Le pétrole perd trois débouchés clés en même temps

Entre le détroit de Bab el-Mandeb et les tensions géopolitiques, trois marchés majeurs s’effondrent simultanément. Résultat : les prix du brut s’effondrent, mais personne ne parle vraiment des conséquences. Voici pourquoi cette fois, la chute pourrait être durable.

Publié le 15 septembre 2026 à 20:09
Le pétrole perd trois débouchés clés en même temps

Un détroit, trois crises qui s’accumulent

Le 15 novembre 2023, un cargo transportant 1,2 million de barils de brut saoudien a été détourné par des milices houthis près d’Aden. Pas un incident isolé. Depuis le début de l’année, 17 navires liés au pétrole ont été menacés, sabordés ou simplement bloqués dans le golfe d’Aden. Personne ne le dit assez : ce détroit, large de 30 kilomètres à peine, est devenu le point de bascule d’un marché déjà à bout de souffle. Et si trois débouchés majeurs s’effondrent en même temps, ce n’est pas un hasard. C’est une tempête parfaite, et elle frappe là où ça fait mal.

**La Chine étouffe, mais cache ses stocks

Officiellement, Pékin importe toujours 11 millions de barils par jour. Officieusement, ses raffineries tournent au ralenti. Pourquoi ? Parce que les réserves stratégiques chinoises, celles qui doivent absorber les chocs, sont à 60 % pleines, selon les données de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) pour 2023. La Chine a stocké comme une folle pendant la pandémie. Résultat : elle rachète moins, négocie en dessous du cours, et étouffe le marché sans le reconnaître.

Sauf que Pékin n’est pas le seul à tricher. Les pétromonarchies du Golfe, Arabie saoudite en tête, ont arrêté de publier leurs chiffres de production. Plus de transparence, plus de confiance. Juste des déclarations lisses du type « nous assurons l’approvisionnement ». Pourtant, les satellites de la NASA montrent que les terminaux saoudiens de Ras Tanajib et Ju’aymah tournent à 70 % de leur capacité depuis septembre. Personne ne veut l’admettre, mais l’Arabie Saoudite pompe moins qu’elle ne le prétend.

**L’Inde, ce géant qui refuse de payer

L’Inde, deuxième importateur mondial, a un problème : son ruine. Le 1er octobre, New Delhi a gelé ses achats de brut russe après que Moscou a imposé un plafond de 60 dollars le baril. Résultat ? Les raffineries indiennes, déjà à la ramasse, ont réorienté 40 % de leurs commandes vers l’Iran et l’Irak, des pétroles lourds, corrosifs, qu’elles paient en devises locales ou en nature. Autrement dit : l’Inde ne débourse plus un centime en dollars pour le brut saoudien ou émirati.

Et ce n’est pas tout. Les compagnies indiennes comme Reliance Industries ont suspendu leurs contrats à terme sur le Brent. Elles misent sur la baisse. Problème : si tout le monde fait pareil, le marché se grippe. Les courtiers de Singapour, hub mondial du trading pétrolier, ne trouvent plus de preneurs pour les contrats à plus de 6 mois. C’est la première fois depuis 2008.

**L’Europe, prisonnière de ses illusions vertes

Bruxelles a un plan : réduire sa dépendance au pétrole d’ici 2030. Sauf que pour l’instant, elle fait exactement l’inverse. La Commission européenne a validé 12 nouveaux permis d’exploration offshore en mer du Nord cette année, dont un pour TotalEnergies près des Shetland. Pourquoi ? Parce que les champs existants s’épuisent, et que les éoliennes offshore, censées remplacer le pétrole, ne produisent pas assez pour compenser.

Résultat : l’Europe importe toujours 3,5 millions de barils par jour, mais elle paie en euros faibles et négocie des contrats court-termistes. Les Saoudiens et les Émiratis, eux, vendent à perte pour écouler leurs stocks. Sauf que ça ne marche plus. Les raffineries européennes tournent à 82 % de leur capacité (source : Eurostat), et les stocks de produits finis, essence, gazole, ont atteint des niveaux records. Personne ne veut plus en acheter.

**Le vrai danger : quand les prix s’effondrent sans que personne ne bronche

Aujourd’hui, le Brent flirte avec 78 dollars le baril. En théorie, c’est une bonne nouvelle. En réalité, c’est un piège.

  1. Les producteurs marginalisés, comme le Nigeria ou le Venezuela, ferment leurs puits. Ils ne peuvent plus rentabiliser à ce prix. Résultat : l’offre va se contracter encore, et les prix pourraient repartir à la hausse… trop tard.

  2. Les dettes des pétromonarchies explosent. L’Arabie Saoudite a emprunté 120 milliards de dollars depuis 2020 pour boucher ses trous. Si le prix reste bas, Riyad va devoir vendre des actifs, et pas seulement des actions d’ARAMCO. Les palais royaux, les projets pharaoniques comme NEOM… la liste des cibles est longue.

  3. Les marchés financiers ignorent le risque géopolitique. Les futures sur le pétrole sont sous-évalués de 15 %, selon Goldman Sachs. Pourquoi ? Parce que personne ne parie sur une guerre ouverte dans le golfe d’Aden. Pourtant, si les Houthis coulaient un seul supertanker saoudien, le prix bondirait à 120 dollars en 48 heures. Les assurances maritimes ont déjà doublé leurs primes pour la zone. Personne n’en parle.

**Ce que personne ne dit sur l’après

Le vrai scénario catastrophe ? Que cette chute des prix soit permanente. Pas une correction, pas un rebond technique, une tendance de fond.

  • Les États-Unis, déjà en surproduction, ne vont pas ralentir. Ils pompent à fond, et les permis de forage explosent. En 2024, ils devraient dépasser 14 millions de barils/jour (contre 13 aujourd’hui).

  • La Chine et l’Inde vont continuer à stocker en secret. Elles ont appris leur leçon pendant la pandémie : mieux vaut avoir trop que pas assez.

  • L’Arabie Saoudite va devoir choisir : soit elle coupe ses dépenses (adieu, méga-projets), soit elle vient grossir le club des pays endettés jusqu’au cou.

La seule certitude ? Ce n’est pas le pétrole qui manque. C’est le prix qui va continuer à danser. Et quand il remontera, parce que remonter il remontera, personne ne sera prêt.

**La dernière question qui dérange

Si tout le monde sait que le pétrole est en surcapacité, pourquoi les prix ne s’effondrent-ils pas vraiment ? Parce que quelqu’un maintient artificiellement le marché. Les Saoudiens ? Les Russes ? Les Chinois ? On ne sait pas. Mais une chose est sûre : quand la machine s’arrête, ce sera brutal. Et cette fois, personne n’aura les stocks pour amortir le choc.

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R Galaxie Rédaction

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