42 millions de dirhams en six mois. Et après ?
Saham Leasing a publié ses résultats du premier semestre 2026 ce matin : 42 millions de dirhams de résultat net, soit +37% sur un an. Le résultat net part du groupe (RN) progresse aussi, de +22%. À première vue, c’est une bonne nouvelle. Surtout dans un secteur, le leasing, qui reste volatil. Mais quand on creuse, les chiffres posent plus de questions qu’ils n’apportent de réponses.
Pourquoi ce bond ?
La réponse officielle ? Une hausse de l’activité et une meilleure rentabilité. Le groupe mise sur son expansion, notamment dans les véhicules électriques et les équipements industriels. Un pari risqué, mais qui semble payer. Sauf que.
Le marché du leasing au Maroc est saturé. Les concurrents, comme Crédit du Maroc ou Attijari Leasing, serrent les vis sur les taux. Or, Saham Leasing a augmenté ses marges sans baisser ses prix. Comment ? En réduisant les coûts fixes, licenciements, externalisation, compression des frais généraux. Une stratégie classique, mais qui ne dure qu’un temps.
Le vrai problème : la dette.
Entre 2023 et 2025, Saham Leasing a renégocié massivement ses crédits avec les banques. Résultat : des taux plus bas, mais des échéances allongées sur 10 ans. Si les taux remontent, et personne ne peut le nier, le groupe sera coincé. Les banques marocaines, déjà sous pression, ne joueront pas les anges gardiens.
Et puis, il y a la concurrence chinoise.
Les géants asiatiques, comme BOCI Leasing, inondent le marché avec des offres ultra-agressives. Prix cassés, délais étendus, financements clés en main. Saham Leasing résiste, mais son modèle repose sur des marges serrées. Une guerre de prix prolongée pourrait tout faire basculer.
Ce que les chiffres ne disent pas
Le rapport annuel glisse un détail : 30% des contrats signés en 2025 concernent des PME en difficulté. Des entreprises qui paient cash pour éviter la faillite, mais qui ne génèrent pas de cash-flow durable. Autrement dit, Saham Leasing mise sur des clients désespérés, pas sur une croissance saine.
Autre angle mort : le marché immobilier.
Le leasing immobilier (bureaux, logements) représente 15% du CA du groupe. Or, les loyers sont en baisse depuis 2024. Les promoteurs marocains, comme Marjane ou Addoha, reportent les livraisons. Résultat : moins de demandes, moins de contrats. Saham Leasing compense en allongeant les durées, jusqu’à 20 ans pour certains biens. Un pari sur le long terme, mais personne ne sait ce qu’il adviendra dans 5 ans.
La vraie question : et si c’était trop beau ?
Les analystes de Bloomberg (source : rapport sectoriel juin 2026) soulignent un point clé : Saham Leasing dépend à 40% de trois clients historiques. Trois gros comptes qui pourraient, demain, renégocier à la baisse ou même quitter le groupe. Une fuite de l’un d’eux, et les comptes s’effondrent.
Pourtant, le cours de l’action monte.
Pourquoi ? Parce que les investisseurs ne regardent que les chiffres du semestre. Pas les risques structurels. Pas les dettes cachées. Pas la dépendance aux subventions publiques, qui financent encore 20% de son activité. Un système fragile : si l’État réduit son soutien, et il le fera, un jour, le modèle s’effrite.
Le scénario catastrophe (qui n’est pas une fiction)
Imaginons que :
- Les taux remontent d’ici fin 2026.
- Un des trois clients majeurs se retire.
- La concurrence chinoise intensifie la guerre des prix.
Résultat ?
Saham Leasing se retrouve avec :
- Une dette à taux variable qui explose.
- Des contrats en souffrance (les PME en difficulté ne paient plus).
- Un marché immobilier en stand-by.
La seule issue ? Vendre des actifs à perte pour rembourser. Comme Leasys en 2022, quand le groupe a bradé ses participations pour survivre.
Alors, faut-il s’inquiéter ?
Pas encore. Mais il faut regarder au-delà des 42 millions.
Ce bond de 37% est artificiel. Il repose sur :
- Des économies brutales (moins de personnel, moins d’investissements).
- Des clients en difficulté qui paient pour ne pas couler.
- Un marché concurrentiel où la marge de manœuvre se réduit.
Le vrai test viendra en 2027.
Si les taux restent bas, si les clients tiennent, si la Chine se lasse… alors oui, Saham Leasing aura tenu. Mais si un seul de ces facteurs bascule, le groupe sera en mode survie.
Et personne ne veut en parler, parce que les actionnaires préfèrent les chiffres du jour à ceux de demain.
Dernier point, le plus important.
Ce qui se passe chez Saham Leasing, c’est l’histoire du leasing marocain en accéléré. Un secteur qui a cru pouvoir dépasser la crise en serrant les boulons. Mais les boulons, un jour, lâchent.
La vraie question n’est pas *