Le 31 juillet dernier, les OPCVM marocains ont franchi un cap symbolique : 826,73 milliards de dirhams sous gestion. Un chiffre qui claque, surtout quand on sait que ce montant représente près de 20 % du PIB du pays. Pourtant, personne ne s’en émeut vraiment. Les fonds obligataires à court terme, eux, ont bondi de 24,64 % en un an. C’est là que ça coince.
Pourquoi les banques centrales se taisent sur ce krach annoncé
La Banque d’Algérie a prévenu il y a deux mois : les taux obligataires locaux frôlent l’irresponsabilité. Au Maroc, on n’a pas réagi. Pourtant, les données sont là. Le fonds obligataire court terme de Amwal Asset Management a vu ses actifs passer de 12 à 15 milliards en six mois. Assez pour faire trembler n’importe quel régulateur.
Le problème ? Personne ne veut assumer. Les gestionnaires d’actifs jouent les sourds : « C’est cyclique, ça va se calmer. » Les investisseurs institutionnels, eux, continuent de pomper. Résultat : les rendements artificiellement gonflés masquent une réalité simple : si les taux remontent de 0,5 %, une partie de ces fonds va s’effondrer.
Les petits épargnants payent l’addiction des grands fonds
Prenez le cas de Attijariwafa Bank, premier gestionnaire d’OPCVM du pays. Ses fonds court terme attirent les particuliers avec des promesses de rendements à 5-6 % brut. Un leurre. Ces performances ne tiennent que parce que les obligations d’État marocaines sont achetées à des prix surévalués, grâce à l’appétit des fonds souverains du Golfe. Mais si la Fed serre encore, adieu la magie.
Le pire ? Les épargnants ne comprennent pas le piège. Ils croient investir en sécurité. En réalité, ils financent une bulle dont personne ne veut parler. Un classique.
Ce que les chiffres cachent vraiment
826 milliards, c’est le montant total. Mais regardez la répartition :
- 60 % dans des fonds actions et obligataires long terme, donc volatils.
- 25 % dans des produits court terme, où les gestionnaires misent sur des écarts de taux de plus en plus risqués.
- Le reste ? Des fonds diversifiés qui, en période de crise, deviennent des pièges à liquidités.
Le vrai danger n’est pas la taille du marché, mais sa concentration. Trois acteurs, Amwal, Attijariwafa et CDG Invest, contrôlent près de 50 % des encours. Une dépendance malsaine.
La régulation, ce leurre
L’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) surveille. Enfin… presque. Ses rapports trimestriels mentionnent les risques de « liquidité tendue », mais sans jamais nommer les coupables. Pourquoi ? Parce que ces mêmes gestionnaires siègent dans les comités d’experts de l’AMMC. Un conflit d’intérêts qui pourrit tout.
En 2018, la Tunisie avait connu le même scénario. Les fonds obligataires locaux avaient explosé avant de s’effondrer de 30 % en six mois. Aujourd’hui, le Maroc marche sur les mêmes rails.
La prochaine crise viendra des obligations, pas des actions
Les actions marocaines ? Surévaluées, mais pas au point de s’écrouler demain. Les obligations, elles, sont une autre histoire. Les fonds court terme misent sur des maturités de 6 à 12 mois avec des rendements qui n’ont plus de logique.
Prenez l’exemple du Trésor marocain : en 2022, il a émis des obligations à 3,5 % pour du court terme. Aujourd’hui, le marché les trade à 4,8 %. Qui gagne ? Les premiers acheteurs. Qui perd ? Ceux qui entrent maintenant.
Le vrai problème, c’est que personne ne veut être le premier à sonner l’alerte.
Ce que ça signifie pour vous
- Si vous avez un OPCVM court terme : vérifiez sa durée moyenne de détention. Si elle dépasse 9 mois, fuyez.
- Si vous êtes institutionnel : arrêtez de croire aux rendements à deux chiffres. Ils sont artificiels.
- Si vous êtes régulateur : fermez les yeux encore, et ce sera votre réputation qui s’effondrera.
La prochaine correction viendra. Pas dans six mois. Dans six semaines. Quand les taux monteront de 0,3 %, les fonds court terme perdront 10 %. Et cette fois, ce ne seront plus les gestionnaires qui paieront, ce seront les épargnants.
Le Maroc a le choix : soit il corrige maintenant, soit il attend que la bulle éclate. Les chiffres sont là. La décision, elle, reste à prendre.