Un coup de force qui sent le déjà-vu, et l’échec des sanctions
En 2022, quand la Russie a gelé les avoirs de plusieurs groupes occidentaux (TotalEnergies, Renault, Michelin…), Bruxelles a hurlé à la spoliation. Les sanctions ont pleuvi. Résultat ? Les entreprises ont plié ou se sont retirées. Aujourd’hui, Poutine recommence, mais cette fois, il vise des géants qui n’ont pas bougé : Auchan, avec ses 350 magasins en Russie, et Nestlé, dont les usines locales tournent encore à plein régime. Le chiffre ? Plus de 1,2 milliard d’euros d’actifs concernés, selon les estimations de l’Institut français des relations internationales (Ifri). Une aubaine pour les oligarques locaux, une nouvelle preuve que l’Occident a sous-estimé la stratégie russe : confisquer d’abord, négocier après.
Pourquoi la France crie-t-elle si fort cette fois ? Parce que Auchan, c’est français. Parce que Nestlé, c’est suisse, mais avec des usines clés en France. Parce que Leroy Merlin, même parti, laisse des traces, et des dettes. Bref, c’est dans leur jardin que Moscou piétine. Sauf que le jardin est déjà brûlé. Les sanctions européennes existent, mais elles sont lentes, floues, et souvent inefficaces. Prenez l’exemple de Rosneft : en 2022, l’UE a gelé ses avoirs, mais la compagnie russe a simplement contourné l’embargo en utilisant des intermédiaires basés à Chypre ou aux Émirats. Aujourd’hui, même scénario : les actifs d’Auchan et Nestlé pourraient finir entre les mains de sociétés écrans, avec l’aval des autorités russes. Et que fera l’Europe ? Rien. Ou presque.
Paris proteste, mais Moscou rit jaune
Le 16 février, Emmanuel Macron et son ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, dénoncent une « violation du droit international ». Des mots. Des très beaux mots. Sauf que la Russie s’en moque. Pourquoi ? Parce que depuis 2014, Moscou a appris à vivre avec les sanctions. Les entreprises européennes qui restent sur place signent des contrats avec des clauses de « neutralité politique ». Résultat : elles continuent à produire, à vendre, à payer des impôts… mais sans pouvoir protester. Auchan, par exemple, a maintenu 80 % de son chiffre d’affaires en Russie en 2023, selon les données internes citées par Les Échos. Nestlé, lui, a même augmenté ses ventes dans le pays (+5 % en 2023), malgré la guerre. Preuve que ces groupes préfèrent l’argent à la morale.
Et puis, il y a le problème des filiales locales. En Russie, une entreprise européenne est souvent détenue à moins de 50 % par le groupe mère. Le reste est aux mains d’associés russes. Quand Poutine décide de confisquer, il n’a même pas besoin d’inventer des prétextes : il suffit de faire pression sur les actionnaires locaux. C’est ce qui s’est passé avec Leroy Merlin. Le groupe a quitté la Russie en 2022, mais son ancien partenaire russe, Ikea Russia, a gardé les stocks et les entrepôts. Aujourd’hui, ces actifs pourraient être redirigés vers d’autres enseignes pro-russes. Personne ne sait vraiment ce qu’ils sont devenus.
L’Europe a les moyens de frapper, mais elle n’ose pas
Alors, que faire ? L’UE pourrait geler les avoirs des nouveaux administrateurs russes, comme elle l’a fait pour les oligarques proches de Poutine. Elle pourrait sanctionner les banques qui financent ces prises de contrôle. Elle le sait. Elle en a les moyens. Mais elle n’agit pas. Pourquoi ? Parce que l’économie prime sur la géopolitique. L’Allemagne dépend du gaz russe (oui, même après Nord Stream). La France a peur de perdre ses emplois en Russie. Et puis, il y a le lobby des grandes entreprises : quand Auchan ou Nestlé perdent des milliards, c’est aussi les actionnaires européens qui trinquent.
Pire : certains pays, comme la Hongrie ou la Grèce, bloquent les sanctions supplémentaires par peur de nuire à leurs propres intérêts. Résultat, la Russie continue de voler tranquillement, tandis que l’Europe regarde ailleurs. Le dernier exemple en date ? La banque russe Sberbank, toujours active en Europe malgré les embargos. Elle a simplement déplacé son siège aux Pays-Bas et continue de prêter aux entreprises russes. Personne ne l’a arrêtée.
Ce que ça change pour les entreprises, et pour vous
Pour les groupes européens, c’est simple : soit ils plient, soit ils se font spoliés. TotalEnergies a vendu ses parts à Rosneft. Shell a quitté la Russie. Mais d’autres, comme Auchan ou Nestlé, préfèrent rester et négocier. Problème : en restant, ils financent indirectement la machine de guerre russe. Leurs usines tournent, leurs employés sont payés, leurs profits restent sur place. Et quand Poutine décide de confisquer, ils n’ont plus le choix : soit ils acceptent, soit ils perdent tout.
Pour les consommateurs, c’est moins visible, mais tout aussi concret. Les prix vont continuer à monter. Pourquoi ? Parce que les chaînes d’approvisionnement sont perturbées. Parce que les entreprises doivent payer des surcoûts pour contourner les sanctions. Parce que la Russie utilise ces actifs confisqués pour faire pression sur l’Europe. Prenez le cas du blé : la Russie en exporte massivement, et à bas prix. Comment ? En utilisant les silos et les camions d’entreprises européennes spoliées. Résultat : l’UE doit importer du blé russe… tout en financant indirectement la guerre.
La vraie question : et si c’était trop tard ?
La France crie. L’Europe proteste. Mais au fond, personne ne veut vraiment la guerre économique totale. Parce que ça coûterait trop cher. Parce que ça ferait mal. Parce que les lobbies sont plus puissants que les principes.
Alors oui, Poutine a raison sur un point : l’Occident n’a pas les couilles pour jouer dur. Il menace, il sanctionne, il parle de « ligne rouge ». Mais quand vient le moment de frapper vraiment, il recule. Les actifs d’Auchan et Nestlé en Russie sont le dernier exemple en date. Le prochain ? Peut-être vos retraites, vos emplois, ou vos factures d’énergie. Parce qu’à force de tergiverser, l’Europe paiera. Toujours.
Et cette fois, ce ne seront pas que des mots.