beaucoup d’autres endroits. Oui, mais ces autres endroits, ce sont souvent des emplois encore plus précaires. Pas des CDI stables. Pas des salaires dignes. Juste des alternatives encore pires.

En 2023, le salaire moyen dans la grande distribution en Espagne était de 1 100 euros net. IKEA paie 200 euros de plus. C’est déjà ça. Sauf que 200 euros, ça ne change pas grand-chose quand on vit dans un pays où le coût de la vie explose. Et où les entreprises comme IKEA savent très bien comment tirer parti de cette précarité.

**La vraie question n’est pas : Est-ce que 1 300 euros, c’est bien ? Mais : Pourquoi personne ne fait rien pour que ce soit mieux ?

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R Galaxie Rédaction

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