La Santé publique lance une course contre la montre

Avec une saison grippale qui s’annonce précoce et agressive, Québec mise sur un vaccin massif des groupes à risque. Mais les rendez-vous s’accumulent, les réticences persistent, et les Fêtes approchent. Voici pourquoi cette campagne pourrait échouer, ou sauver des milliers de vies.

Publié le 14 octobre 2026 à 08:16
La Santé publique lance une course contre la montre

Le 12 octobre, à 8h30, la ligne téléphonique du CLSC de Montréal-Nord était déjà saturée. Pas à cause d’une urgence, mais parce que 3 000 personnes avaient réservé un créneau pour se faire vacciner contre la grippe en une seule journée. Un record. Pourtant, ce n’est qu’un aperçu de ce qui attend le Québec cet automne : une saison grippale qui frappe tôt, fort, et sans pitié. Les données de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) le confirment : les virus respiratoires circulent déjà plus que d’habitude, et les modèles prédisent une vague avant Noël. Cette année, la grippe ne sera pas une saison, ce sera une crise.

La Santé publique a donc pris les devants. Depuis le 1er octobre, les rendez-vous pour les personnes à risque (65 ans et plus, femmes enceintes, maladies chroniques) sont ouverts. Objectif affiché : vacciner 80 % de ces groupes d’ici décembre. Un chiffre ambitieux. Surtout quand on sait que, l’an dernier, seulement 55 % des Québécois admissibles avaient reçu leur dose. Cette fois, il n’y aura pas d’excuses.

Pourquoi cette fois ça pourrait (enfin) marcher

Trois facteurs jouent en faveur de la campagne. D’abord, la peur. Les hôpitaux sont encore hantés par les souvenirs de 2022-2023, quand la grippe et le VRS avaient saturé les urgences, forçant des fermetures de services. Les médecins en parlent sans détour : « On ne veut pas revivre ça. » Deuxième atout, la logistique. Cette année, les pharmacies et les CLSC ont anticipé. Pas de files d’attente interminables comme en 2020, quand les centres de vaccination improvisés avaient transformé les gymnases en zones de non-droit. Troisièmement, la pression politique. Le gouvernement Legault a fait de cette campagne une priorité, avec des messages directs ciblant les hésitants : « Un vaccin, c’est trois heures de moins à l’hôpital. » Pas de jargon, pas de demi-mesures.

Pourtant, un détail cloche. Les données de réservation montrent que 40 % des créneaux sont laissés vides. Pas par manque de places, non, les quotas sont dépassés dans plusieurs régions. Mais parce que des milliers de Québécois, malgré les alertes, refusent encore de se faire piquer.

Le piège des « presque convaincus »

Ils sont là, ces 20 % de réticents qui ne sont pas anti-vaccins radicaux, mais qui tergiversent. « Je vais y penser après les Fêtes », « Mon dernier vaccin date de 2019, ça va », « Avec mon masque, je suis protégé ». Des phrases entendues dans les salles d’attente des CLSC. Leur erreur ? Croire que la grippe, cette année, sera clémente.

Or, les souches en circulation cette année sont plus agressives. Le virus A(H3N2), par exemple, frappe surtout les 65 ans et plus, et il est connu pour ses complications pulmonaires. Sans compter que, cette fois, la grippe ne sera pas seule. Le VRS (virus respiratoire syncytial) et même la COVID-19 (oui, elle est toujours là) vont se mélanger dans le cocktail. Résultat : des services d’urgence déjà sous pression, des lits qui manquent, et des familles qui devront choisir entre Noël et l’hôpital.

Le Dr Yves Longtin, épidémiologiste à l’INSPQ, le dit sans détour : « On a une fenêtre de tir étroite. Si on rate cette campagne, décembre sera un enfer. » Problème : cette fenêtre se referme à vitesse grand V. Les vaccins mettent deux semaines à protéger. Deux semaines. Or, les premiers cas graves sont déjà signalés dans l’Outaouais et en Estrie.

L’échec silencieux des campagnes passées

En 2018, Québec avait lancé une campagne similaire avec des affiches choc : « La grippe tue. Protégez-vous. » Résultat ? Un taux de vaccination en baisse. Pourquoi ? Parce que les messages de peur fonctionnent à court terme, mais pas sur le long terme. Les gens oublient. Ou ils se disent : « Ça ne m’arrivera pas. »

Cette année, la Santé publique mise sur un autre angle : l’altruisme. « Vaccinez-vous pour vos petits-enfants », « Protégez votre famille ». Une approche plus douce, moins culpabilisante. Sauf que ça ne marche pas toujours.

Prenez le cas de Marie-Claude, 72 ans, diabétique. Elle a reçu son rappel COVID en septembre, mais pas son vaccin grippe. « Je n’ai pas eu le temps, répond-elle. Et puis, franchement, je n’ai pas envie de me faire piquer deux fois en un mois. » Un raisonnement logique, sauf que la grippe et la COVID ne se neutralisent pas. Elles s’additionnent. Et en 2023, les diabétiques hospitalisés pour grippe avaient 40 % plus de risques de complications que la moyenne.

Ce que personne ne vous dit sur les rendez-vous

Vous avez réussi à obtenir un créneau ? Félicitations. Mais attention : les pharmacies et les CLSC ne sont pas des usines à vaccins.

  • Les stocks varient. Certaines cliniques ont encore des doses de 2022-2023 en attente d’élimination. D’autres ont reçu leur livraison… mais pas celle adaptée aux allergies aux œufs. « On a dû annuler 150 rendez-vous la semaine dernière parce que les bonnes doses n’étaient pas arrivées », confie une infirmière de la région de Québec.

  • Les annulations en cascade. Vous avez un rendez-vous le 15 novembre ? Parfait. Sauf si vous tombez malade avant. Résultat : des créneaux libérés au dernier moment, mais impossibles à reprogrammer parce que les systèmes sont saturés.

  • Les déserts médicaux. Dans le Nord-du-Québec, certaines communautés n’ont aucun rendez-vous disponible avant novembre. « On nous dit de nous vacciner, mais on ne nous donne pas les moyens », grogne un aîné de Kuujjuaq.

La vraie question : et après les Fêtes ?

La campagne de vaccination se termine officiellement le 31 décembre. Mais la grippe, elle, ne s’arrête pas.

En 2021, la deuxième vague avait frappé en janvier, quand les gens croyaient que le pire était passé. Cette année, les experts s’attendent à une résurgence en janvier-février, surtout si les voyages de fin d’année propagent les virus.

Pourtant, personne ne parle de prolonger la campagne. « On fait ce qu’on peut avec le budget qu’on a », explique une source au ministère de la Santé. Budget. Toujours ce mot qui résume tout.

Alors voici la réalité : même si 80 % des personnes à risque sont vaccinées d’ici décembre, les hôpitaux seront encore sous pression. Parce que la grippe ne respecte pas les calendriers. Parce que les variants mutent. Parce que, parfois, la science se heurte à l’arithmétique.

Le choix qui vous attend

Vous êtes dans la case « à risque » ? Trois options :

  1. Vous vous faites vacciner maintenant. Même si vous n’avez pas de symptômes. Même si vous « allez bien ». Parce que la grippe, cette année, ne sera pas une grippe comme les autres.

  2. Vous attendez. Vous croisez les doigts en espérant que les stocks tiendront, que les rendez-vous ne se feront pas rares, et que votre immunité tiendra jusqu’à janvier. Un pari.

  3. Vous refusez. Parce que vous n’y croyez pas. Parce que vous avez déjà eu la grippe et que « ça ne sert à rien ». Dans ce cas, préparez-vous à entendre des sirènes d’ambulance en décembre.

Le dernier mot

La Santé publique a raison sur un point : cette saison sera différente. Plus précoce, plus intense, plus imprévisible. Le vrai problème, ce n’est pas le manque de vaccins. C’est le manque de temps. Et le manque de conviction.

Les Fêtes approchent. Les familles se retrouvent. Les voyages reprennent. La grippe, elle, ne fera pas de pause.

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R Galaxie Rédaction

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