Le jour où les panneaux sont arrivés, ils n’avaient plus de batterie.
Pas de panique, pas de retard, juste un problème de stock : les accumulateurs pour stocker l’énergie solaire avaient été bloqués à la frontière turque. Trois mois de retard. Trois mois à expliquer aux 60 enfants de l’orphelinat Al-Mawred près de Damas pourquoi les lumières ne s’allumaient toujours pas le soir. Trois mois à se demander si le projet Shams, porté par deux étudiants de l’EPF Zurich, allait tenir debout.
Pourtant, sur le papier, c’est simple : des panneaux solaires, des batteries, un onduleur, et hop, un orphelinat autonome en énergie. Sans facture EDF, sans coupures, sans diesel qui puait dans la cour. Juste du soleil, capté, stocké, redistribué. Une équation basique, sauf que la Syrie, c’est autre chose qu’un exercice de labo.
L’EPF Zurich envoie des ingénieurs, pas des humanitaires
Les deux étudiants, disons Léo, 24 ans, spécialisé en énergies renouvelables, et Aya, 23 ans, en gestion de projet, n’ont pas choisi ce dossier par altruisme. Ils ont choisi parce que c’était faisable. Parce que la Syrie, après dix ans de guerre, a un besoin criant en infrastructure, et que les orphelinats, souvent isolés, dépendent de générateurs bruyants, polluants, et coûteux à entretenir. Le gouvernement syrien, lui, n’a ni les moyens ni l’envie de moderniser quoi que ce soit en dehors de Damas. Alors Shams arrive comme une solution clé en main.
Sauf que.
Sauf que les panneaux solaires, ça ne s’installe pas comme un meuble IKEA. Il faut des autorisations, des contacts locaux, des sous-traitants fiables. Et surtout, il faut payer. Les 15 000 francs suisses collectés via une campagne de crowdfunding ne couvrent même pas la moitié du budget. Le reste ? Des dons d’entreprises, des réductions de dernière minute, et l’espoir que les batteries bloquées à la frontière turque ne restent pas coincées pour toujours.
La Syrie n’est pas un terrain de jeu pour étudiants
Le vrai problème, ce n’est pas la technique. C’est la logistique. Et la politique.
D’abord, il y a la bureaucratie. Pour importer du matériel en Syrie, il faut des papiers, des tampons, des pots-de-vin discrets. Shams a dû négocier avec des intermédiaires à Damas, puis à Beyrouth, puis à Istanbul. À chaque étape, quelqu’un pouvait dire non. Ou exiger plus d’argent.
Ensuite, il y a la guerre. Pas la guerre active, du moins, pas près de Damas, but la guerre froide qui traîne. Les sanctions internationales pèsent sur tout : les cartes bancaires internationales ne fonctionnent plus, les livraisons sont surveillées, et si un colis est ouvert par les mauvaises personnes, adieu les panneaux solaires. En 2020, un container de médicaments destiné à un hôpital syrien a été saisi en Turquie sous prétexte de