3900 francs pour une montre qui n’est ni mécanique ni connectée

H. Moser & Cie sort une montre analogique qui affiche aussi des données digitales, sans écran ni connectivité. Un pari audacieux à 3900 CHF, dans un marché où le choix se résume souvent à Apple ou à Rolex. Pourquoi cette complication ? Et à qui s’adresse-t-elle vraiment ?

Publié le 2 octobre 2026 à 12:00
3900 francs pour une montre qui n’est ni mécanique ni connectée

Il y a des montres à 3900 CHF qui brillent. Il y en a d’autres qui connectent. Celle-ci, non. Elle ne fait ni l’un ni l’autre. Pourtant, elle existe. Et elle se vend. À ce prix-là, en plus. Alors, pourquoi ?

Une montre qui ment à sa propre définition

H. Moser & Cie, c’est une marque suisse qui a toujours joué dans la cour des grands sans jamais se faire remarquer. Pas comme Patek Philippe ou Audemars Piguet, qui écrasent tout sous leur histoire et leur prix. Non, Moser, c’est l’artisan discret, celui qui fait des pièces fines mais sans tapage. Sauf que là, ils ont sorti quelque chose d’étrange : une montre analogique qui affiche aussi des données digitales. Pas sur un écran, non. Pas connectée, non plus. Juste… des chiffres qui apparaissent sur le cadran, comme par magie. Ou par calcul.

Comment ? Grâce à un système de micro-perforations et de lumière réfléchie. Une technologie vieille de dix ans, développée par une entreprise allemande, Luxury Light. L’idée, c’est de superposer deux images : l’aiguille classique, et des chiffres qui s’allument selon l’angle de vue. Vous tournez le poignet, et pouf, le temps s’affiche en digital. Vous le tournez encore, et les chiffres disparaissent. Comme un caméléon qui change de couleur selon la lumière.

Sauf que ça ne marche pas toujours. Pas pour tout le monde. Pas dans toutes les conditions. Et surtout, pas sans un prix qui fait grincer des dents.

Le marché des montres a deux pôles : Apple et Rolex. Moser en est loin.

En 2023, le marché suisse de la haute horlogerie a généré 12,6 milliards de francs, selon l’étude Horlogerie Suisse publiée par la Fédération de l’industrie horlogère. Deux acteurs dominent : Apple, avec ses Apple Watch qui écoulent des millions d’exemplaires à moins de 1000 CHF, et les marques traditionnelles comme Rolex ou Omega, qui misent sur l’héritage et le savoir-faire mécanique. Moser, elle, propose autre chose : une montre qui n’est ni l’une ni l’autre.

Pourquoi ? Parce que le digital, aujourd’hui, ça se fait avec des écrans. Des écrans tactiles, des notifications, des applications. Une montre qui affiche des chiffres sans écran, c’est comme acheter un téléphone sans clavier. Ça existe, mais ça ne se vend pas comme les autres.

Alors, à qui s’adresse cette montre ? Pas aux collectionneurs. Pas aux geeks. Pas aux puristes de l’analogique, qui ricaneront en voyant des chiffres qui clignotent comme des néons dans le noir. Non, Moser vise un créneau précis : ceux qui veulent du luxe sans la complexité du mécanique, et du digital sans la dépendance à la technologie.

Le problème, c’est que ça ne marche pas très bien.

En théorie, c’est ingénieux. En pratique, c’est capricieux. La technologie Luxury Light a ses limites : la lumière doit être juste, l’angle de vue doit être précis, et si vous avez la peau trop foncée ou des lunettes teintées, les chiffres deviennent illisibles. Sans compter que, contrairement à une Apple Watch, vous ne pourrez pas y ajouter une appli pour compter vos pas ou votre rythme cardiaque. Juste l’heure. En analogique. Et en digital. En même temps.

Pour 3900 CHF, vous auriez pu vous offrir une Rolex Datejust. Ou une Patek Philippe Nautilus. Ou même une Apple Watch Ultra avec tous les gadgets possibles. Alors, pourquoi choisir Moser ?

Parce que c’est une expérience. Une expérience de luxe inutile, peut-être. Une expérience de technologie rétro-futuriste, sans doute. Mais une expérience, quand même.

Le vrai sujet, c’est la fin d’une époque.

Les montres mécaniques sont en train de disparaître. Pas demain, pas dans cinq ans, mais lentement, inexorablement. Les jeunes ne les achètent plus. Les marques traditionnelles tentent de se réinventer avec du connecté, mais ça sonne faux. Moser, avec sa montre à chiffres fantômes, fait partie de ces tentatives. Elle n’est ni d’hier ni d’aujourd’hui. Elle est d’un entre-deux qui n’a pas encore de nom.

Est-ce que ça marchera ? Probablement pas. Pas assez. Pas pour assez de monde. Mais c’est le genre de folie qui, parfois, donne une longueur d’avance. Ou qui, au contraire, enterre une marque dans l’oubli.

Reste à savoir si Moser a les épaules pour assumer.

Ce que ça dit de nous, en vrai.

On achète des montres pour deux raisons : soit pour montrer qu’on a de l’argent, soit pour se dire qu’on en a. Moser propose autre chose : une montre qui n’est ni l’une ni l’autre. Elle n’est pas un symbole de réussite, pas un outil de productivité. Elle est juste… une curiosité.

Dans un monde où tout est soit mécanique, soit connecté, soit les deux, une montre qui fait ni l’un ni l’autre, c’est un peu comme un livre imprimé en 2024 : ça n’a plus vraiment de sens. Et pourtant, ça existe. Parce que le luxe, parfois, c’est aussi ça : payer pour une idée qui n’a pas de prix.

Mais 3900 CHF, quand même. Là, on frôle l’absurde.

La dernière question, la seule qui compte.

Est-ce que cette montre va devenir un classique ? Non.

Est-ce qu’elle va disparaître sans laisser de trace ? Peut-être.

Mais une chose est sûre : dans dix ans, quand on regardera en arrière, on se souviendra de cette montre. Pas parce qu’elle était belle, pas parce qu’elle était utile. Juste parce qu’elle était là. Au milieu de tout ce bordel.

Et ça, c’est déjà quelque chose.

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R Galaxie Rédaction

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