22 ans au volant, une vie brisée à Trois-Rivières

Deven McKenzie, 22 ans, va plaider coupable pour la mort d’Amély Vézina, 19 ans, dans un choc frontal sur le boulevard Thibeau. Un accident évitable ? Les faits, les trous, et ce que ça dit de la vitesse à laquelle on enterre les responsabilités.

Publié le 15 octobre 2026 à 22:03
22 ans au volant, une vie brisée à Trois-Rivières

Un permis, un volant, et la loi du plus rapide

McKenzie avait son permis depuis deux ans. Assez pour savoir que 110 km/h sur le Thibeau, c’est du suicide en solo. Assez pour savoir que l’alcool et la vitesse, c’est comme mélanger essence et feu : ça finit mal. Mais assez pour conduire comme un fou à 3h du mat’ ? La réponse, on la connaît. Oui. Parce que les statistiques, elles, ne mentent pas. Selon la SAAQ, un tiers des accidents mortels la nuit impliquent un conducteur ivre ou sous l’effet de stupéfiants. Un tiers. Et dans ce tiers, il y a souvent des jeunes comme McKenzie : 20-25 ans, permis récent, l’impression d’être invincible. Le problème, c’est que la loi, elle, ne les protège pas.

Le choc a eu lieu près du secteur Saint-Louis-de-France. Un endroit où les caméras de la ville font défaut, où les témoins se font rares, où la nuit avale les preuves. Comme si le lieu avait été choisi pour ça. Pas par hasard. Parce que quand tu roules à 120 dans le noir, tu paries aussi sur l’obscurité pour effacer les traces. McKenzie a perdu ce pari. Mais la question, c’est : qui d’autre aurait gagné ?

Pourquoi plaider coupable quand on pourrait nier ?

Ici, quelque chose cloche. Pourquoi avouer si vite ?

  1. Les preuves. Peut-être qu’il y en a. Un témoin qui a vu la voiture zigzaguer avant le choc. Un rapport toxicologique qui sent l’alcool à plein nez. Ou pire : des images de sa voiture, avant l’accident, qui montrent des traces de freinage… trop tardives.

  2. La pression familiale. À 22 ans, tu n’as pas les moyens de traîner un procès qui pourrait te coller un casier judiciaire pour la vie. Surtout quand tes parents te serrent la main en disant : « On va régler ça entre nous. » Sauf que non. La justice, elle, ne réglera rien. Elle va juste classer l’affaire. Et Amély Vézina restera morte.

  3. La peur. Celle de finir en prison. Celle de voir sa vie détruite avant même d’avoir commencé. Mais la vraie peur, c’est celle de se regarder dans le miroir. Parce que plaider coupable, c’est reconnaître que tu as tué quelqu’un. Pas dans un jeu vidéo. Pas dans un rêve. Dans la vraie vie. Et ça, même un permis de conduire ne t’y prépare pas.

Ce que la justice ne dira pas

Le procureur va demander une peine avec sursis. Peut-être quelques mois de prison, mais pas plus. Parce que la justice québécoise, elle a ses règles.

  • Premier dĂ©lit ? On est clĂ©ment. MĂŞme si t’as tuĂ©.
  • Jeune conducteur ? On te donne une seconde chance. MĂŞme si t’as dĂ©foncĂ© une voiture en sens inverse.
  • Pas de casier ? On efface. MĂŞme si t’as laissĂ© une famille en deuil.

Le vrai problème, c’est que ça marche. Les peines légères dissuadent à peine. Les amendes, on les paie avec le chèque des parents. Et les permis de conduire ? On les récupère. Comme si rien n’était arrivé.

Pire : personne ne parle de la victime. Amély Vézina avait 19 ans. Elle étudiait. Elle avait des projets. Elle n’avait pas signé pour mourir dans un choc frontal, à 3h17 du matin, sur un boulevard mal éclairé. Mais dans les médias, dans les tribunaux, c’est toujours le conducteur qui fait la une. Pas la personne qui est morte.

La vitesse tue, mais on ne la traite pas en criminel

Le rapport de la SAAQ sur les accidents mortels noctures est clair : la vitesse et l’alcool sont les deux facteurs principaux. Pourtant, quand un jeune comme McKenzie prend le volant après quelques bières et qu’il écrase une voiture en face, on ne parle pas de criminalisation de la vitesse excessive. On parle de « tragédie ». On parle de « circonstances atténuantes ». On ne parle pas de sanctions qui fassent mal.

Parce que si on le faisait, peut-être que des jeunes comme McKenzie réfléchiraient à deux fois avant de monter dans une voiture. Peut-être qu’ils sauraient que tuer quelqu’un, même par négligence, ça se paie cash. Pas avec un sursis. Pas avec une amende. Avec des années de prison.

Ce que ça change (ou pas)

Rien. Ou presque.

  • McKenzie va plaider coupable. Il Ă©copera d’une peine lĂ©gère. Il rentrera chez lui. Il recommencera Ă  conduire.
  • Les parents de VĂ©zina auront leur procès en douleur et en larmes. Ils n’auront pas justice.
  • Le boulevard Thibeau restera un boulevard. Les camĂ©ras ne seront pas installĂ©es. Les radars non plus.
  • Et dans six mois, un autre jeune prendra le volant après quelques verres. Parce que rien n’a changĂ©.

Le vrai scandale, c’est que ça ne soit pas un scandale.

La leçon (si elle existe)

Si vous avez un enfant, un frère, un ami qui prend le volant après avoir bu, parlez-lui. Pas avec des mots gentils. Pas avec des « fais attention ». Avec des « si tu fais ça, tu vas tuer quelqu’un. Et tu passeras le reste de ta vie à porter ce poids. »

Parce que la justice, elle, ne le fera pas. Elle, elle va juste classer l’affaire. Et Amély Vézina restera morte.

C’est comme ça que ça se passe, quand la loi te laisse tomber.

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R Galaxie Rédaction

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