Le 12 octobre, à 16h47, un mail circule dans les boîtes des permanents du STTRC-CSN. Objet : « Entente de principe signée avec CBC/Radio-Canada ». Pas de fanfare, pas de communiqué tapé à la machine. Juste un lien vers un document de trois pages, daté du jour même. Les détails ? À peine esquissés. Les salaires ? « À négocier ». Les garanties d’emploi ? « En discussion ». Bref, assez pour que les syndicats locaux s’interrogent : est-ce une victoire ou une capitulation déguisée en compromis ?
Un accord qui sent le roussi
Pourtant, sur le papier, ça ressemble à une bonne nouvelle. Après des mois de blocages, le STTRC-CSN (le syndicat des techniciens et journalistes de la radio publique) et CBC/Radio-Canada annoncent un « accord de principe ». Traduction : les grèves sont évitées, du moins pour l’instant. Mais voici le hic : personne n’a vraiment lu les petits caractères. Pas même les signataires, semble-t-il. « On nous a présenté ça comme une avancée, mais en réalité, on nous demande de signer sans savoir ce qu’on signe », lâche une source syndicale sous couvert d’anonymat, encore sous le choc. Le problème ? CBC/Radio-Canada a déjà commencé à appliquer certaines mesures avant que quiconque ait validé quoi que ce soit. Comme si l’entente était déjà actée. Sauf que non.
Le piège des « ajustements »
L’accord mentionne des « ajustements » aux conditions de travail. Un terme fourre-tout qui, dans le jargon syndical, signifie souvent : « on va vous faire avaler des couleuvres ». Prenez l’exemple des « horaires flexibles ». Sur le papier, c’est moderne. Dans les faits, ça veut dire que CBC/Radio-Canada peut vous demander de couvrir un événement à 3h du mat’ « quand c’est nécessaire », sans préavis. « Flexible », donc. Sauf que personne n’a défini ce que « nécessaire » veut dire. Et surtout, personne n’a calculé l’impact sur les vies personnelles. Parce que oui, les journalistes ne sont pas des robots. Ils ont des enfants, des loyers, des nuits à dormir.
Le chiffre qui cloche
Selon une étude interne du STTRC-CSN (à laquelle Vos nouvelles en direct a eu accès), 47 % des membres ont déjà travaillé plus de 60 heures par semaine en 2023. Un tiers d’entre eux avouent avoir menti à leur médecin pour justifier leurs absences. CBC/Radio-Canada, lui, parle d’* « équilibre travail-vie personnelle ». En réalité, c’est du « on vous demande de vous tuer, mais on vous appelle des héros ».
Pourquoi CBC/Radio-Canada joue la montre
Derrière cet accord, il y a une stratégie. CBC/Radio-Canada sait une chose : les syndicats sont divisés. Une partie des membres du STTRC-CSN veut éviter la grève à tout prix. D’autres, plus radicaux, menacent de tout faire sauter si on leur impose des conditions inacceptables. En signant « un accord de principe », la direction gagne du temps. Elle peut maintenant dire : « On a essayé de négocier », tout en continuant à serrer les boulons. Pendant ce temps, les journalistes, eux, doivent se demander : « Est-ce qu’on signe, ou est-ce qu’on crève ? ».
Ce que CBC/Radio-Canada ne dit pas
L’accord est flou sur un point crucial : les « garanties d’emploi ». CBC/Radio-Canada a déjà commencé à externaliser certaines productions. Officiellement, c’est pour « diversifier les contenus ». Officieusement, c’est pour réduire les coûts. Le STTRC-CSN a obtenu une clause « anti-délocalisation », mais personne ne sait comment elle sera appliquée. Parce que quand CBC/Radio-Canada veut licencier, il trouve toujours un moyen. En 2022, le réseau a supprimé 120 postes sous prétexte de « réorganisation ». Résultat ? Des équipes surchargées, des pigistes exploités, et des locaux qui ferment faute de moyens.
Le vrai enjeu : la survie de la radio publique
Derrière les salaires et les horaires, il y a une question plus large : celle de l’avenir même de CBC/Radio-Canada. Si le modèle économique s’effondre, ce ne sont pas seulement les emplois qui partiront. Ce sont les contenus qui disparaîtront. Les documentaires d’investigation, les débats politiques, les émissions locales qui donnent une voix aux communautés. Tout ça pourrait s’envoler. Et personne ne semble s’en soucier assez.
La réaction des syndicats locaux : entre colère et résignation
À Montréal, les membres du STTRC-CSN sont partagés. Certains, comme Marie-Louise Desjardins (secrétaire régionale), parlent d’* « avancée historique ». D’autres, comme Jean-Marc Boivin (journaliste depuis 25 ans), sont furieux. « On nous vend du rêve, mais au final, on nous demande de faire plus avec moins. Et si on refuse ? Menaces de licenciements, précarisation… CBC/Radio-Canada a toujours les mêmes cartes à jouer. » Boivin n’est pas le seul à penser que cet accord est un leurre. « Ils savent qu’on est fatigués. Alors ils en profitent. »
Le piège des « consultations »
L’accord prévoit des « consultations » avec les employés. Un mot qui, dans le jargon patronal, signifie « on vous écoute, mais on décide quand même ». CBC/Radio-Canada a déjà testé cette méthode. En 2021, après des mois de « consultations » sur les nouvelles grilles salariales, les journalistes ont vu leurs augmentations bloquées « pour raisons budgétaires ». Résultat ? Une grève éclair de 48 heures, suivie d’un silence gêné. Aujourd’hui, personne ne veut revivre ça.
Ce que les médias ne diront pas
Les grands titres parleront d’* « accord historique » et de « paix sociale retrouvée ». En réalité, cet accord est un coup de poker. CBC/Radio-Canada mise sur l’épuisement des syndicats. Les journalistes, eux, misent sur leur capacité à tenir encore un peu. Mais dans un contexte où les audiences chutent et où les subventions publiques sont remises en question, personne ne sait combien de temps ça peut durer.
La vraie question : et après ?
Si cet accord tient, CBC/Radio-Canada aura gagné du temps. Si les syndicats résistent, ce sera une victoire à la Pyrrhus. Mais une chose est sûre : personne ne sortira gagnant de cette histoire. Pas les journalistes, pas les auditeurs, pas même CBC/Radio-Canada. Parce qu’au final, c’est la qualité de l’information qui est en jeu. Et ça, aucun accord ne peut l’acheter.
Le dernier mot : un avertissement
Les prochaines semaines seront décisives. Si les syndicats signent sans garanties réelles, CBC/Radio-Canada aura encore plus de latitude pour imposer ses conditions. Si les journalistes se mobilisent, ce sera une bataille longue et coûteuse. Une chose est certaine : cet « accord de principe » n’est qu’un épisode. La vraie guerre ne fait que commencer.