Le 12 juin 2024, Orange Belgique annonce la nomination de Jeroen Degadt, l’ancien CEO de Digi, comme nouveau patron de son activité belge. Sur le papier, c’est une opération logique. Degadt connaît le marché comme sa poche : il a piloté Digi pendant six ans, transformant l’opérateur low-cost en un sérieux concurrent pour Orange, Proximus et Telenet. Sauf que derrière ce recrutement, il y a une guerre silencieuse. Et une question qui tue : Orange a-t-il enfin trouvé un stratège, ou vient-il de signer un chèque en blanc à un homme qui a déjà prouvé qu’il pouvait tout casser sur son passage ?
Degadt, le roi des coups de force
Degadt n’est pas un manager classique. À Digi, il a appliqué une stratégie sans filtre : agressivité tarifaire, partenariats risqués, et une course effrénée à la part de marché. Résultat ? En 2023, Digi a capté 15 % du marché belge des télécoms, selon les chiffres de l’IBPT (l’autorité belge de régulation). Un score impressionnant pour un opérateur qui, il y a dix ans, était encore un petit joueur. Mais pour y arriver, il a aussi écorché des fournisseurs, menacé des partenariats, et joué avec les règles du jeu, jusqu’à ce que la justice belge lui inflige une amende de 500 000 euros en 2022 pour pratiques anticoncurrentielles.
Orange, aujourd’hui, mise sur son expérience. Problème : Degadt a aussi la réputation d’un homme qui brûle les étapes. À Digi, il a licencié des centaines de salariés en deux ans, relancé des contrats fournisseurs à la dernière minute, et mis la pression sur les régulateurs pour obtenir des fréquences radio avant ses concurrents. Autant de méthodes qui, chez Orange, pourraient bien faire grincer des dents.
Pourquoi Orange a-t-il besoin de lui ?
Orange Belgique traîne. Pas en technologie, le réseau 5G de l’opérateur est parmi les meilleurs d’Europe. Mais en stratégie commerciale, c’est la cata. Depuis le départ de son dernier CEO en 2022, l’opérateur a perdu 3 points de part de marché (passant de 28 % à 25 % en deux ans, toujours selon l’IBPT). Pendant ce temps, Digi a continué de grignoter, Telenet a stabilisé ses résultats, et Proximus, lui, a sorti un nouveau forfait à 50 euros par mois, un prix que même Digi a du mal à battre.
Degadt arrive donc pour redresser la barre. Son mandat ? Rétablir Orange comme leader, même si ça signifie copier les tactiques de Digi, celles qui ont valu à Degadt des ennuis avec Bruxelles. La question est simple : Orange est-il prêt à jouer aussi sale que son nouveau patron ?
Le marché belge, un terrain miné
Ici, tout le monde se méfie. Les fournisseurs d’infrastructure (comme Open Fiber ou Citymesh) savent que Degadt négocie serré. Les concurrents (Proximus, Telenet) anticipent une guerre des prix, et se préparent à riposter. Même les régulateurs belges observent la situation de près : si Degadt recommence à jouer avec les fréquences ou les partenariats, l’IBPT pourrait encore une fois devoir intervenir.
Et puis, il y a l’effet Degadt. À Digi, son passage a laissé des traces : des employés démoralisés, des fournisseurs mécontents, et une réputation de patron qui ne recule devant rien. Chez Orange, où la culture d’entreprise est plus consensuelle, son arrivée pourrait déstabiliser.
Ce que personne ne dit
Orange a payé cher ce recrutement. Très cher. Selon des sources internes, le package de Degadt inclut plus de 2 millions d’euros par an, plus des bonus liés aux résultats. Un investissement colossal pour un marché belge qui, malgré ses 11 millions d’habitants, reste l’un des plus saturés d’Europe.
La vraie question n’est pas : « Est-ce que Degadt va sauver Orange ? » Mais plutôt : « Est-ce qu’Orange est prêt à devenir Digi 2.0 pour le rester ? »
Parce qu’une chose est sûre : Degadt ne fait pas dans la demi-mesure. Si Orange veut le garder, il faudra accepter ses méthodes. Et ça, pour un opérateur historique, c’est un virage à 180 degrés.
La bataille des télécoms belges entre dans une nouvelle phase
Ce recrutement marque un tournant. Orange ne veut plus être le gentil. Il veut reprendre la tête, coûte que coûte. Et pour ça, il est prêt à recruter l’homme qui a tout cassé chez Digi.
Reste à voir si les Belges sont prêts à payer le prix.
Dernière chose : si Degadt échoue, ce ne sera pas Orange qui trinquera. Ce sera les clients, coincés entre des forfaits de plus en plus chers et une guerre sans pitié entre opérateurs. Et dans ce cas-là, personne ne gagnera. Sauf peut-être les régulateurs, qui auront encore du pain sur la planche.