L’or recule malgré la chute de l’inflation

Les prix de l’or s’effondrent en juillet, malgré la baisse de l’inflation. Pourquoi les marchés ignorent-ils les signaux ? L’énergie, les taux et une stratégie bancaire qui ne marche plus.

Publié le 1 octobre 2026 à 08:04
L’or recule malgré la chute de l’inflation

L’énergie a tout gâché, encore une fois

Le problème, c’est que personne ne croit vraiment à cette désinflation. Pas les banques centrales, pas les traders, pas même les économistes. Pourquoi ? Parce que l’énergie, ce vieux fantôme, revient hanter les marchés. En juillet, le baril de Brent a frôlé les 90 dollars (ICIS), poussé par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et les coupes de production de l’OPEP+. Résultat : les prix à la pompe grimpent, les coûts industriels aussi, et l’inflation perçue reste élevée. Or, l’or ne réagit pas à l’inflation statistique, il réagit à l’inflation que vous ressentez en faisant vos courses.

Et puis, il y a les taux. La Fed a maintenu ses taux à 5,25-5,5 % en juillet, sans baisser. Les marchés parient sur une première coupure en septembre, mais les livres de pari (CME Group) donnent seulement 60 % de chances à une baisse avant fin 2024. Autrement dit : l’or reste coincé entre un taux trop haut pour attirer les investisseurs et une inflation trop visible pour justifier sa prime de risque.

Le pire ? Les banques centrales continuent de vendre. La Banque nationale suisse a écoulé 50 tonnes d’or en 2023 (rapport annuel), et la Réserve fédérale américaine a réduit ses avoirs de 2 % depuis 2022. Moins d’or en circulation = pression à la hausse sur les prix, en théorie. Sauf que les fonds spéculatifs, eux, se désengagent. Les positions nettes sur l’or ont chuté de 30 % depuis mars (CFTC), selon les données du Commodity Futures Trading Commission. Personne ne mise plus sur la hausse.

La Fed joue avec le feu, et les marchés ferment les yeux

Voilà le vrai nœud : la Fed croit encore à son scénario. Elle table sur une inflation qui tombe toute seule, grâce à la rigidité des salaires et à la baisse des prix de l’énergie. Sauf que les salaires ne baissent pas. Aux États-Unis, les hausses de rémunération restent à 4 % en rythme annuel (ATS), et en Europe, les négociations collectives 2024 prévoient des augmentations moyennes de 3,5 % (Eurofound).

Pendant ce temps, les entreprises reportent l’inflation sur les prix. Prenez l’exemple de Shell : en juillet, le groupe a annoncé une hausse de 10 % sur ses carburants en Europe, justifiée par « la volatilité des approvisionnements ». Traduction : l’énergie reste un risque systémique, et les ménages continuent de payer. L’or, censé protéger contre ça, se fait larguer.

Pourquoi ? Parce que les marchés ont une mémoire de poisson rouge. Ils oublient que l’inflation peut repartir du jour au lendemain. Un conflit en mer Rouge, une cyberattaque sur les pipelines, une grève des mineurs en Afrique du Sud, et hop, les prix de l’énergie repartent à la hausse. L’or, lui, ne réagit qu’après la crise, pas avant. Trop tard.

Les ETF or battent des records… mais pas ceux qu’on croit

Ici, les chiffres sont tordus. Les actifs sous gestion dans les ETF or (Global X, iShares) ont dépassé les 200 milliards de dollars en juillet (ETF.com), un record. Sauf que ces ETF ne sont plus des valeurs refuges, ce sont des paris sur le dollar. La majorité des fonds physiques (comme l’iShares Gold Trust) sont détenus par des investisseurs institutionnels qui les utilisent comme couverture contre les risques géopolitiques, pas contre l’inflation. En clair : on achète de l’or pour se protéger de la guerre, pas des prix qui montent.

Le paradoxe ? Plus les tensions géopolitiques montent, plus l’or devrait monter. Sauf que les taux élevés et la surliquidité des marchés actions (le S&P 500 a battu des records en juillet) étouffent tout mouvement haussier. Les investisseurs préfèrent encore les actions de Nvidia (qui valent 30 fois leurs bénéfices) que des lingots qui ne rapportent rien.

Et puis, il y a le problème de la liquidité. Les ETF or sont devenus trop gros. Quand BlackRock lance un nouveau fonds physique (comme le iShares Gold Bullion), il attire des milliards en quelques jours. Mais ces flux massifs créent des distorsions. En juin, un seul ordre de vente de 50 tonnes d’or a fait chuter le cours de 2 % en une heure (Kitco News). Les marchés sont devenus trop sensibles aux gros acteurs.

Ce que personne ne dit : l’or est devenu un actif politique

Derrière les graphiques et les chiffres, il y a une guerre silencieuse. Les pays émergents continuent de thésauriser. La Chine a ajouté 62 tonnes à ses réserves en juin (Banque populaire de Chine), portant son stock à 2 200 tonnes, soit plus que la Réserve fédérale américaine. L’Inde, elle, a importé 100 tonnes en juin seulement (World Gold Council), un record. Mais ces achats ne se traduisent pas par une hausse des cours, car ils sont souvent hors marché : la Chine achète discrètement via des intermédiaires, l’Inde utilise des routes parallèles pour éviter les taxes.

Pourquoi ça ne fait pas monter l’or ? Parce que l’Occident vend. La Suisse, comme on l’a vu, écoule ses réserves. Les États-Unis aussi : le U.S. Bullion Depository (le coffre-fort de Fort Knox) a vu ses stocks baisser de 10 % depuis 2020. Et l’Europe ? Elle hésite. La Banque centrale européenne (BCE) a gelé ses ventes depuis 2022, mais elle n’a pas racheté non plus. Résultat : l’offre globale reste tendue, mais la demande institutionnelle se tarit.

Le vrai risque ? Que les banques centrales se réveillent. Si la Fed baisse ses taux en septembre, comme le marché le suppose, l’or pourrait rebondir. Mais si elle maintient son statu quo, ou pire, remonte encore, l’or restera coincé. Parce que la Fed joue avec le feu : elle croit que l’inflation va disparaître toute seule. Elle a tort. Et l’or, lui, ne le sait que trop bien.

La prochaine crise viendra… mais l’or ne sera pas là pour l’attendre

Voilà le fond du problème. Les marchés parient sur une désinflation douce, une récession évitée, et des taux qui baissent en septembre. L’or, lui, parie sur le contraire : une inflation qui rebondit, une Fed qui se trompe, et une crise qui arrive quand personne ne l’attend. Sauf que pour l’instant, personne n’écoute l’or.

Pourquoi ? Parce que les gens ont peur de se tromper. Acheter de l’or, c’est admettre que le système pourrait craquer. Et ça, aucun trader ne veut l’entendre.

Alors l’or recule. Pas parce que l’inflation a disparu, mais parce que les marchés ont décidé de faire semblant qu’elle n’existait pas.

Et ça, c’est bien plus dangereux que n’importe quelle crise.

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R Galaxie Rédaction

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