Pourquoi les Chevilles roses marchent sans jamais avancer vraiment
La Ligue contre le cancer, c’est un peu comme ces associations caritatives qui vous serrent la main en vous disant « On fait ce qu’on peut » avant de vous expliquer pourquoi elles ne font pas assez. À Thorigné-d’Anjou, comme ailleurs, Octobre rose se résume souvent à des animations locales, des stands d’information et des collectes dans les supermarchés. La marche du 11 octobre ? Un gadget de plus. Un gadget utile, peut-être, mais qui ne résout rien.
En 2023, la Ligue contre le cancer a dépensé 1,2 milliard d’euros pour ses actions, selon ses propres chiffres. Un budget colossal, mais qui se dilue dans les inégalités territoriales. À Angers, comme dans beaucoup de villes moyennes, les dépistages du cancer du sein restent en dessous des objectifs. 15 % des femmes de plus de 50 ans ne se font pas dépister, selon Santé publique France. Pourtant, personne ne crie au scandale. Personne ne bloque les routes. Juste des marches, des affiches, et l’espoir que ça suffira.
Et puis, il y a le côté folklorique. Les Chevilles roses, c’est mignon. C’est local. C’est « on fait notre part ». Mais derrière les sourires et les banderoles, il y a une réalité : le cancer du sein tue encore 12 000 femmes par an en France. Un chiffre qui ne baisse pas assez vite. Pas assez vite pour justifier des marches sans dents.
Ce que la Ligue ne dit pas sur ses limites
La Ligue contre le cancer, c’est une machine bien huilée. Elle a ses bénévoles, ses événements, ses partenariats. Mais elle a aussi ses silences. Par exemple, elle ne parle presque jamais des délais d’attente pour les biopsies dans les hôpitaux publics. À Angers, comme ailleurs, les femmes doivent parfois attendre plusieurs semaines pour un rendez-vous. Plusieurs semaines, c’est trop. Plusieurs semaines, c’est parfois trop tard.
Et puis, il y a la question des moyens. La Ligue dépend à 80 % des dons. 80 %. Ça veut dire que si les gens donnent moins, les actions baissent. Or, les dons baissent. En 2022, ils ont reculé de 3,5 % par rapport à 2021. Pas une crise, non. Juste une tendance. Une tendance qui signifie que les actions de prévention, elles, vont aussi baisser.
Pourtant, personne ne le dit clairement. Personne ne vous explique que votre don de 20 euros dans un supermarché ne servira qu’à payer une affiche ou une marche. Personne ne vous dit que le vrai combat, lui, se joue ailleurs : dans les hôpitaux sous-financés, dans les déserts médicaux, dans les inégalités entre les villes et les campagnes.
Octobre rose, ou comment transformer un combat en marketing
Octobre rose, c’est devenu une marque. Une marque rose, avec ses couleurs, ses logos, ses partenariats. En 2023, la Ligue a signé des accords avec L’Oréal, Nike et même McDonald’s pour des éditions spéciales. Des millions d’euros de visibilité. Mais où est l’argent ?
Une étude de l’INCa (Institut national du cancer) montre que seulement 10 % des fonds collectés pendant Octobre rose reviennent directement aux actions de dépistage et de prévention. Le reste ? Communication, salaires des permanents, événements… Bref, tout sauf ce qui pourrait vraiment sauver des vies.
Et puis, il y a le côté commercial. Les magasins se parent de rose, les produits dérivés pullulent. On vend des mugs, des t-shirts, des calendriers. 35 millions d’euros de produits dérivés ont été générés en 2022, selon la Ligue. 35 millions. Pas un centime de moins que l’année précédente. Parce que le cancer, ça se vend bien.
Mais les femmes, elles, meurent toujours.
La marche de Thorigné, un miroir des échecs nationaux
À Thorigné-d’Anjou, comme dans 90 % des communes françaises, Octobre rose se résume à une marche. Une marche symbolique. Une marche qui fait du bien à l’image, mais qui ne change rien.
Pourtant, il y a des alternatives. Des associations comme le Collectif national des femmes face au cancer réclament depuis des années un plan d’urgence pour les dépistages et les soins. Elles dénoncent le manque de moyens, les retards de prise en charge, l’abandon des femmes en zones rurales. Mais elles n’ont pas les budgets pour organiser des marches. Elles n’ont pas les partenariats avec L’Oréal.
Alors, les Chevilles roses de Thorigné vont marcher. Elles vont sourire. Elles vont collecter quelques euros. Et après ? Après, rien ne changera. Parce que Octobre rose, c’est comme un feu d’artifice : ça fait joli, ça éclate fort, et après, tout retombe dans le noir.
Pourquoi on continue à marcher alors que ça ne sert à rien ?
Parce que c’est plus simple. Parce que c’est moins gênant. Parce que dénoncer les failles du système, ça demande du temps, de l’argent, et du courage. Alors on marche. On pose pour les photos. On fait semblant.
Mais les femmes, elles, continuent de mourir. Et les prochaines marches d’Octobre rose, elles aussi, ne changeront rien.
Sauf si quelqu’un ose enfin crier autre chose que « On fait ce qu’on peut ».