L'ONDA mise sur des cabinets étrangers pour sauver les aéroports en 2030, et ça sent le coup de poker mal calculé
Imaginez : 2030. La Coupe du monde bat son plein au Maroc, en Espagne et au Portugal. Les stades sont pleins, les fans hurlent, et puis… les aéroports saturent. Les vols s’accumulent, les files d’attente dépassent les 3 heures, et les écrans d’affichage clignotent en arabe, espagnol et anglais en même temps, parce que personne n’a prévu assez de personnel bilingue. Ça, c’est le scénario catastrophe. Sauf que personne ne parle encore de ce scénario. Pas vraiment.
L’Office national des aéroports (ONDA), qui gère le réseau français, a lancé un appel d’offres international pour « préparer le système aéroportuaire national » à l’événement. Traduction : on va confier la refonte des aéroports à des cabinets de conseil étrangers, avec un budget flou et des délais qui ressemblent à une blague. Pourquoi ? Parce que personne n’a envie de se mouiller.
Les cabinets étrangers vont écrire la feuille de route, et personne ne les contrôlera vraiment
L’appel d’offres, ouvert jusqu’au 15 novembre, cible des « experts internationaux » pour établir une « feuille de route stratégique ». Autrement dit : on va externaliser la réflexion sur comment gérer le plus gros afflux de passagers de l’histoire du transport aérien français. Le problème ? Les cabinets comme McKinsey, Roland Berger ou même des acteurs spécialisés dans les événements sportifs (comme ceux qui ont géré la Coupe du monde au Qatar en 2022) vont proposer des solutions… mais aucune garantie qu’elles marcheront.
En 2022, le Qatar a dépensé 120 milliards de dollars pour ses infrastructures, dont une partie pour les aéroports. Résultat ? Des retards, des surcoûts, et des critiques sur la gestion des travailleurs migrants. L’ONDA ne veut pas entendre parler de ces chiffres. Dans son dossier de consultation, on parle de « synergies entre acteurs publics et privés », de « résilience du système » et de « durabilité ». Mais où sont les chiffres concrets ? Où est le plan B si tout part en vrille ?
Un rapport de la Cour des comptes de 2021 soulignait déjà que les aéroports français étaient sous-dimensionnés pour les événements massifs. Pourtant, l’ONDA mise sur des consultants pour résoudre le problème. Comme si on confiait la sécurité d’un hôpital à une équipe de commerciaux.
Les aéroports français sont déjà à la ramasse, et 2030 va empirer les choses
Prenez Paris-Orly. En 2022, 45 % des vols étaient en retard, selon l’Union des passagers. Lyon-Saint Exupéry ? 38 % de surbookings chroniques. Et Marseille-Provence ? Un taux d’occupation à 98 % en haute saison, avec des files d’attente qui dépassent parfois les 2 heures. Ces chiffres, c’est la normale.
Pourtant, personne ne semble vouloir investir massivement dans des infrastructures nouvelles. Pourquoi ? Parce que les aéroports français sont déjà saturés, et qu’ajouter des pistes ou des terminaux coûterait des milliards, des milliards que l’État ne veut pas engager sans être sûr que ça rapportera.
Sauf que 2030, c’est différent. La Coupe du monde, c’est un tsunami de passagers. Selon l’IATA, les événements sportifs majeurs génèrent une hausse de 30 à 50 % du trafic aérien pendant leur durée. Pour la France, ça veut dire : des millions de visiteurs supplémentaires, des transferts entre les pays hôtes, et une logistique qui doit tenir la route.
Or, les aéroports français ne sont pas prêts. Pas assez de personnel, pas assez de capacity, et surtout : aucun plan clair pour absorber le choc. L’ONDA mise sur des « optimisations » et des « partenariats public-privé ». Traduction : on va essayer de faire tenir l’intenable.
Le vrai problème ? Personne ne veut assumer les coûts politiques
Le gouvernement parle d’« attractivité » et de « rayonnement ». Les maires des villes hôtes (comme Bordeaux, où le Mondial passera) promettent des « retombées économiques ». Mais qui va payer ?
En 2018, la France a dû injecter 1,2 milliard d’euros dans les aéroports pour éviter leur faillite. En 2030, ce sera bien pire.
Le hic, c’est que personne ne veut mettre la main au portefeuille.
- L’État dit que c’est aux collectivités locales de s’en occuper.
- Les collectivités répondent que c’est à l’État de financer.
- Les compagnies aériennes font semblant de ne pas voir le problème, parce qu’elles savent très bien que les surcoûts seront répercutés sur les billets.
- Les consultants vont proposer des solutions « innovantes »… qui coûteront cher sans garantie de résultats.
Résultat ? Un appel d’offres lancé dans la précipitation, avec l’espoir que des étrangers trouveront une solution magique.
Ce qui se joue vraiment derrière cet appel d’offres : le contrôle des aéroports
Derrière la Coupe du monde 2030, il y a une bataille plus large : qui va décider de l’avenir des aéroports français ?
Aujourd’hui, l’ONDA est un organisme public, mais de plus en plus, l’État laisse la place à des acteurs privés. Les concessions aéroportuaires se multiplient (comme à Toulouse-Blagnac, géré par Vinci depuis 2019), et les cabinets de conseil jouent un rôle croissant dans la définition des politiques publiques.
En confiant la feuille de route à des experts internationaux, l’ONDA ne fait pas que préparer 2030. Elle prépare aussi le terrain pour une privatisation progressive.
Le problème ? Personne ne sait si ça marchera.
En 2012, l’aéroport de Londres-Heathrow a confié sa modernisation à un consortium privé. Résultat : des retards en cascade, des surcoûts de 3 milliards de livres, et une gestion chaotique.
Pourtant, l’ONDA avance comme si tout allait bien se passer.
2030 sera un test, et la France pourrait échouer
La Coupe du monde 2030, c’est bien plus qu’un événement sportif. C’est un test pour le système aéroportuaire français.
Si tout se passe bien, on pourra dire que la France a su s’adapter. Si ça dérape, ce sera la preuve que le pays a préféré miser sur des consultants et des promesses plutôt que sur des infrastructures solides.
Le vrai risque ? Ce n’est pas seulement que les aéroports ne tiennent pas la charge. C’est que personne ne sera surpris si ça foire.
Parce qu’au fond, personne ne croit vraiment que ça va marcher.