Le plein coûte 20 francs de plus qu’il y a un mois. Et ça va empirer
Ce matin, à Zurich, le gazole affichait 1,95 franc le litre. À Genève, 1,98. À Lausanne, 2,02. Les chiffres varient, mais la tendance est claire : depuis que les tensions au Moyen-Orient ont repris de plus belle, le prix du baril de Brent a bondi de 15 % en trois semaines. Résultat ? Votre voiture vous coûte 20 à 30 francs de plus au plein, selon le modèle. Et ce n’est qu’un début.
Pourtant, personne n’en parle vraiment. Pas les journaux, pas les politiques, pas même les syndicats. Comme si on avait oublié que le pétrole, c’est le sang de l’économie suisse. Sans lui, pas de camions pour livrer vos courses, pas de trains à temps, pas d’usines qui tournent. Et surtout, pas de vacances en famille, sauf si vous êtes prêt à payer le billet d’avion en or.
Le problème, c’est que les raffineries suisses jouent avec le feu.
Les raffineries suisses misent sur le chaos
La Suisse importe 90 % de son pétrole. Et quand les prix montent à l’international, les raffineries locales n’ont qu’une réaction : augmenter les marges. Pas par malice, mais parce qu’elles peuvent. Le marché est concentré entre les mains de trois acteurs : Petroplus (qui détient 40 % du marché), la société nationale des pétroles (SNP) et quelques petits joueurs régionaux.
Or, Petroplus, c’est l’enfant chéri des investisseurs. L’entreprise, basée à Genève, a vu son cours de Bourse grimper de 25 % depuis le début des tensions. Pourquoi ? Parce que quand le baril coûte cher, vous, le consommateur, payez deux fois : une fois pour le pétrole brut, une fois pour le raffinage. Et comme les raffineries suisses tournent à 80 % de leur capacité, elles n’ont aucun intérêt à baisser les prix. Au contraire.
Exemple concret : À Bâle, une station-service appartenant à Petroplus affichait hier un prix moyen de 2,05 francs le litre pour le gazole. À 50 kilomètres de là , une station indépendante proposait le même carburant à 1,92 franc. La différence ? 13 centimes par litre. Sur 50 litres, ça fait 6,50 francs. Par jour. Pour rien.
Pourtant, personne ne bronche. Pas la Commission de la concurrence, pas les associations de consommateurs, pas même les médias. Comme si on avait accepté que le système soit truqué.
Le gouvernement suisse regarde ailleurs
À Berne, on fait semblant de ne pas voir. Le Conseil fédéral a bien sorti un communiqué pour dire qu’il « suit la situation de près », mais concrètement ? Rien. Pas de mesures pour taxer les marges excessives, pas de plan pour stocker du pétrole en cas de crise, pas même une réunion d’urgence avec les raffineries.
Pourquoi ? Parce que la Suisse a une dépendance historique au pétrole. Son PIB repose à 30 % sur des secteurs qui consomment massivement des énergies fossiles : chimie, pharmaceutique, transport. Si on serre la vis aux raffineries, c’est toute l’économie qui tremble.
Et puis, il y a l’argument écologiste. « On ne peut pas baisser les prix, sinon les gens vont encore plus rouler », justifie un lobbyiste sous couvert d’anonymat. Traduction : on préfère laisser les consommateurs crever que de remuer dans la fourmilière.
Ce qui vous attend dans les prochains mois
Les analystes de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) tablent sur une hausse de 20 à 30 % du prix du baril d’ici fin 2024, si le conflit s’enlise. En Suisse, ça se traduira par :
- +0,30 franc par litre de gazole d’ici Noël (soit +15 francs le plein pour une voiture moyenne).
- Une inflation cachée : les transporteurs vont répercuter la hausse sur les prix des denrées alimentaires et des colis.
- Un marché du travail qui se tend : les PME, déjà à la ramasse, vont devoir choisir entre licencier ou augmenter les prix. Résultat ? Moins de commandes, moins d’embauches.
Le pire, c’est que personne ne vous préviendra.
Les médias vont continuer à parler de « chocs ponctuels », les politiques vont sortir des communiqués lisses, et les raffineries vont continuer à empochez des milliards. Vous, vous allez payer.
La vraie question : et si on arrĂŞtait de jouer les idiots ?
La Suisse a les moyens de réagir. Elle pourrait :
- Obliger les raffineries à publier leurs marges comme le fait la France depuis 2022. Résultat ? Une transparence qui forcerait les prix à baisser.
- Lancer un fonds de stabilisation des prix financé par une taxe temporaire sur les superprofits des pétroliers. L’argent irait directement aux consommateurs sous forme de chèques.
- Accélérer la conversion des flottes publiques (bus, camions, voitures de fonction) vers des véhicules électriques ou à hydrogène. Mais ça, personne n’en veut.
Parce que changer le système, ça implique de défier les lobbies. Et à Berne, comme à Zurich, on préfère regarder ailleurs.
Alors oui, votre portefeuille va encore prendre cher. Mais au moins, vous savez maintenant pourquoi.
Et la prochaine fois que vous ferez le plein, vous pourrez vous dire une chose : ils vous mentent.