Le chiffre qui cloche à Miremont : 100 postes, zéro candidat pressé ?
La mairie de Miremont et ses partenaires du Forum de l’emploi du Bassin Auterivain (FBE) jouent les optimistes. Le 24 septembre, de 9h à 13h, ils ouvrent les portes du Forum des Métiers et de l’Emploi pour « mettre en relation 100 entreprises avec des demandeurs d’emploi ». Sur le papier, c’est une bonne nouvelle. Dans les faits, ça ressemble à une opération de communication déguisée.
Pourquoi ? Parce que Miremont, comme beaucoup de petites villes du Sud-Ouest, souffre d’un paradoxe : elle manque cruellement de main-d’œuvre qualifiée, mais ses dispositifs pour attirer ou former des candidats sont à la traîne. Pire : les entreprises locales, souvent des PME ou des artisans, peinent à se projeter au-delà de leur cercle habituel. Résultat : des postes qui restent vacants, des salaires qui stagnent, et une jeunesse qui part grossir les rangs des métropoles voisines.
Le FBE, lui, mise sur l’urgence. « Le marché de l’emploi local est tendu », résume un responsable sous couvert d’anonymat. Tendu, oui. Mais pas assez pour que les candidats se bousculent. À quoi bon, quand Toulouse et ses 1,3 million d’habitants propose des salaires 20 à 30 % plus élevés pour des postes similaires ? (Source : Baromètre Pôle Emploi Occitanie 2023.)
Et puis, il y a le problème des compétences. Les entreprises de Miremont recrutent surtout dans le BTP, l’agroalimentaire, et les services aux particuliers. Des secteurs où la pénurie est réelle, mais où les formations locales, collèges, lycées pro, CFA, ne suivent pas. « On forme des électriciens, mais ils signent souvent avant même d’avoir leur diplôme », lâche un directeur de CFA du secteur. Traduction : les jeunes savent qu’ils auront un emploi dès la sortie de l’école. Problème ? Les employeurs locaux ne paient pas assez pour fidéliser.
## Les entreprises qui mentent à Miremont
Le Forum du 24 septembre, c’est aussi l’occasion pour certaines entreprises de Miremont de faire leur marché. Sauf que beaucoup jouent la carte de la discrétion. « On ne cherche pas des bras, on cherche des profils », explique un responsable d’une PME du secteur agroalimentaire. Sous-entendu : les postes à pourvoir sont souvent des CDD, des mi-temps, ou des emplois saisonniers, rien qui ne fasse rêver.
Pourtant, Miremont a des atouts. L’aéroport de Blagnac, à 20 minutes, attire des centaines d’emplois dans la logistique et le transport. Les zones industrielles autour de la ville regorgent d’usines en besoin de personnel. Mais les recruteurs locaux ne communiquent pas assez fort. Résultat : les candidats qualifiés, eux, regardent ailleurs.
Prenez l’exemple de La Maison du Fromage, une PME miremontaise qui cherche désespérément un responsable production. « On propose un salaire correct, mais les candidats veulent des perspectives », soupire son dirigeant. Traduction : à Miremont, on ne parle pas d’évolution de carrière. On parle de survie.
## Le piège des aides publiques mal utilisées
Le FBE bénéficie de subventions régionales et européennes pour organiser ce genre d’événements. Problème : l’argent public ne suffit pas à compenser l’attractivité naturelle d’une ville. Miremont a beau miser sur son cadre de vie (« un coût immobilier 30 % inférieur à Toulouse »), les jeunes actifs ne se bousculent pas. Pourquoi ? Parce que les loyers bas riment avec salaires bas. Et que les entreprises locales, souvent familiales, hésitent à investir dans la formation ou les augmentations.
« On paie le SMIC, point. Si un candidat veut plus, il peut aller à Toulouse », assume un artisan du bâtiment. Logique implacable : Miremont se prive de talents parce qu’elle ne peut pas, ou ne veut pas, payer le prix.
Pourtant, des solutions existent. À Saint-Orens-de-Gameville, une commune voisine, une entreprise a mis en place un système de parrainage : les nouveaux embauchés sont suivis pendant six mois, avec un tuteur dédié. Résultat ? Un taux de rétention de 85 % contre 50 % à Miremont. « On ne recrute pas des nombres, on recrute des personnes », explique leur DRH. Une philosophie que Miremont semble avoir oubliée.
## Le jour où Miremont réalisera qu’elle a un problème
Le Forum du 24 septembre sera un succès sur le papier : des stands, des CV, des poignées de main. Mais dans trois mois, les mêmes entreprises reviendront se plaindre de la pénurie. Parce que Miremont refuse de voir l’évidence : son modèle économique est en panne.
Soit elle monte en gamme, salaires, formations, qualité de vie, et attire des profils ambitieux. Soit elle continue à faire semblant, en organisant des forums où personne ne se presse vraiment.
Le choix est simple. La question est : Miremont est-elle prête à le faire ?
*(Et si la réponse est non, autant arrêter de compter sur les 100 postes du 24 septembre.)