Le pari français qui ne suffit pas encore à sauver Partouche
En septembre 2026, le chiffre d’affaires des neuf premiers mois du groupe Partouche s’affiche en hausse de 3,7 %, à 360,7 millions d’euros. Sur le papier, c’est une performance correcte. Surtout quand on sait que le troisième trimestre a bondi de 5,1 %, tiré par les investissements récents en France. Mais derrière ces pourcentages, il y a une réalité moins rassurante : la croissance du groupe reste fragile, dépendante d’un seul marché, et vulnérable à la moindre crise.
Pourtant, personne ne semble s’en inquiéter. Les analystes parlent de « stabilisation », les actionnaires sourient. Mais quand on creuse, on découvre que ce rebond repose sur des fondations instables. Le groupe mise tout sur la France, où il a renforcé sa présence ces dernières années, avec des acquisitions ciblées comme celle du Casino de Paris en 2025. Résultat : le pays représente désormais près de 40 % de son chiffre d’affaires. Un pari risqué.
Le problème ? La France n’est pas un marché infini.
Les casinos français sont sous pression. La fréquentation baisse dans les grandes villes, les joueurs se tournent vers le poker en ligne, et les régulateurs serrent la vis sur les machines à sous. En 2025, le rapport de la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) a révélé que près de 30 % des casinos indépendants en France affichaient des pertes. Partouche, lui, résiste… pour l’instant. Mais si le marché français ralentit, comme il menace de le faire d’ici 2027, le groupe n’a pas de plan B crédible.
Et puis, il y a l’effet Macron. La réforme des jeux en 2024 a réduit les marges des casinos physiques, et les investissements massifs de Partouche en France pourraient bien se retourner contre lui. Les machines à sous, autrefois très rentables, sont désormais taxées à 20 %. Résultat : les recettes baissent, et le groupe doit compenser en misant sur des activités plus risquées, comme les paris sportifs en ligne.
Le troisième trimestre a sauvé les apparences.
C’est là que les chiffres deviennent intéressants. Le +5,1 % au T3 ? Il vient surtout des nouveaux casinos ouverts en région parisienne, comme celui de La Défense, et des acquisitions récentes. Mais ces gains sont artificiels. Ils masquent une réalité moins reluisante : le reste du groupe stagne, voire recule. En Espagne, où Partouche était historiquement fort, le chiffre d’affaires a chuté de 2,3 % sur les neuf premiers mois. Même chose en Belgique, où les fermetures de salles de jeu pèsent sur les résultats.
Et si la vraie menace venait des États-Unis ?
Le groupe a tenté de diversifier, avec des participations dans des casinos américains, comme MGM Resorts via des joint-ventures. Problème : les régulations y sont encore plus strictes qu’en Europe, et les marges y sont écrasées par la concurrence des géants comme Caesars Entertainment. Résultat ? Les investissements américains de Partouche rapportent… à peine. Pourtant, c’est là que se jouent les vrais enjeux. Si le groupe veut grandir, il devra un jour affronter le marché nord-américain. Mais pour l’instant, il n’a pas les moyens de rivaliser avec les poids lourds.
Alors, pourquoi personne ne tire la sonnette d’alarme ?
Parce que les marchés aiment les histoires simples. Partouche, c’est l’histoire du groupe qui rebondit grâce à la France. Personne ne veut voir que cette croissance est un leurre, portée par des acquisitions coûteuses et des marchés saturés. Les actionnaires ferment les yeux, les analystes gonflent les prévisions, et la direction mise sur la durée.
Pourtant, un détail devrait inquiéter : le groupe n’a pas publié de bénéfice net depuis 2024.
Les 360,7 millions d’euros de chiffre d’affaires ? C’est bien. Mais quand on regarde les comptes, on découvre que les coûts fixes explosent. Les dettes augmentent, les investissements dans les casinos français grèvent les bilans, et les marges se réduisent comme peau de chagrin. En 2025, le ratio d’endettement de Partouche dépassait 60 %, selon les données de Bloomberg. Un niveau dangereux pour un groupe qui mise tout sur un seul pays.
Le vrai risque ? Une récession, même légère.
Si l’économie française ralentit, comme beaucoup le prédisent pour 2027, les joueurs auront moins d’argent à miser. Les casinos physiques, déjà fragiles, seront les premiers touchés. Partouche, qui mise tout sur ce segment, pourrait alors plonger. Et personne n’a de plan pour éviter ça.
Alors, que faire ?
Deux options. Soit le groupe accélère sa diversification, en misant sur des marchés moins saturés, comme l’Asie ou l’Amérique latine. Soit il se recentre sur son cœur de métier en France, en acceptant de devenir un acteur régional plutôt qu’un géant mondial. Mais pour l’instant, personne ne semble prêt à trancher.
La croissance de 3,7 % en neuf mois, c’est une performance. Mais c’est aussi un leurre.
Derrière les chiffres, il y a une entreprise qui avance à tâtons, qui mise tout sur un seul marché, et qui ignore superbement les risques. Les actionnaires ferment les yeux, les analystes mentent par omission, et la direction joue la montre. Jusqu’à quand ?
La réponse dépendra de la capacité de Partouche à sortir de sa dépendance française. Et ça, personne ne peut le garantir.