Les transferts fédéraux, une manne… mais pas une solution
Ottawa injecte des milliards chaque année. En 2024, le Québec a touché plus de 18 milliards en transferts fiscaux. Assez pour faire croire que le problème est réglé. Sauf que non. Ces fonds couvrent déjà une grande partie des dépenses sociales. Les augmenter encore ? Impossible sans déclencher une crise politique avec le fédéral. Milliard le sait. Alors il mise sur autre chose : le jeu en ligne.
Le secteur explose. Entre les paris sportifs, les casinos virtuels et les machines à sous en ligne, les recettes ont grimpé de 30 % en deux ans, selon l’Autorité des marchés financiers. En 2023, elles ont rapporté 1,2 milliard au gouvernement. Un joli complément. Mais une source proche du dossier avoue : « C’est une variable trop volatile pour en faire une stratégie. Un seul mauvais trimestre, et les comptes repartent dans le rouge. »
Et puis, il y a le problème des dépendances. Les joueurs problématiques coûtent cher à la société. Entre les dettes, les aides sociales et les pertes de productivité, l’État dépense plus qu’il ne gagne sur ce dossier. Une étude de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) de 2022 estimait le coût social des jeux à plus de 500 millions par an. Personne ne parle de ce détail dans les discours optimistes.
Le jeu en ligne, un eldorado… ou un piège ?
Charles Milliard a beau vanter les mérites des nouvelles recettes, la réalité est moins reluisante. Le secteur du jeu en ligne est concentré entre les mains de trois acteurs : Loto-Québec, Playtech et une poignée de casinos privés. Ces géants négocient des contrats juteux avec l’État, mais ils ne paient pas toujours leur écot.
Prenez Loto-Québec. En 2023, l’entreprise a généré 800 millions de profits. 800 millions. Assez pour financer des cliniques, des écoles, ou réduire la dette. Pourtant, une partie de ces gains part en impôts fédéraux, en dividendes pour les actionnaires… et en lobbying. Parce que oui, le jeu en ligne, c’est aussi une guerre d’influence. Les lobbies dépensent des millions pour assouplir les règles, retarder les taxes, ou éviter les régulations trop strictes.
Et quand les recettes baissent ? Personne ne vous dit que Loto-Québec a perdu 150 millions en 2021 à cause d’un krach sur les paris sportifs. Personne ne mentionne non plus que les casinos en ligne, eux, sont souvent détenus par des sociétés étrangères qui fuent les profits vers des paradis fiscaux. Résultat : l’État touche une partie des gains, mais pas toujours le gros lot.
La dette, ce fantôme qui ne veut pas disparaître
Le Québec a une dette de 200 milliards. Un chiffre qui donne des migraines. Pourtant, dans son dernier budget, Milliard table sur une réduction de 1 % par an. Un objectif ambitieux, surtout quand on sait que la moitié des économies prévues reposent sur des recettes futures du jeu en ligne.
Problème : ces recettes sont imprévisibles. Une seule mauvaise année, et le déficit revient en force. En 2020, pendant la pandémie, les pertes des casinos physiques ont fait chuter les recettes de 20 %. En 2021, la reprise a été fulgurante. Mais personne ne peut garantir que ça durera.
Et puis, il y a la question morale. Le Québec mise sur un secteur qui profite des faiblesses humaines. Les joueurs compulsifs, les dettes, les familles brisées… Tout ça, l’État le sait. Mais ça ne l’empêche pas de compter sur ces revenus.
Ce que personne ne veut dire sur les paris sportifs
Le vrai jackpot, c’est le sport. Les paris en ligne sur le hockey, le football ou le tennis rapportent des milliards. Sauf que 90 % des paris perdent de l’argent. Les bookmakers misent sur le fait que la plupart des joueurs ne savent pas ce qu’ils font. Résultat : l’État encaisse, mais à quel prix ?
Une enquête du Devoir en 2023 révélait que les jeunes de 18 à 24 ans représentent 25 % des joueurs problématiques. Pourtant, les campagnes de prévention ? Quasiment inexistantes. Les restrictions publicitaires ? Minimes. Pourquoi ? Parce que les recettes sont trop tentantes.
Et quand un joueur se retrouve endetté jusqu’au cou, qui paie ? L’État. Entre les aides sociales, les crédits d’impôt et les frais médicaux, le coût social des jeux dépasse largement les bénéfices fiscaux.
Alors, Milliard a-t-il une chance ?
Peut-être. À condition que les transferts fédéraux ne baissent pas, que le jeu en ligne ne s’effondre pas, et que personne ne se rende compte que cette stratégie repose sur du sable.
Le Québec a besoin de réformes structurelles. Pas de parier sur des recettes aléatoires. Mais quand les comptes sont dans le rouge, on fait avec ce qu’on a. Même si ça sent le risque à plein nez.
La vraie question, c’est : combien de temps avant que les comptes ne se retournent ?
Pas une question rhétorique. Une certitude.
La réponse dépendra de deux choses : la chance… et la capacité à assumer les pertes quand le jeu tournera mal.