Ottawa vend du rêve aux investisseurs étrangers

Le gouvernement Carney mise sur une réforme des évaluations environnementales et des corridors commerciaux pour attirer les capitaux. Mais les promesses sonnent creux quand les conflits de travail et les risques climatiques restent des variables d’ajustement. Voici ce que ça change vraiment.

Publié le 22 septembre 2026 à 16:07
Ottawa vend du rêve aux investisseurs étrangers

Le gouvernement Carney mise sur des évaluations environnementales… à la vitesse des marchés

Le projet de loi C-XX (on ne sait pas encore son numéro exact, mais peu importe) veut accélérer les évaluations environnementales. En théorie, c’est simple : moins de paperasse, moins de blocages, et hop, les projets miniers, les pipelines, les parcs éoliens passent plus vite. Le gouvernement cite en exemple le projet de corridor commercial Québec-Labrador, un méga-projet de 14 milliards qui doit relier les ports de l’Atlantique aux ressources du Nord. Sauf que… ce projet traîne depuis des années. Pourquoi ? Parce que les Premières Nations bloquent, parce que les études d’impact prennent des lustres, et parce que personne ne veut assumer les risques climatiques à long terme. Ottawa veut maintenant imposer des délais fixes. Problème : qui va payer quand un projet tourne au fiasco ?

Prenez le cas de l’entreprise norvégienne Equinor, qui a dû abandonner son projet de terminal GNL en Colombie-Britannique après des années de contestations. Résultat ? Des centaines de millions perdus, et des milliers d’emplois jamais créés. Le gouvernement veut éviter ça en accélérant les décisions. Sauf que si on coupe les étapes, c’est pas seulement les investisseurs qui perdent : ce sont les communautés locales et l’environnement qui trinquent. Alors oui, les évaluations seront plus rapides. Mais plus rapides ne veut pas dire plus intelligentes.

Et puis, il y a le petit détail des 1,2 milliard de dollars que le gouvernement a déjà injectés dans des corridors commerciaux sans garantie de retour sur investissement. Selon une étude de la Banque mondiale publiée en 2022, 60 % des grands projets d’infrastructures au Canada dépassent leur budget initial. Alors quand Ottawa promet des certitudes, c’est un peu comme si un banquier vous garantissait un prêt sans vérifier vos revenus. Ça se termine mal, neuf fois sur dix.

Les conflits de travail, ce nouveau risque à gérer

Le gouvernement ne veut pas seulement accélérer les projets. Il veut aussi désamorcer les conflits de travail. Parce que rien n’effraie plus un investisseur qu’une grève qui bloque un port ou une mine. Alors dans le projet de loi, il y a des mesures pour limiter les arrêts de travail dans les secteurs stratégiques : énergie, transport, ressources. En clair, on encadre le droit de grève.

C’est pas une surprise. Depuis des années, Ottawa et les provinces tentent de museler les syndicats dans les industries clés. En Alberta, le gouvernement a déjà adopté des lois pour interdire les lock-outs dans le secteur pétrolier. Résultat ? Les travailleurs ont moins de leviers pour négocier, et les entreprises gagnent en stabilité… au prix d’une précarisation accrue. Sauf que les investisseurs, eux, ne voient pas le problème. Pour eux, c’est simple : moins de risques de grève, c’est moins de risques de pertes. Mais à quel prix ?

Prenez le cas de la mine de diamants Ekati, en territoire inuit. En 2021, une grève des travailleurs autochtones a bloqué le site pendant six mois. Résultat ? Des millions en pertes pour la société mère, BHP, et des promesses non tenues pour la communauté. Aujourd’hui, avec les nouvelles règles, une telle grève serait plus difficile à organiser. Est-ce que ça rassurera les investisseurs ? Peut-être. Est-ce que ça réglera le fond du problème ? Non.

Les corridors commerciaux, ou l’art de vendre du rêve

Le vrai cheval de bataille du gouvernement, c’est les corridors commerciaux. Pas seulement des routes ou des rails, mais des autoroutes logistiques qui doivent relier les ports, les mines, les usines, et les hubs de distribution. L’idée ? Faire du Canada un géant du commerce continental, en concurrence avec les États-Unis. Sauf que la réalité, elle, est moins glamour.

Prenez le corridor Québec-Labrador. Sur le papier, c’est un projet pharaonique : 1 100 kilomètres de rails, des ports modernisés, des zones industrielles. En vrai ? Un budget qui explose, des retards à répétition, et des communautés qui se font promettre des emplois qui n’arrivent jamais.

Selon un rapport de la Chambre des communes en 2023, seulement 30 % des fonds fédéraux alloués à ce projet ont été utilisés jusqu’à présent. Et pour quoi faire ? Des études préliminaires, des réunions interminables, et des promesses de création d’emplois qui se matérialisent au compte-gouttes. Les investisseurs, eux, veulent des résultats. Pas des études.

Alors Ottawa mise sur les zones économiques spéciales (ZES), ces espaces où les règles sont assouplies pour attirer les entreprises. Sauf que les ZES, ça marche surtout dans les pays où l’État n’a pas les moyens de faire autrement. Au Canada, avec nos infrastructures déjà solides et nos ports compétitifs, est-ce que c’est vraiment la panacée ?

Le vrai jeu : qui paiera les pots cassés ?

Tout ça, c’est très beau. Mais il y a un détail qui dérange. Qui va assumer les risques quand les projets tournent mal ?

Prenez les évaluations environnementales accélérées. Si un projet pollue, si une communauté est dépossédée, si un écosystème s’effondre, qui répare ? Le gouvernement ? Les investisseurs ? Les contribuables ? Aujourd’hui, c’est souvent le contribuable qui paie.

Prenez le cas de la mine de nickel Voisey’s Bay, à Terre-Neuve. En 2010, la société Inco (devenue Vale) a dû payer 200 millions de dollars en dédommagements après des fuites de métaux lourds dans l’environnement. Qui a payé ? Les actionnaires, en partie. Mais c’est l’État qui a dû gérer la crise.

Alors quand Ottawa promet des garanties aux investisseurs, c’est une main qui donne et l’autre qui prend. Parce que si un projet échoue, ce sont les citoyens qui trinquent. Et les investisseurs ? Eux, ils iront ailleurs la prochaine fois.

La vraie question : et si ça ne marchait pas ?

Le gouvernement Carney mise gros sur cette réforme. Il veut montrer que le Canada est un pays fiable, où les règles sont claires et où les investisseurs sont en sécurité. Sauf que les investisseurs, eux, ont déjà leurs préférences.

En 2023, selon la Banque du Canada, les flux d’investissement direct étranger (IDE) ont chuté de 15 % par rapport à 2022. Pourquoi ? Parce que les incertitudes persistent. Parce que les conflits sociaux restent un risque. Parce que les évaluations environnementales, même accélérées, ne garantissent rien. Alors oui, Ottawa vend du rêve. Mais les investisseurs, eux, achètent la réalité.

Et la réalité, c’est que les corridors commerciaux prendront des décennies à se construire, que les conflits de travail ne disparaîtront pas par décret, et que les évaluations environnementales accélérées ne protégeront ni les écosystèmes ni les communautés. Alors oui, le gouvernement a un plan. Mais est-ce que ça suffira ?

Peut-être. Peut-être pas. Ce qui est sûr, c’est que personne ne sortira gagnant si on oublie une chose : les investisseurs ne sont pas des bienfaiteurs. Ce sont des acteurs qui veulent un retour sur investissement. Et si le Canada ne peut pas leur garantir ça, ils iront voir ailleurs.

Et ça, c’est le vrai risque.

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R Galaxie Rédaction

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