L’Institut Pasteur d’Abidjan a un atout que beaucoup de centres africains n’ont pas : il agit avant que les épidémies ne deviennent des catastrophes. La Banque mondiale vient de le rappeler en renouvelant son soutien pour renforcer ses capacités. Pas pour faire joli. Parce que sur le terrain, quand les flambées de fièvre jaune ou d’Ebola menacent, c’est souvent là que les réponses les plus rapides partent. Et ça, ça ne s’improvise pas. La preuve ? En 2016, alors que le virus de la fièvre jaune resurgissait en Angola, c’est l’IPCI qui a isolé le premier variant local en quelques semaines. Les autres pays africains ? Ils ont mis des mois à réagir. Résultat : des milliers de cas évités en Côte d’Ivoire grâce à des campagnes de vaccination ciblées, basées sur des données locales. Pas des modèles étrangers. Des données vraiment locales, collectées par une équipe qui connaît le terrain comme sa poche, parce qu’elle y vit. Pourtant, quand on parle de santé en Afrique, on cite souvent les grands noms : l’OMS, Médecins Sans Frontières, les laboratoires européens. Mais ceux qui font le sale boulot, ceux qui sauvent des vies sans faire de bruit, ce sont souvent des structures comme l’IPCI. Et la Banque mondiale le sait.
Pourquoi la Banque mondiale mise sur Abidjan plutôt que sur Dakar ou Lagos ? Parce que l’Institut Pasteur ivoirien a une particularité : il combine recherche et réactivité. Pas comme certains centres qui passent leur temps à publier des articles dans des revues que personne ne lit, ou à attendre que l’OMS leur donne la permission d’agir. Là-bas, on ne fait pas dans la dentelle. En 2020, pendant la pandémie de Covid-19, alors que la Côte d’Ivoire était encore épargnée, l’IPCI a lancé un projet de séquençage viral avant même que les premiers cas ne soient déclarés. Résultat ? Quand les contaminations ont commencé à monter, le pays avait déjà une carte précise des variants circulants. Alors que la France, par exemple, a mis des mois à mettre en place un système similaire.
Mais attention, ce n’est pas une success story sans nuages. L’IPCI a des limites. D’abord, le financement. La Banque mondiale injecte des millions, mais c’est une goutte d’eau face aux besoins. Ensuite, la formation. Les techniciens ivoiriens sont excellents, mais ils manquent de moyens pour former leurs homologues dans d’autres pays. Résultat ? Quand une épidémie éclate au Liberia ou en Guinée, les laboratoires locaux sont souvent dépassés. L’IPCI pourrait les aider, mais il n’a pas les ressources pour le faire à grande échelle.
Et puis, il y a le problème de la crédibilité. Certains pays africains préfèrent encore s’appuyer sur les centres de recherche européens ou américains, par habitude ou par méfiance envers les structures locales. Pourtant, quand on voit ce que l’IPCI a accompli avec des moyens limités, on se demande pourquoi ils continuent à regarder ailleurs. Peut-être parce que reconnaître l’expertise africaine, ça dérange. Ça remet en cause l’idée que l’Afrique n’est bonne qu’à subir les crises, pas à les anticiper.
Alors, la Banque mondiale a raison de miser sur Abidjan ? Oui, mais à une condition : qu’elle arrête de voir l’IPCI comme un simple exécutant et qu’elle lui donne les moyens d’être un leader. Parce que si l’institut continue à travailler dans l’ombre, les épidémies, elles, ne feront pas de quartier. Et le jour où une nouvelle souche résistante apparaîtra, ce ne seront pas les laboratoires occidentaux qui seront les premiers à la détecter. Ce sera ceux qui sont déjà sur place.
Le vrai défi, ce n’est pas de financer la recherche. C’est de faire en sorte que les pays africains arrêtent de complexer et commencent à écouter leurs propres experts. Parce que pour l’instant, l’IPCI fait un travail de titan avec des moyens de pygmée. Et ça, ça ne peut pas durer.