Les géants du pétrole engrangent des milliards, vos factures paient l'addition
Le 15 mars dernier, TotalEnergies annonçait un bénéfice net de 16,5 milliards d’euros pour 2023. Un record. Shell et ExxonMobil, elles, ont dépassé les 40 milliards de dollars chacune. Pendant ce temps, vous payez votre plein à 1,80 €/litre en moyenne en France. Coïncidence ? Non. Ces chiffres ne mentent pas : le pétrole explose, et les firmes intégrées font le plein. Pas seulement de carburant, mais de profits. Et vous, vous trinquez.
Pourquoi le diesel reste cher alors que le brut baisse un peu
Les analystes de Goldman Sachs l’ont confirmé début avril : le Brent ne redescendra pas sous 80 $ le baril avant fin 2024. Pourtant, les prix à la pompe ne suivent pas. Pourquoi ? Parce que les raffineries tournent à plein régime, mais les capacités mondiales restent saturées. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime que 5 % de la capacité mondiale de raffinage est toujours indisponible à cause de maintenance ou de sanctions. Résultat : les marges des raffineurs explosent. En Europe, elles ont atteint 12 dollars par baril en mars, contre 5 dollars avant la crise.
Et les géants comme TotalEnergies ou BP, qui contrôlent à la fois l’extraction, le raffinage et la distribution, en profitent deux fois. D’abord sur le brut, ensuite sur le produit fini. Vous, vous payez l’addition.
Les actionnaires sont gâtés, les États regardent ailleurs
Chez TotalEnergies, le dividende a bondi de 30 % en 2023. Shell a racheté 20 milliards de dollars de ses propres actions pour booster son cours. ExxonMobil, elle, a versé 23 milliards de dollars en dividendes et rachats. Bref, les actionnaires sont choyés.
Pourtant, les États ferment les yeux. En France, le gouvernement a gelé les taxes sur les carburants pour éviter la grogne. En Allemagne, ils ont même baissé la TVA sur l’électricité pour les ménages. Mais personne ne touche aux superprofits des majors. Pourquoi ? Parce que ces mêmes États dépendent encore du pétrole pour leurs recettes fiscales. En Norvège, où l’État possède un tiers des parts d’Equinor, les revenus pétroliers représentent 40 % du budget national. Alors on serre les dents.
Le diesel, ce parent pauvre oublié
Vous avez remarqué ? Le gazole est encore plus cher que l’essence dans beaucoup de pays. En Suisse, le litre de diesel frôle 1,90 €, contre 1,75 € pour l’essence. Pourquoi ? Parce que les raffineurs privilégient la production d’essence, plus rentable. Résultat : les stocks de diesel sont tendus, et les prix grimpent.
Et les biocarburants ? Une arnaque. L’UE impose 10 % de biodiesel dans le gazole, mais la production reste lourde et peu efficace. En France, les usines tournent à 60 % de leur capacité, faute de matières premières. Bref, on vous vend du vent.
Et après ? Personne ne sait
Les experts s’accordent sur un point : la baisse des prix ne viendra pas avant 2025. L’AIE table sur une demande mondiale en hausse, surtout en Chine et en Inde, où les usines tournent à plein régime. Et les tensions géopolitiques ? Elles sont là pour durer. La Russie a réorienté ses exportations vers l’Asie, et l’OPEP+ maintient une production artificiellement basse pour faire monter les cours.
Alors que faire ?
- Acheter moins ? Facile Ă dire quand on a pas le choix.
- Exiger des régulations ? Les lobbies pétroliers sont trop puissants.
- Attendre une révolution technologique ? Les voitures électriques mettent du temps à se généraliser.
Bref, vous êtes pris en étau. Et les géants du pétrole, eux, souriants.
Dernier détail : ces profits records ne sont pas un hasard. C’est une stratégie. Depuis 2020, les majors ont réduit leurs coûts de production en fermant des usines et en licenciant. Résultat : leurs marges sont 3 fois plus élevées qu’avant la crise. Vous financez leur modernisation. Sans broncher.
Alors la prochaine fois que vous remplirez votre réservoir, souvenez-vous : quelques-uns engrangent, les autres paient. Et ça, c’est un fait.