Pourquoi Poutine s’attaque à ces trois-là ?
Pas par hasard. Ces trois groupes ont un point commun : ils étaient rentables. Nestlé Russie générait 1,2 milliard de francs suisses en 2022 (source : rapport annuel Nestlé). Auchan, lui, affichait un chiffre d’affaires de 5,3 milliards de roubles en 2023 (soit environ 60 millions d’euros), malgré la fuite de cadres et la pénurie de produits occidentaux. Quant à Leroy Merlin, avant son rachat, il tournait à 1,5 milliard d’euros de CA annuel en Russie. Des chiffres qui font baver. Surtout quand on sait que 80 % des profits des multinationales en Russie partaient à l’étranger avant la guerre (étude KPMG Russia, 2021). Poutine veut garder cette manne. Tout ça pour financer son armée.
Et puis, il y a la symbolique. Nestlé, c’est le Suisse neutre. Auchan, c’est le Français qui a cru pouvoir jouer les malins en gardant ses magasins ouverts. Leroy Merlin, c’est l’enseigne qui a fermé boutique en 2022, mais dont les actifs traînassaient encore. Trois cibles faciles. Trois leçons pour les autres : si tu restes, tu finis nationalisé. Si tu pars, tu perds tout.
L.E.V. Management : la société fantôme qui récupère tout
Personne ne connaît son actionnaire. Les registres russes sont opaques, et les rares articles de presse qui en parlent citent des « sources anonymes ». On sait juste que cette société a été créée en septembre 2022, trois mois après le début de la guerre. Son siège ? Un bureau anonyme à Moscou. Son activité ? Récupérer des actifs étrangers abandonnés.
Depuis son lancement, L.E.V. a déjà ponctionné :
- Les parts de Metro AG (géant allemand de la grande distribution) dans Metro Cash & Carry Russie.
- Une partie des usines de Danone (dont les yaourts Actimel, toujours produits sur place).
- Les magasins de Decathlon, fermés en 2022, mais dont les stocks et les locaux sont restés sur place.
Le modèle est simple :
- Une multinationale quitte la Russie (ou menace de le faire).
- Le gouvernement russe saisit ses actifs sous prétexte de « protection des intérêts nationaux ».
- L.E.V. Management les rachète pour 1 rouble symbolique, voire gratuitement.
- Les anciens propriétaires ? Ils touchent des miettes en compensation, si tant est qu’ils obtiennent gain de cause devant un tribunal russe, où les juges sont nommés par le Kremlin.
Résultat : En deux ans, Moscou a confisqué l’équivalent de 30 milliards d’euros d’actifs étrangers (estimation Financial Times, mars 2024). Sans tirer un coup de feu. Juste en appliquant des lois écrites pour l’occasion.
Les Européens ferment les yeux
Pourtant, personne ne proteste vraiment. Pourquoi ?
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Parce que les sanctions économiques ne marchent pas comme prévu. L’UE voulait étouffer l’économie russe. Résultat : les entreprises européennes se sont barrées, mais leurs actifs sont restés. Et maintenant, c’est Poutine qui les récupère. Effet boomerang.
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Parce que les gouvernements préfèrent négocier discrètement. La France et l’Allemagne ont tenté des médiations avec Moscou pour sauver leurs entreprises. En vain. Poutine n’a jamais cédé un pouce de terrain. En 2023, Emmanuel Macron a même rencontré Poutine à Paris pour discuter… de la libération des otages. Pas des actifs confisqués. Priorités.
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Parce que les actionnaires se tiennent pour responsables. Les grands groupes ont déjà perdu des milliards en quittant la Russie. Ils ne veulent pas en perdre plus en se battant. Mieux vaut toucher 5 % de la valeur réelle de ses actifs que 0 %.
Exemple frappant : Schwarz, le groupe allemand derrière Lidl et Kaufland, a perdu 1,5 milliard d’euros en quittant la Russie en 2022. Aujourd’hui, ses magasins sont gérés par des managers russes. Il touche encore des loyers. Mais il a fermé sa gueule.
Ce que ça signifie pour l’avenir
Si vous pensiez que la guerre en Ukraine était un conflit militaire, détrompez-vous. C’est aussi une guerre économique. Et Poutine a déjà gagné une bataille : il a récupéré des actifs valant des dizaines de milliards sans tirer un coup de feu.
Ce qui va se passer maintenant ?
- Les multinationales vont encore hésiter à quitter la Russie. Parce que partir, c’est perdre. Rester, c’est se faire nationaliser. Le piège est tendu.
- Les investisseurs vont fuir encore plus. Personne ne veut finir comme Nestlé ou Auchan. La Russie devient un marché maudit.
- L’UE va durcir ses sanctions… mais trop tard. Les dégâts sont faits. Poutine a déjà tout pris.
Le vrai problème ? Personne ne veut admettre que les sanctions ont échoué. Parce que reconnaître ça, c’est avouer que la stratégie occidentale était un échec. Et ça, aucun gouvernement ne le dira.
Le coup de grâce pour l’économie russe ?
Ironie du sort : ces actifs confisqués ne serviront pas vraiment à relancer l’économie russe.
Pourquoi ? Parce que les managers locaux ne savent pas les gérer.
- Auchan Russie tourne à perte depuis 2023. Les rayons sont vides, les salaires impayés. Les clients boycottent.
- Nestlé Russie a du mal à trouver des fournisseurs.** Les emballages sont en plastique russe (de qualité médiocre), les ingrédients viennent de Biélorussie. Le produit n’est plus le même.
- Leroy Merlin ? Fermé. Les Russes n’ont plus les moyens d’acheter des outils à 200 euros.
Résultat : Ces entreprises nationalisées coûtent plus qu’elles ne rapportent. Elles saignent l’État russe.
Mais Poutine s’en fiche. Il a besoin de cash pour la guerre. Et peu importe si ça finit en fiasco économique. L’important, c’est de tenir.
La leçon pour les prochains
Si vous êtes une multinationale et que vous hésitez encore à quitter la Russie : fuyez maintenant.
Parce que demain, ce sera trop tard.
Et si vous êtes un actionnaire ? Préparez-vous à perdre.
La Russie n’est plus un marché. C’est un champ de bataille. Et dans une guerre, les règles ne comptent plus.
La dernière phrase qui dérange
Personne ne le dira, mais c’est la vérité : Ces confisquations sont la preuve que l’Occident a perdu. Pas seulement en Ukraine. Économiquement, aussi. Parce que quand un pays peut voler des dizaines de milliards sans que personne ne lève le petit doigt, c’est qu’il a déjà gagné.
Et ça, personne ne veut l’admettre.