Votre compte pro va devenir plus lent à gérer

Qonto s’installe dans un nouveau siège social flambant neuf, mais sa licence bancaire tarde. Pendant ce temps, la concurrence ne dort pas. Voici pourquoi ça pourrait compliquer la vie des entrepreneurs, et pas que pour eux.

Publié le 25 septembre 2026 à 06:03
Votre compte pro va devenir plus lent à gérer

Le 12 mars dernier, Qonto a emménagé dans son nouveau siège à Paris, un bâtiment de 10 000 m² près de la gare de Lyon. Sur les photos officielles, on voit des open spaces lumineux, des canapés design et des écrans géants affichant des graphiques en temps réel. L’ambiance ? Start-up qui a réussi. Sauf que la licence bancaire, elle, traîne encore. Depuis 2017, Qonto promet de l’obtenir. En 2024, toujours rien. Et ça change la donne pour les 300 000 professionnels qui utilisent déjà leurs services. Pas parce que Qonto va disparaître. Mais parce que leur compte pro pourrait devenir plus lent, plus cher, ou tout simplement moins fiable. Sans licence bancaire, Qonto reste un agrégateur de services, un intermédiaire. Comme Revolut avant qu’elle n’obtienne sa licence en Europe. Le problème ? Les agrégateurs, ça dépend des banques traditionnelles pour fonctionner. Et quand les banques traditionnelles décident de serrer la vis, ça se répercute direct sur vous.

Le siège neuf cache un problème vieux de 7 ans

Qonto a levé 600 millions d’euros. Son dernier tour de financement, en 2022, lui a valu une valorisation à 4,3 milliards. Assez pour s’offrir un siège qui coûte une fortune (les loyers à Paris, vous connaissez). Assez aussi pour embaucher 1 200 salariés. Mais pas assez, visiblement, pour accélérer le processus de licence bancaire. Pourquoi ? Parce que l’ACPR, l’autorité de contrôle prudentiel, n’a pas envie de jouer les figurants dans ce cirque. La licence bancaire, ce n’est pas un autocollant qu’on colle sur une app après trois mois de paperasse. C’est un examen de passage. Et Qonto, malgré ses muscles financiers, doit encore prouver qu’elle peut gérer des dépôts sans tout faire péter.

Le détail qui fait mal : en 2021, l’ACPR a rejeté la demande initiale de Qonto. Pas pour des broutilles. Pour des questions de gouvernance, de risques opérationnels, et de… liquidités. Autrement dit : est-ce que Qonto peut garantir qu’elle ne va pas faire faillite demain et emporter avec elle l’argent de ses clients ? La réponse, à l’époque, n’a pas convaincu. Alors Qonto a retravaillé son dossier. Et depuis, plus de nouvelles. Officiellement, l’ACPR « étudie ». Officieusement, les rumeurs parlent de retards liés à des exigences supplémentaires. Personne ne le dit clairement. Mais tout le monde sait que sans licence, Qonto reste un prestataire de services, pas une banque. Et ça, ça limite ses marges de manœuvre.

La concurrence ne vous attend pas les bras ouverts

Pendant ce temps, la concurrence, elle, avance. Shine, qui a obtenu sa licence en 2022, propose déjà des comptes pro avec des taux d’intérêt attractifs. N26, qui a aussi sa licence, mise sur l’international. Et les banques traditionnelles, comme BNP ou Société Générale, sortent leurs propres offres pour les TPE. Résultat ? Les tarifs baissent. Les fonctionnalités montent. Et Qonto, coincée entre son statut d’agréé et son ambition bancaire, doit composer.

Prenez l’exemple des virements SEPA. Avec une licence bancaire, Qonto pourrait les traiter en interne, sans dépendre des délais des banques partenaires. Aujourd’hui, si votre virement met 24h au lieu de 1h, vous n’avez pas le choix. Vous attendez. Ou vous payez plus cher pour un service express. Même chose pour les cartes. Sans licence, Qonto ne peut pas émettre des cartes en propre. Elle doit passer par des sous-traitants. Et quand un sous-traitant plante, c’est vous qui trinquez.

Le vrai risque : vous allez devoir choisir

Voilà le problème. Qonto mise sur son image de banque agile, sans agence, sans papier. Mais tant qu’elle n’a pas sa licence, elle reste un maillon faible dans la chaîne. Et si demain, l’ACPR lui demande de lever encore plus de fonds pour couvrir ses risques ? Si elle doit augmenter ses frais pour se conformer aux nouvelles règles ? Ou pire, si elle se fait racheter par une banque traditionnelle qui va tout changer pour coller à sa nouvelle maison mère ?

Vous n’êtes pas obligés de rester. Les alternatives se multiplient. Mais si vous avez déjà migré vos flux chez Qonto, changer de prestataire, ça prend du temps. Et ça coûte cher. Entre les virements à réémettre, les contrats à renégocier, et les employés à former… Bref, ce n’est pas une décision à prendre à la légère.

Ce que ça signifie pour vous, concrètement

  1. Vos délais pourraient s’allonger. Pas demain, peut-être dans un an. Mais si Qonto doit renégocier ses accords avec les banques partenaires, attendez-vous à des retards sur les virements ou les paiements.

  2. Les frais pourraient monter. Sans licence, Qonto ne peut pas jouer les banques low-cost à plein régime. Si elle doit absorber des coûts supplémentaires (audits, garanties), elle les répercute. Et vous, vous payez.

  3. Votre choix se rétrécit. Aujourd’hui, Qonto a l’avantage de la simplicité. Demain, si elle reste en mode « agrégateur », elle perdra en crédibilité face à des acteurs comme Shine ou N26, qui, eux, ont une vraie licence.

Le vrai jeu ? La patience de l’ACPR

Le plus ironique, c’est que Qonto a tout pour réussir. Une équipe solide, des clients satisfaits, et un modèle qui marche. Le seul hic ? La paperasse. Et l’ACPR n’a pas l’habitude de se presser. En 2023, la licence moyenne pour une néobanque en Europe a mis 22 mois à aboutir. Qonto en est à 7 ans. À ce rythme, elle pourrait bien finir par ressembler à ce qu’elle combat : une banque traditionnelle, lente et bureaucratique.

Alors, vous attendez ? Ou vous commencez à regarder ailleurs ?

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R Galaxie Rédaction

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