Dès 2025, Québec devra choisir entre ses usines et ses data centers

Les géants du cloud se ruent sur l’hydroélectricité québécoise, prêts à payer deux fois le tarif local. Résultat : les usines locales pourraient sauter, et personne ne bronche. Voici pourquoi cette course contre la montre est déjà perdue.

Publié le 2 octobre 2026 à 16:10
Dès 2025, Québec devra choisir entre ses usines et ses data centers

L’usine de papier de Trois-Rivières a reçu un ultimatum en décembre 2023 : soit elle réduit sa consommation de 30 %, soit elle ferme. La raison ? Un nouveau client a débarqué en amont, un data center de Meta. Priorité aux serveurs, pas aux emplois locaux. Pas de panique, rassure Hydro-Québec : « On va gérer. » Sauf que non. Personne ne gère. Personne ne dit que non. Et c’est là que le problème commence.

Pourquoi les data centers paient deux fois le prix, et pourquoi ça ne changera rien

Les centres de données, ça mange de l’électricité comme un ogre mange des burgers. 1 % de la consommation mondiale pour 0,2 % du PIB, selon l’AIE. Résultat : Google, Meta, Microsoft et consorts traquent les endroits où l’électricité est bon marché et abondante. Le Québec, avec son hydroélectricité à 4 cents le kWh (contre 12-15 cents en France grâce aux subventions), est leur eldorado. Sauf qu’Hydro-Québec veut leur facturer 8 cents le kWh, soit deux fois plus cher que pour les usines locales.

Pourtant, ils débarquent quand même. Pourquoi ? Parce qu’ils ont le choix.

Prenez le cas de St. John’s, Terre-Neuve : en 2022, Microsoft a signé un contrat pour un data center géant… malgré un tarif trois fois plus élevé que le prix de marché. Pourquoi ? Parce que la province a promis de construire une ligne à haute tension dédiée. Au Québec, on n’a même pas encore commencé à creuser.

Hydro-Québec argue que ces tarifs élevés permettront de financer le réseau. Belle histoire. Sauf que les data centers ne paieront jamais assez pour compenser la perte des usines. Un rapport de la Chaire en économie de l’énergie de HEC Montréal estime qu’en 2030, les data centers pourraient représenter 10 % de la demande électrique du Québec, contre 3 % aujourd’hui.

Et devinez qui trinquera ? Les scieries, les alumineries, les papetières. Déjà, l’usine d’aluminium d’Alcoa à Baie-Comeau a menacé de fermer si Hydro-Québec ne lui garantissait pas un accès prioritaire. Personne n’a encore osé le faire pour les data centers. Pour l’instant.

Le piège des promesses d’emplois, qui n’en sont pas

Les promoteurs des data centers sortent toujours le même argument : « Ça va créer des milliers d’emplois ! »

Faux.

Un data center, c’est 100 emplois pour 100 000 clients. 100.

Prenez Scaleway, qui a ouvert un centre à Gravelines en France : 50 emplois pour un data center qui consomme l’équivalent de 80 000 foyers. À Trois-Rivières, l’usine de papier en emploie 800 pour la même consommation.

Et puis, ces emplois ? Souvent précaires, souvent externalisés. À Lynnwood, Washington, où Microsoft a construit un méga-data center en 2020, les salaires moyens tournent autour de 35 000 $ par an, contre 70 000 $ pour un ingénieur en papier.

Le Québec mise sur ces emplois comme on mise sur un cheval boiteux. Sauf que les data centers, eux, ne boitent pas. Ils roulent.

Ce que personne ne veut dire sur les true-up clauses

Il y a un détail dans les contrats des data centers que personne ne mentionne. Les true-up clauses.

Ça veut dire quoi ? Que si Hydro-Québec augmente ses tarifs (ce qui est prévu, vu l’inflation et les coûts d’entretien du réseau), les data centers n’auront pas à payer plus.

Ils ont déjà négocié des prix plafonds.

Comment ? En menaçant de partir. Et ils peuvent partir.

Prenez Oregon, aux États-Unis : en 2021, le gouverneur a tenté d’imposer une taxe sur les data centers. Résultat ? Meta a reporté un investissement de 1,5 milliard de dollars.

Au Québec, on fait semblant de croire que ces géants sont attachés à la province. Ils ne le sont pas. Leur seul attachement, c’est à leur marge bénéficiaire. Et si le Québec devient trop cher, ils iront ailleurs.

La vraie question : et si on disait non ?

Le gouvernement Legault a déjà donné des signes. En 2022, il a refusé un projet de data center de 1,2 milliard à Chandler, au Québec, parce que le promoteur n’avait pas assez d’emplois locaux. Premier refus. Premier pas.

Sauf que depuis, silence radio. Pourquoi ? Parce que les data centers, ça fait propre sur un CV d’écolo.

« Regardez, on est verts ! On utilise de l’hydroélectricité ! »

Sauf que non.

L’hydroélectricité québécoise est déjà à 99 % décarbonée. Ajouter des data centers, ça ne la rend pas plus verte. Ça la rend plus chère.

Et puis, qui paiera l’addition ? Pas les data centers. Pas les géants du cloud. Vous.

Parce qu’à force de subventionner ces usines à énergie, vous allez devoir payer plus cher pour tout le reste.

Électricité. Gaz. Transport. Tout.

2025 sera l’année de la vérité

D’ici deux ans, le Québec devra trancher. Soit on laisse les data centers engloutir le réseau, soit on protège les industries locales.

Problème : personne ne veut assumer le choix.

Les écologistes ferment les yeux parce que « l’hydro, c’est vert ». Les syndicats ferment les yeux parce que « les emplois, c’est bien ». Les politiciens ferment les yeux parce que personne ne veut être celui qui dit non à Google.

Mais quelqu’un devra le faire.

Parce que si on ne dit pas non maintenant, dans cinq ans, il sera trop tard.

Et alors, ce ne seront plus seulement les usines qui fermeront. Ce seront les hôpitaux. Les écoles. Vos maisons.

Pas demain. Bientôt.

R
R Galaxie Rédaction

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