Un chiffre qui cache une dépendance aux cycles industriels
Oerlikon ne joue pas dans la série B. Ses machines-outils équipent les usines de Tesla, ses revêtements protègent les turbines d’Airbus, et ses systèmes de découpe servent dans l’automobile. Problème : ces secteurs sont cycliques. Quand la Chine tousse, l’Europe éternue. En 2023, la demande en machines-outils a chuté de 12% dans le monde, selon le rapport World Machine Tool de l’Association allemande des constructeurs (VDW). Oerlikon n’a pas échappé à la tendance. Son CA a stagné en 2022, et certains analystes estiment que sa marge opérationnelle (20% en 2023) pourrait encore se serrer si la récession industrielle s’aggrave.
Et puis, il y a la dette. 1,5 milliard de francs, soit près de 80% de sa capitalisation boursière. Une dette qui sert à financer des acquisitions, comme celle de Trumpf en 2021 pour 1,3 milliard. Mais quand les taux montent, les emprunts deviennent des boulets. En 2023, Oerlikon a dû payer 30% de plus en intérêts que l’année précédente. Personne ne dit que ce modèle est insoutenable. Personne ne dit non plus que la croissance organique de 6% suppose une reprise mondiale synchronisée. Ce qui est sûr, c’est que personne ne parie là-dessus.
L’aérospatial, ce sauveur qui peut devenir un piège
Oerlikon mise gros sur l’aérospatial. 20% de son CA vient déjà de ce secteur, et le groupe compte y consacrer 30% d’ici 2030. Les contrats avec Airbus, Boeing, et même SpaceX (pour les revêtements des fusées) sont là. Sauf que.
D’abord, les délais. Un avion comme l’A320 met 5 ans à être développé. Une fusée, 3 ans. Si la demande s’effondre demain, Oerlikon aura des usines pleines et des carnets vides. Ensuite, la concurrence. Siemens, GE Aviation, et même des startups comme Relativity Space grignotent des parts de marché. Oerlikon a beau investir 500 millions par an en R&D, ses marges sur ces segments restent volatiles. En 2022, son segment Surface Solutions (revêtements pour l’aéro) a vu ses profits chuter de 15% à cause des retards sur les livraisons d’Airbus.
Et puis, il y a l’effet Trump. Si les États-Unis relancent une guerre commerciale avec l’Europe, les surtaxes sur les machines-outils pourraient faire sauter les prévisions. Personne ne le dit ouvertement, mais les traders surveillent ce risque de près.
La croissance organique, ce leurre statistique
Oerlikon parle de 6% de croissance organique. Mais qu’est-ce que ça veut vraiment dire ?
En théorie, c’est la croissance sans acquisitions ni effets de change. En pratique, c’est souvent un calcul biaisé. Prenez 2022 : Oerlikon a racheté Trumpf pour 1,3 milliard. Sans cette acquisition, son CA aurait baissé de 3% cette année-là. En 2023, le groupe a revendu une partie de ses activités Medical pour 200 millions. Si on retire cette opération, la croissance organique réelle aurait été de 4%, pas 6%.
Alors, cette croissance de 6% est-elle réaliste ?
- Oui, si l’industrie mondiale rebondit plus vite que prévu et que les tensions géopolitiques ne perturbent pas les chaînes d’approvisionnement.
- Non, si la Chine continue à surproduire des machines-outils à bas coût (elle représente 40% du marché mondial), ou si les États-Unis imposent des droits de douane sur les exportations européennes.
**Personne ne mise sur le