Pourquoi Predator mise sur un pari aussi risqué ?
Le Maroc a un potentiel gazier sous-estimé. Officiellement, les réserves sont faibles, mais les permis comme celui de Guercif, où Predator fore depuis 2022, laissent penser qu’il y a plus que ce qu’on croit. Le problème, c’est que forer du gaz au Maroc, c’est comme jouer à la roulette avec des capitaux étrangers. Les banques marocaines ne financent pas ce genre de projets. Les investisseurs privés, eux, regardent les chiffres et voient un risque énorme : 227 millions de dirhams engloutis sans retour certain.
Predator, c’est une société cotée à Londres, spécialisée dans les petits permis oubliés. Leur business model ? Trouver des zones où personne ne veut investir, forer, et vendre les droits à un gros groupe si jamais ça marche. Sauf que là , ils n’ont pas encore trouvé de repreneur. Alors ils négocient un prêt pour rembourser ce qu’ils ont déjà dépensé. C’est un peu comme emprunter pour payer une dette… en espérant que le puits va enfin parler.
Le projet pilote de GNC : une fausse bonne idée ?
Predator ne se contente pas de forer. Ils veulent aussi lancer un projet pilote de gaz naturel comprimé (GNC) sur le permis de Guercif. L’idée ? Stocker et distribuer du gaz localement pour les camions et les bus. Sur le papier, ça a du sens : le Maroc importe 90 % de son gaz, et les prix explosent depuis la guerre en Ukraine. Mais voici le hic :
- Le Maroc n’a pas l’infrastructure. Pas de réseau de distribution adapté, pas de stations GNC en nombre suffisant. Même si Predator trouve du gaz, où est-ce qu’ils vont le vendre ?
- Les subventions étatiques manquent. Le gouvernement marocain a des priorités : solaire, éolien, hydrogène vert. Le gaz, surtout local, n’est pas une priorité. Sans aide, le projet pilote sera un gouffre.
Alors pourquoi Predator insiste ? Parce qu’un projet GNC, même raté, peut servir de levier pour attirer d’autres investisseurs. « On montre qu’on innove, qu’on pense au futur », disent-ils. Sauf que le futur, pour l’instant, c’est surtout un trou dans le budget.
Les créanciers ferment les yeux, ou pas
24,6 millions de dollars, c’est la somme que Predator doit rembourser. Mais qui va les financer ? Les banques marocaines ? Peu probable. Les fonds européens ? Ils regardent de travers les projets gaziers depuis l’accord vert. Alors Predator mise sur des investisseurs privés, peut-être des fonds spécialisés dans l’énergie, ou même des acteurs chinois, toujours prêts à parier sur des permis risqués.
Le problème, c’est que personne ne sait si le puits MOU-6 sera rentable. Les tests de production n’ont pas encore commencé. Et même si le gaz est là , son extraction coûtera cher. Predator a déjà brûlé une partie de ses réserves en actions pour payer les premières dépenses. Si le financement échoue, ils seront dans la merde.
Ce que le Maroc ne veut pas voir
Officiellement, Rabat encourage les investissements étrangers dans les énergies. Mais quand il s’agit de gaz, le gouvernement marche sur des œufs. D’un côté, ils veulent diversifier leurs sources d’énergie. De l’autre, ils ne veulent pas être associés à un nouveau scandale environnemental, surtout avec l’Europe qui les surveille de près.
Predator, eux, jouent la carte de l’urgence : « Si on ne finance pas maintenant, le puits sera abandonné, et 227 millions de dirhams seront perdus pour rien. » C’est un argument solide. Sauf que personne ne garantit que le puits sera productif. Et si jamais il l’est… à quel prix ?
La vraie question : qui va payer l’addition ?
Predator a deux options :
- Trouver des financements, mais Ă quel taux ? Avec quelles garanties ?
- Vendre les droits du permis à un groupe plus gros, mais qui, dans ce contexte, va vouloir racheter un puits dont on ne connaît pas encore la rentabilité ?
Le Maroc, lui, regarde de loin. Les autorités locales savent que ce projet est risqué, mais elles ne veulent pas non plus que Predator parte en laissant un trou. Alors elles attendent. Elles négocient. Elles espèrent que quelqu’un d’autre prendra le relais.
Pour l’instant, personne ne bronche. Mais si Predator échoue, ce ne sera pas seulement leur problème. Ce sera celui du Maroc aussi, avec un puits abandonné, des millions perdus, et une réputation d’instabilité énergétique qui ne jouera pas en leur faveur.
Le dernier mot : Predator Oil & Gas joue gros. Trop gros. Leur pari sur le gaz marocain repose sur une équation simple : trouver du gaz, trouver un repreneur, et espérer que les chiffres finissent par s’aligner. Mais dans un pays où les infrastructures manquent et où les financements se font rares, leur stratégie ressemble à une partie de poker avec des cartes mal distribuées. Et si jamais ils perdent… ce ne sera pas qu’eux qui trinqueront.