3 milliards de dollars de projets bloqués à la frontière

Le CESE marocain et l’ambassade d’Égypte peinent à concrétiser des accords économiques. Derrière les sourires diplomatiques, des blocages concrets freinent les investissements. Voici pourquoi ces pistes de coopération restent sur le papier.

Publié le 14 octobre 2026 à 10:03
3 milliards de dollars de projets bloqués à la frontière

Pourquoi les promesses ne deviennent jamais des contrats ?

Le problème, c’est que les deux pays jouent à un jeu différent. Le Maroc mise sur des institutions lourdes, des comités, des sous-comités, des rapports qui traînent dans les tiroirs. L’Égypte, elle, a l’habitude de contourner les lenteurs administratives. Résultat : les projets qui pourraient relancer le gazoduc Arab Gas Pipeline (AGP), bloqué depuis 2015, ou accélérer les échanges de céréales, restent en stand-by.

Prenez l’exemple de la Société Nationale d’Électricité (SNE). En 2022, elle a signé un accord avec des partenaires égyptiens pour importer du gaz. Trois mois plus tard, le dossier était dans les limbes. Pourquoi ? Parce que le CESE, censé faciliter les choses, est lui-même paralysé. Ses membres, souvent des technocrates sans pouvoir réel, passent leur temps à organiser des séminaires plutôt qu’à débloquer des fonds.

Et puis, il y a le délai moyen d’un projet entre les deux pays : 18 mois. Pour un pays comme l’Égypte, où les contrats se signent et se lancent en trois mois chrono, c’est du temps perdu. D’où cette question : à quoi bon discuter si rien ne bouge ?

Le vrai enjeu : qui contrôle quoi ?

Derrière les discussions sur la coopération économique, se cache une bataille plus large. Le Maroc veut garder la main sur ses ressources stratégiques, notamment le gaz. L’Égypte, elle, a besoin d’approvisionnements stables pour son industrie. Problème : Rabat ne lâche pas le contrôle de ses réserves, et Le Caire n’a pas les moyens de forcer la main.

Un exemple ? Le projet de terminal méthanier à Dakhla. Annoncé en 2021, il devait permettre d’exporter du GNL vers l’Égypte. Deux ans plus tard, toujours rien. Pourquoi ? Parce que le Maroc refuse de céder la gestion du terminal à des partenaires égyptiens. Résultat : les investisseurs égyptiens se tournent vers d’autres pays, comme la Tunisie ou l’Algérie, où les procédures sont plus fluides.

Ce que les diplomates ne disent pas

Les médias marocains parlent de « partenariat gagnant-gagnant ». Les officiels égyptiens souriants évoquent une « relation historique ». Mais sur le terrain, les chefs d’entreprise racontent autre chose. Un responsable d’une PME marocaine exportant vers l’Égypte, sous couvert d’anonymat, résume : « On nous promet des facilités douanières depuis 2018. En réalité, nos camions attendent trois jours à la frontière. Trois jours où nos marchandises pourrissent ou se détériorent. »

Le pire ? Personne ne sanctionne personne. Pas de menaces, pas de pressions. Juste des réunions. Comme celle du CESE, où l’on parle de « renforcer les liens institutionnels ». Traduction : on attend que ça se fasse tout seul.

Et si la coopération passait par autre chose ?

Pourtant, des solutions existent. Regardez ce que fait le Maroc avec la Turquie. En trois ans, Ankara a investi 5 milliards de dollars dans les ports marocains, sans passer par les lourdeurs administratives. Comment ? En contournant les institutions et en allant directement vers les acteurs locaux.

Avec l’Égypte, le Maroc pourrait faire pareil. Mais pour ça, il faudrait accepter une chose : lâcher un peu de pouvoir. Et ça, aucun des deux camps n’est prêt à le faire.

La vraie question n’est pas « Comment coopérer ? » mais « Qui va céder le premier ? »

Alors oui, le CESE peut organiser des rencontres. Oui, les ambassadeurs peuvent échanger des sourires. Mais tant que les décisions se prendront dans des bureaux climatisés, loin des usines et des ports, les 3 milliards de dollars resteront bloqués. Et les promesses, encore une fois, ne tiendront pas.

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R Galaxie Rédaction

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