Les moustiques de Paris ne font plus de trĂȘve hivernale

Depuis quelques années, les piqûres persistent sous terre, dans les parkings, les métros. Les scientifiques ont un nom pour ça : le réchauffement climatique. Les Parisiens, eux, appellent ça une trahison. Voici pourquoi cette invasion silencieuse change tout.

Publié le 14 octobre 2026 à 10:20
Les moustiques de Paris ne font plus de trĂȘve hivernale

Le mensonge des saisons qui n’existent plus

Les donnĂ©es de l’Institut Pasteur le confirment : entre 2000 et 2020, la pĂ©riode de reproduction des moustiques tigres Ă  Paris s’est allongĂ©e de 6 semaines. Six semaines oĂč vos enfants courent pieds nus dans le square, oĂč vous buvez votre verre de vin sur la terrasse sans pull, oĂč l’hiver hĂ©site Ă  venir. Les scientifiques parlent de « niche Ă©cologique Ă©largie ». Les Parisiens, eux, parlent de merde. Parce que non, ce n’est pas une question de chance. Ce n’est pas une annĂ©e pourrie. C’est un basculement.

Prenez le 14e arrondissement. LĂ  oĂč les canalisations pluviales, mal entretenues depuis les annĂ©es 90, servent de rĂ©servoirs d’eau stagnante. LĂ  oĂč les promoteurs ont bĂ©tonnĂ© les derniĂšres zones humides sans se soucier des consĂ©quences. Les agents de la mairie connaissent le problĂšme. Ils Ă©vitent de vous regarder quand vous leur demandez pourquoi les nids de moustiques pullulent prĂšs des Ă©coles. La rĂ©ponse ? « On fait ce qu’on peut. » Traduction : on attend que ça passe. Sauf que ça ne passe plus.

Et puis il y a l’espĂšce Culex pipiens, le moustique commun, celui qui vous pique mĂȘme en hiver si la tempĂ©rature dĂ©passe 10°C. Celui que personne ne surveille parce qu’il est « banal ». Sauf que depuis 2018, les services de santĂ© de la rĂ©gion parisienne enregistrent une hausse de 40 % des cas de dengue importĂ©e, portĂ©s par ces mĂȘmes insectes. Des gens reviennent de voyage, tombent malades, et les moustiques, eux, sont dĂ©jĂ  lĂ  pour propager le virus. Personne ne vous le dit, mais c’est comme ça.

L’argent public qui fuit par les gouttiùres

En 2022, la ville de Paris a dĂ©bloquĂ© 1,2 million d’euros pour Ă©radiquer les moustiques tigres. Objectif : traiter 80 % des points d’eau stagnante. RĂ©sultat ? Les nids rĂ©apparaissent dĂšs l’étĂ© suivant. Pourquoi ? Parce que l’argent ne va pas lĂ  oĂč il faudrait. Les Ă©quipes de la Ville de Paris passent leur temps Ă  vider les soucoupes des balcons et les gouttiĂšres bouchĂ©es. Utile, mais insuffisant. Pendant ce temps, les basses-cours industrielles des zones pĂ©riurbaines, comme Ă  Aulnay-sous-Bois ou Ă  Saint-Denis, restent des zones de non-droit. Des milliers de mĂštres cubes d’eau croupissent dans des fossĂ©s, des pneus abandonnĂ©s, des bidons rouillĂ©s. Personne ne les contrĂŽle. Personne ne veut en assumer la responsabilitĂ©.

Et puis il y a les promoteurs. Ceux qui transforment les derniĂšres zones humides en parkings souterrains. Ceux qui installent des systĂšmes de climatisation qui rejettent l’eau chaude dans les rues, crĂ©ant des microclimats propices aux moustiques. En 2021, un rapport de l’ARS Île-de-France a pointĂ© du doigt les promoteurs du Grand Paris Express : leurs chantiers gĂ©nĂšrent des mares artificielles oĂč les larves prospĂšrent. RĂ©ponse des promoteurs ? « C’est temporaire. » Sauf que temporaire, ça dure depuis 10 ans.

Ce que les scientifiques ne vous diront pas

Les chercheurs de l’EHESP (École des hautes Ă©tudes en santĂ© publique) ont un aveu Ă  faire. Un aveu qui dĂ©range. « Le rĂ©chauffement climatique n’explique pas tout », confie une Ă©pidĂ©miologiste sous couvert d’anonymat. « Il y a aussi l’effet ‘serre urbaine’. Paris retient la chaleur comme une cocotte-minute. RĂ©sultat : les moustiques ont trouvĂ© un Ă©cosystĂšme idĂ©al. Et les politiques publiques ? Elles traĂźnassent. »

Pourquoi ? Parce que parler de moustiques, c’est parler de climat. Et le climat, Ă  Paris, c’est un sujet qui fĂąche. La mairie prĂ©fĂšre investir dans des campagnes de sensibilisation (« Évitez l’eau stagnante ! ») plutĂŽt que de remettre en cause des dĂ©cennies de bĂ©tonisation. Les Ă©cologistes hurlent Ă  la nĂ©gligence. Les promoteurs jettent l’argent public par les fenĂȘtres. Et les Parisiens, eux, grattent.

Il y a pire. Les moustiques ne sont plus seulement une nuisance. Ils deviennent un risque sanitaire. En 2019, un cas de West Nile a Ă©tĂ© dĂ©tectĂ© Ă  Paris. Un virus qui peut ĂȘtre mortel. En 2023, les hĂŽpitaux ont enregistrĂ© 12 cas suspects dans la rĂ©gion. Personne ne panique. Personne ne tire la sonnette d’alarme. Parce que parler de virus, c’est admettre que le systĂšme a Ă©chouĂ©.

La vraie question n’est pas ‘Pourquoi les moustiques ?’ mais ‘Pourquoi on ne fait rien ?’

Vous vous souvenez de l’étĂ© 2022 ? Les canicules, les coupures d’eau, les gens qui mouraient dans leur appartement parce que les climatiseurs tombaient en panne. Les mĂ©dias en avaient parlĂ©. Pendant trois semaines. Puis plus rien. Parce que l’urgence, ça passe. Sauf que les moustiques, eux, restent.

La mairie a ses raisons. L’État a ses prioritĂ©s. Les promoteurs ont leurs chantiers. Et vous, vous avez vos piqĂ»res. Alors on fait quoi ?

On pourrait commencer par arrĂȘter de mentir. ArrĂȘter de dire que c’est « normal ». ArrĂȘter de faire semblant de ne pas voir que les saisons ont disparu. Que l’automne, maintenant, c’est juste une illusion. Une parenthĂšse entre deux vagues de chaleur.

On pourrait aussi exiger des comptes. Pourquoi les promoteurs ne sont-ils pas sanctionnĂ©s pour leurs zones humides sacrifiĂ©es ? Pourquoi les maires des banlieues ferment-ils les yeux sur les basses-cours infectes ? Pourquoi les scientifiques attendent-ils que les gens tombent malades avant d’agir ?

Mais non. Parce que c’est plus facile de vaporiser du produit anti-moustique dans les parcs et de faire semblant d’avoir rĂ©solu le problĂšme. Pendant ce temps, sous vos pieds, dans l’ombre des parkings et des mĂ©tros, une armĂ©e d’insectes s’installe. Et elle ne compte pas partir.

L’hiver qui n’ose plus venir

Ce n’est pas une mĂ©taphore. C’est un constat. Les moustiques de Paris ne font plus de trĂȘve. Ils ne respectent plus les saisons. Et si on ne fait rien, ils ne seront plus les seuls.

Parce que derriĂšre eux, il y a les rats, qui prolifĂšrent dans les Ă©gouts rĂ©chauffĂ©s. DerriĂšre eux, il y a les tiques, qui survivent dans les jardins mal entretenus. DerriĂšre eux, il y a l’idĂ©e que le climat, Ă  Paris, c’est un luxe.

Alors la prochaine fois que vous sentirez cette dĂ©mangeaison familiĂšre en descendant du mĂ©tro, souvenez-vous : ce n’est pas une coĂŻncidence. C’est le signe que quelque chose a basculĂ©. Et que personne, vraiment, ne veut en parler.

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie
Les moustiques de Paris ne font plus de trĂȘve hivernale | R Galaxie