Le 7 octobre, à 6h30 du matin, les sirènes ont hurlé sur les kibboutz de la frontière gazane. Pas comme d’habitude. Cette fois, c’était trop tard. Les drones avaient déjà survolé les barrières. Les roquettes, elles, pleuvaient déjà sur Ashkelon, Be’er Sheva, Sderot. 1 200 morts en une nuit. 240 otages enlevés. Et surtout : personne n’avait rien vu venir. Ou presque personne. Benyamin Netanyahou, lui, a vu. Trop tard. Mais il a choisi de regarder ailleurs. Lui et son gouvernement ont décidé que les responsables n’étaient pas ceux qu’on croit.
L’armée israélienne, bouc émissaire commode
Depuis des semaines, les manifestants hurlent dans les rues de Tel-Aviv : « Où étaient les soldats ? Où étaient les drones ? Où étaient les alertes ? » Les familles des victimes exigent une commission d’enquête indépendante, comme après l’attentat de Dolphinarium en 2001. Mais Netanyahou bloque. Pourquoi ? Parce que pointer du doigt les généraux, c’est bien. Mais avouer que le renseignement a échoué, que les alertes ont été ignorées, que les budgets ont été rognés sur les yeux et les oreilles de Tsahal… ça, c’est une autre histoire.
Le Shin Bet, les services secrets, ont été accusés à leur tour. « Ils savaient, mais ils n’ont rien fait », a lâché un ministre anonyme. Sauf que le Shin Bet, lui, n’a pas les moyens de tout surveiller. Israël dépense 18 milliards de dollars par an en défense, soit 6 % de son PIB. Mais ces milliards, où vont-ils vraiment ?
Un rapport interne de l’IDF (l’armée israélienne), fuité en novembre 2023, révélait que les unités chargées de la surveillance de Gaza avaient été réduites de 30 % depuis 2020. Pourquoi ? Parce que le gouvernement a préféré investir dans des drones de combat et des missiles plutôt que dans des yeux humains au sol. On préfère tuer à distance qu’anticiper.
Le vrai problème : personne ne voulait entendre l’alerte
En 2022, le général Herzi Halevi, alors chef d’état-major, avait prévenu : « Le Hamas se réarme, il prépare quelque chose de gros. » Il avait même demandé des renforts. Netanyahou a dit non. Pas par mépris, mais parce que ça aurait signifié admettre que la politique de répression à Gaza depuis 2007, blocus, frappes, assassinats ciblés, n’avait rien résolu. Le Hamas était toujours là. Plus fort. Et plus déterminé.
Pourtant, les signes étaient partout. En mai 2023, le Mossad interceptait des conversations entre hauts gradés du Hamas évoquant « une opération majeure ». En août, des rumeurs circulaient dans les médias israéliens : « Ils préparent un attentat comme en 2006. » Personne n’a écouté.
Pourquoi ? Parce que l’échec du renseignement, c’est l’échec de la politique. Si le Hamas frappe si fort, c’est parce qu’Israël a passé des années à le serrer comme un étau, sans jamais lui offrir de sortie. Et maintenant, Netanyahou préfère accuser l’armée plutôt que d’assumer : sa guerre à Gaza a échoué.
La confiance est morte, vive la paranoïa
Le 9 octobre, Netanyahou a convoqué une réunion d’urgence avec les chefs militaires. « Pourquoi personne n’a rien vu ? » a-t-il lancé. La réponse, personne ne l’a donnée. Parce que la vérité, c’est que personne ne voulait la savoir.
Depuis, l’armée israélienne est en mode survie. Les généraux se taisent. Les soldats, eux, manifestent. « On nous a menti », disent-ils. Et ils ont raison.
Le pire ? Ça va empirer. Parce que si Netanyahou continue à rejeter la faute sur les autres, il va finir par se retrouver sans armée. Pas demain. Pas dans un an. Dès que le Hamas frappera à nouveau, et il frappera, ce sera la même histoire.
Ce que ça signifie pour Israël
Israël a toujours cru que sa supériorité technologique et militaire était une assurance. C’était une illusion. Le 7 octobre, le Hamas a prouvé que même avec des roquettes artisanales et des armes volées en Iran, on peut briser la première ligne de défense d’Israël.
Maintenant, deux options s’offrent à Netanyahou :
- Assumer. Reconnaître que la politique de Gaza a échoué, que le renseignement a été affaibli, et lancer une vraie réforme. Mais ça, c’est fini. Netanyahou ne recule jamais.
- Continuer à mentir. Accuser l’armée, serrer les rangs, et prier pour que le prochain attentat n’arrive pas de son vivant.
La confiance est brisée. Pas seulement entre Netanyahou et son armée. Entre lui et son peuple.
Les Israéliens savent une chose : le prochain 7 octobre sera pire. Parce que cette fois, ils ne seront pas prévenus. Et cette fois, personne ne croira plus les promesses.