Prévot veut ponctionner les millionnaires, les marchés grognent déjà

Le ministre des Finances mise sur 10 milliards d’économies en taxant les gros patrimoines. Les experts s’interrogent : cette mesure va-t-elle vraiment boucler le budget, ou creuser les tensions avec les investisseurs ?

Publié le 28 septembre 2026 à 18:04
Prévot veut ponctionner les millionnaires, les marchés grognent déjà

Un détail d’abord : 1 million d’euros. C’est le seuil à partir duquel Maxime Prévot compte serrer la vis. Pas demain, pas dans six mois, dès 2026, si son budget passe. Et ça, les marchés l’ont déjà mal pris. Les cours des actions des grandes fortunes françaises ont frémi hier, le temps d’un après-midi. Pas une panique, non. Juste un signal : on vous regarde. Les gestionnaires de fonds, les banquiers privés, ceux qui gèrent les portefeuilles des Pinault, Arnault et autres, ils savent très bien ce que ça signifie quand l’État décide de toucher à leurs clients les plus riches. Un impôt supplémentaire sur les gros patrimoines, c’est comme un coup de pied dans la fourmilière. Les fourmis bougent, même si vous ne les voyez pas.

Pourquoi 10 milliards, et pas 5 ?

Prévot justifie son coup de rabot par les comptes publics. 10 milliards d’euros manquants. Un trou à boucher, et les millionnaires sont dans le collimateur. Le gouvernement mise sur un rendement immédiat : selon les estimations de Bercy, quelque 30 000 ménages devraient être touchés. Assez pour remplir les caisses, ou assez pour braquer une partie de l’opinion ?

Le problème, c’est que les chiffres du ministère des Finances sont des estimations. Personne ne sait vraiment combien ces ménages vont vraiment payer. Les riches, surtout ceux qui ont des actifs à l’étranger, ont des moyens de contourner l’impôt. Ils le font déjà. Une étude de l’IFRI publiée en 2023 révélait que 15 % des Français détenteurs d’un patrimoine supérieur à 1 million d’euros avaient au moins une partie de leurs avoirs placés hors de France, souvent dans des paradis fiscaux, ou via des montages juridiques opaques. Si Prévot veut vraiment les toucher, il va falloir des moyens de contrôle bien plus lourds que ce qu’on imagine.

Ce que les marchés ne disent pas (mais qu’ils pensent)

Les cours de Bourse ont bougé hier, mais les commentaires des analystes sont restés sages. Trop sages. Pourquoi ? Parce que les vrais enjeux ne sont pas dans les chiffres du budget, mais dans ce que cette mesure révèle.

  1. La France devient un pays moins attractif pour les investisseurs. Déjà, avec la fiscalité sur les successions, les droits de donation, et maintenant ça. Les gestionnaires de fortune internationaux ont un choix : placer leur argent en France, où l’État prend une part croissante, ou ailleurs. L’Allemagne a ses problèmes, le Luxembourg aussi. Mais la Suisse ? La Suisse, elle, sait garder ses millionnaires.

  2. Les riches paieront… mais pas ceux qu’on croit. Les grandes fortunes médiatisées (les Arnault, les Bettencourt) ont des structures complexes. Ils paieront, oui. Mais ceux qui vont vraiment sentir la pression, ce sont les entrepreneurs de la tech, les héritiers de PME, ceux qui n’ont pas les moyens de monter des holdings offshore. Ceux-là, ils n’ont pas le temps de jouer aux échecs fiscaux.

  3. L’effet d’aubaine est réel. Si vous avez déjà 1 million d’euros, vous allez peut-être en placer 50 000 de plus… ailleurs. Pas pour fuir le pays, non. Juste pour éviter de payer. Et ça, c’est une fuite de capitaux. Pas massive, pas immédiate. Mais suffisante pour que les caisses de l’État ne voient pas un centime de plus.

Le vrai débat : et après ?

Prévot parle de justice fiscale. Mais justice pour qui ? Pour les ménages modestes qui galèrent avec 1 500 euros de pouvoir d’achat ? Ou pour les millionnaires qui, eux, peuvent se permettre de payer ?

Le problème, c’est que cette mesure ne règle rien. Elle ne réduit pas les dépenses de l’État. Elle ne relance pas l’économie. Elle ne réduit pas les inégalités. Elle fait juste croire que quelque chose est fait.

Ce que personne ne dit, c’est que la vraie question n’est pas : comment taxer les riches ? mais comment faire en sorte que l’État dépense moins ?

Parce que 10 milliards, c’est bien. Mais si on ne réduit pas les niches fiscales pour les entreprises, si on ne touche pas aux subventions inutiles, si on ne réforme pas vraiment la dépense publique… alors à quoi bon ?

Le scénario le plus probable (et le plus ennuyeux)

Cette mesure passera. Pas en l’état, non. Mais avec des aménagements. Les lobbies des gestionnaires de patrimoine vont obtenir des dérogations. Les millionnaires auront droit à des exemptions. Et à la fin, ceux qui paieront vraiment, ce seront les classes moyennes supérieures.

Voilà le vrai jeu.

Pas une révolution fiscale. Pas un coup de balai dans les inégalités. Juste une nouvelle taxe, une nouvelle complexité, et une nouvelle raison pour les riches de se plaindre, tout en continuant de vivre comme avant.

La France a besoin de 10 milliards ? Très bien. Mais pas comme ça.

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R Galaxie Rédaction

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