Le Brent à 120 dollars, les États-Unis ignorent les menaces sur Ormuz

L’Iran menace de bloquer le détroit d’Ormuz. Les cours du pétrole flambent, mais Washington regarde ailleurs. Pourquoi cette indifférence ? Et surtout, qu’est-ce que ça change pour vos factures ? Décryptage sans filtre.

Publié le 16 septembre 2026 à 22:03
Le Brent à 120 dollars, les États-Unis ignorent les menaces sur Ormuz

120 dollars le baril, et personne ne panique vraiment ?

Le Brent vient de franchir les 120 dollars, un niveau qu’on n’avait plus vu depuis 2014. Les marchés pétroliers s’embrasent, les analystes parlent d’“escalade géopolitique”, et les médias répètent en boucle : « Risque de pénurie, tensions au Moyen-Orient… ». Sauf que personne ne semble vraiment s’en soucier. Pas les États-Unis, qui continuent de pomper leur pétrole de schiste comme si de rien n’était. Pas les Européens, qui négocient encore des livraisons de gaz russe en secret. Même les Saoudiens, pourtant habitués aux crises, gardent un sourire en coin. Pourquoi cette tiédeur ? Parce que cette fois, le jeu a changé.

Le vrai problème, c’est qu’on ne parle plus de guerre. Avant, quand l’Irak envahissait le Koweït en 1990, tout le monde courrait aux abris. Aujourd’hui, on a l’habitude des crises. L’Afghanistan, la Syrie, le Yémen… Les conflits s’enchaînent, et les prix montent, mais on s’y fait. Sauf que là, c’est différent. Cette fois, ce n’est pas une guerre entre pays, c’est une guerre contre le monde entier. L’Iran ne menace pas juste l’Arabie saoudite. Il menace tout le trafic maritime mondial. Et ça, personne ne l’avait anticipé.

Le détroit d’Ormuz, ce point de non-retour

20 % du pétrole mondial passe par là. 20 %. Pas des millions de barils, des millions de barils par jour. Si Téhéran décide de bloquer le détroit, et les menaces sont réelles, crédibles, même si personne n’ose le dire ouvertement, ce n’est pas une crise, c’est un effondrement. Pas demain. Dès la première semaine.

Oddo BHF AM (oui, les gestionnaires d’actifs, ceux qu’on imagine toujours en costard à parier sur les ETF) vient de publier un rapport interne, fuité, bien sûr, où ils estiment qu’un blocage même partiel ferait bondir le Brent à 150-160 dollars en trois mois. Pas une estimation optimiste. Une projection réaliste. Et devinez quoi ? Leurs clients ne paniquent pas. Pourquoi ? Parce que les banques centrales ont déjà prévu le coup. Elles ont gonflé les bilans, elles ont acheté des options sur le pétrole, elles misent sur le fait que les marchés s’adapteront. Sauf que cette fois, l’adaptation, c’est la récession.

L’Europe, otage de sa propre naïveté

L’Allemagne a passé des années à se moquer des États-Unis qui dépendaient du pétrole saoudien. « Nous, on est indépendants ! » Ils avaient leurs gazoducs, leurs réserves stratégiques, leur petit confort. Sauf que personne n’a vu venir l’Ukraine. Personne n’a anticipé que la Russie allait couper ses livraisons. Et aujourd’hui, l’Europe est à genoux. Pas parce qu’elle manque de pétrole, non, elle en a encore. Mais parce qu’elle n’a plus les moyens de payer.

Prenez l’Italie. En 2022, elle importait 60 % de son pétrole de Russie. Aujourd’hui ? Elle en importe toujours autant, mais elle paie le double. Résultat : sa dette publique explose, ses entreprises étouffent, et son gouvernement fait semblant de chercher des alternatives. Spoiler : il n’y en a pas.

La vraie question, c’est : et si l’Iran faisait ce que tout le monde croit qu’il va faire ?

Les satellites américains surveillent les mouvements iraniens. Les drones saoudiens sont en alerte maximale. Même la Chine, qui a toujours joué les arbitres, commence à s’inquiéter. Pourtant, personne ne bouge. Pourquoi ? Parce que personne ne veut être le premier à tirer. Les États-Unis ? Ils ont trop d’intérêts en Iran pour lancer une frappe préventive. La France ? Elle a déjà perdu la face en Afrique, elle n’ira pas se casser les dents au Moyen-Orient. L’Europe ? Elle n’a plus les moyens de se battre.

Le piège des marchés : quand le prix cache la réalité

Les cours du pétrole montent. Les analystes parlent de « nouvelle ère géopolitique ». Les médias sortent leurs cartes du Moyen-Orient avec des flèches rouges. Sauf que personne ne parle de ce qui compte vraiment.

Premier point aveugle : l’inflation. Si le pétrole reste à 120 dollars, ce n’est pas +5 % d’inflation, c’est +15 %. Pas sur un an, sur trois ans. Les banques centrales vont serrer la vis encore plus fort, et les économies vont s’effondrer. Pas en 2027. Dès 2025.

Deuxième point aveugle : les chaînes d’approvisionnement. Vous croyez que les raffineries peuvent s’adapter du jour au lendemain ? Vous croyez que les pétroliers peuvent basculer leurs livraisons vers l’Afrique ou l’Amérique latine sans que ça coûte une fortune ? Non. Les contrats sont longs, les infrastructures sont vieilles, et les pays émergents n’ont pas les moyens de compenser. Résultat : pénuries localisées, mais généralisées.

Troisième point aveugle : l’arme du pétrole comme levier politique. L’Iran ne menace pas juste le détroit d’Ormuz. Il menace l’Arabie saoudite. Et si Riyad n’a plus les moyens de financer ses alliés, l’Égypte, la Jordanie, même certains régimes du Golfe, c’est l’équilibre régional qui bascule. Pas demain. Dès que les prix resteront hauts.

Ce que les gouvernements ne diront jamais

Oddo BHF AM a un angle que personne n’ose aborder : les États-Unis ont déjà perdu.

Pas militairement. Pas économiquement, du moins pas encore. Mais stratégiquement.

Washington a misé sur deux choses :

  1. Que l’Iran ne ferait pas le premier pas.
  2. Que la Chine et la Russie ne laisseraient pas faire.

Sauf que la Chine a besoin du pétrole iranien. Et la Russie a besoin des dollars que l’Iran lui verse pour contourner les sanctions.

Donc personne ne bougera.

Et si l’Iran bloque Ormuz ? Personne ne bougera.

Parce que les États-Unis n’ont plus les moyens d’une guerre au Moyen-Orient. Parce que l’Europe n’a plus les moyens de se passer de pétrole. Parce que la Chine et la Russie ont tout à gagner à laisser la situation pourrir.

Le vrai scénario catastrophe, ce n’est pas une guerre. C’est l’immobilisme.

Et nous, dans tout ça ?

Vous avez une voiture ? Vous allez payer plus cher l’essence. Vous avez un fournisseur énergétique ? Vous allez payer plus cher le gaz. Vous avez des actions ? Préparez-vous à des krachs sectoriels.

Les marchés financiers, eux, s’en sortent plutôt bien. Parce qu’ils ont déjà anticipé. Les hedge funds misent sur le pétrole. Les banques centrales ont leurs plans B. Les particuliers, non.

La seule certitude, c’est que cette fois, la géopolitique ne sera pas un feu de paille.

En 2008, la crise a duré deux ans. En 2014, le choc pétrolier a été absorbé en six mois. Là, on parle d’une décennie.

Parce que cette fois, ce n’est pas une crise. C’est un nouveau monde.

Et personne ne vous le dira.

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R Galaxie Rédaction

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