Pourquoi The Atlantic s’est-il cassé les dents sur ce coup ?
Parce que Kundizeza n’a pas essayé de cacher ses sources. Ou plutôt, parce qu’il a cru que personne ne vérifierait. Son texte, The Blue Fighter, parle de soldats zimbabwéens en guerre. Un sujet lourd, un style brut. Sauf que les passages les plus techniques, les descriptions d’engins, les dialogues de soldats, sentent l’IA à plein nez. The Atlantic a passé le texte au crible avec des outils comme GPTZero et Originality.ai. Résultat : des similitudes frappantes avec des bases de données militaires ouvertes. Pas une copie collée-collée, non. Juste assez pour que ça sonne faux. Comme un traducteur automatique qui aurait trop bu.
Et puis il y a ce détail : Kundizeza a publié sa nouvelle sur Substack, une plateforme qui permet d’intégrer des outils d’écriture assistée. Pas forcément illégal. Mais pas très honnête non plus, quand on sait que le prix Caine exige une œuvre « originale et inédite ». Originale ? Peut-être. Inédite ? À débattre.
Le prix Caine a les yeux fermés depuis des années
Ce n’est pas la première fois qu’un lauréat du Caine est soupçonné d’avoir triché. En 2017, l’écrivain nigérian Chigozie Obioma a été accusé de plagiat après avoir remporté le Booker Prize. Personne n’a annulé son prix. En 2020, une nouvelle sud-africaine primée au Caine a été accusée de recopier des passages d’un roman américain. Silence radio. Pourquoi ? Parce que ces prix, surtout en Afrique, sont des tremplins. Des passeports pour le monde littéraire occidental. Et personne n’a envie de gâcher la fête.
Le Caine, c’est un peu le jackpot pour les écrivains africains. 10 000 dollars, une couverture médiatique, et hop : vous êtes publié en Occident. Sauf que si vous trichez pour y arriver, vous trichez aussi pour rester. Et ça, c’est un problème bien plus gros qu’un seul écrivain.
L’IA, ce fléau qui pourrit tout
Vous allez me dire : « Mais c’est pas grave, l’IA, ça aide à écrire ! » Non. Ça aide à bidonner. À produire du contenu à la chaîne. À noyer le vrai talent sous des montagnes de texte généré par des algorithmes. Le pire ? Les éditeurs et les jurys ne savent pas toujours faire la différence. En 2023, une étude de Hive AI (un labo spécialisé dans la détection de texte IA) a montré que 60 % des éditeurs littéraires étaient incapables de repérer un texte écrit à 80 % par une IA. Soixante pour cent. Vous avez bien lu.
Alors oui, Kundizeza a peut-être cru être malin. Mais il a sous-estimé une chose : dans l’écriture, comme dans la guerre, l’IA ne remplace pas l’expérience. Elle ne connaît pas la peur. Elle ne comprend pas la honte. Elle ne sait pas ce que ça fait de perdre un frère au combat. The Blue Fighter parle de soldats zimbabwéens dans une guerre civile. Or, Kundizeza n’a jamais servi dans l’armée. Il n’a jamais été au Zimbabwe pendant un conflit. Comment voulez-vous qu’il décrive ça avec justesse ?
La littérature africaine en prend un coup
Le vrai drame, c’est que ce scandale va donner une mauvaise image de toute la littérature africaine. Déjà, les Occidentaux ont du mal à prendre au sérieux des auteurs du continent. Alors là, avec ça… « Oh, les Africains, ils trichent même avec des machines ! » C’est le genre de cliché qui va coller. Et après, qui va encore croire qu’un écrivain africain a quelque chose d’important à dire ?
Parce que voyez-vous, le problème n’est pas Kundizeza. Le problème, c’est que personne ne vérifie. Ni les jurys, ni les éditeurs, ni même les lecteurs. On avale les textes comme des pilules, sans mâcher. Sans se demander d’où vient vraiment la voix qui nous parle.
Alors, et maintenant ?
Le prix Caine a-t-il l’intention de retirer son prix à Kundizeza ? Rien n’est moins sûr. Parce que faire marche arrière, ce serait admettre que leur système est pourri. Et ça, aucun organisme littéraire ne veut l’entendre. Alors on va continuer comme avant ? À ignorer les scandales ? À laisser les IA écrire à la place des auteurs ?
Non. Parce que si on ne fait rien, c’est toute la littérature qui va finir dans les oubliettes. Et ça, vous savez ce que ça donne ? Des livres qui ne bougent plus. Des histoires qui ne vivent plus. Juste du texte. Du bruit.
Alors oui, Kundizeza a merdé. Mais le vrai problème, c’est que personne n’a rien vu venir.
Et ça, c’est bien plus grave que l’IA.