Mélanie Joly relance un laminoir québécois, mais l’idée divise.

La ministre mise sur l’aluminium pour réduire la dépendance aux États-Unis. Mais les coûts, les risques et les lobbies compliquent tout. Voici pourquoi ce projet pourrait bien être un piège.

Publié le 10 septembre 2026 à 12:05
Mélanie Joly relance un laminoir québécois, mais l’idée divise.

Un laminoir au Québec ? L’idée qui divise déjà tout le monde

Le 12 mars dernier, Mélanie Joly annonçait, sans tambour ni trompette, ce qui ressemble à une provocation économique : relancer un laminoir d’aluminium au Québec. Pas un projet pharaonique, pas un plan à 10 milliards, mais une vieille usine rouillée, un secteur en déclin, et une idée qui fait grincer des dents à Ottawa comme à Wall Street. Pourtant, la ministre de l’Industrie assume : si le Canada veut cesser de jouer les valets des États-Unis, il faut arrêter d’importer des bobines d’aluminium laminé à 80% depuis le sud de la frontière. Alors on transforme ici. Problème : personne ne sait si c’est réaliste.

Le détail qui cloche : Alouette, le dernier laminoir québécois, a fermé en 2016 après des décennies de pertes. Rio Tinto, qui possède les mines d’aluminium primaires (comme Arvida, près de Sept-Îles), a toujours refusé d’investir dans la transformation. Pourquoi ? Parce que laminer de l’aluminium, c’est un jeu de dupes : les marges sont serrées, la concurrence chinoise écrase tout, et les États-Unis, eux, utilisent leurs droits de douane comme un marteau-pilon quand ça les arrange. En 2018, Trump a taxé l’aluminium canadien à 25%. Résultat : les usines américaines ont raflé les contrats, et les québécoises ont coulé.

Pourtant, Joly s’entête. Son argument ? La souveraineté industrielle. Traduction : si on dépend des États-Unis pour laminer notre aluminium, on dépend aussi de leurs humeurs. Sauf que…

L’aluminium, ce piège à rêves brisés

L’aluminium, c’est le métal des paradoxes. D’un côté, c’est léger, recyclable, indispensable aux voitures électriques et aux éoliennes, les secteurs que le gouvernement veut booster. De l’autre, c’est un enfer économique. Pour laminer une tonne d’aluminium, il faut :

  • De l’électricité pas chère (sinon, l’usine saigne). Or, l’hydroélectricité québécoise coûte cher à transporter jusqu’aux centres industriels.
  • Des clients prêts à payer plus cher que l’aluminium chinois, qui inonde le marché à 1 500 $ la tonne contre 2 000 $ pour le produit québécois.
  • Un gouvernement prêt à subventionner… parce qu’avec des coûts aussi élevés, aucune usine ne serait rentable sans aide publique.

Le chiffre qui fait mal : Selon une étude de l’Association canadienne de l’aluminium (2022), relancer un laminoir au Québec coûterait entre 500 millions et 1 milliard de dollars, sans garantie de retour sur investissement. Et encore, c’est sans compter les risques géopolitiques. Si les États-Unis décident demain de baisser leurs tarifs douaniers (ce qu’ils ont fait en 2020 pour calmer le jeu), le marché québécois s’effondre en six mois.

Pourtant, Joly mise sur un argument massif : la chaîne d’approvisionnement. Si on transforme l’aluminium ici, on crée des emplois, on réduit les émissions liées au transport, et on évite de dépendre d’un voisin capricieux. Sauf que…

Les lobbies, les mines et le silence des experts

Il y a un truc que personne ne vous dira : Rio Tinto et Alcoa, les deux géants de l’aluminium, n’ont aucun intérêt à voir renaître un laminoir québécois. Pourquoi ? Parce que ça leur coûterait des centaines de millions en investissements supplémentaires, et que, pour l’instant, ils se débrouillent très bien en exportant leur aluminium brut vers les États-Unis, où il est laminé avant d’être revendu au Canada. C’est ce qu’on appelle le commerce triangulaire : on extrait ici, on transforme là-bas, et on revend chez nous avec une marge grasse.

Le nom qui revient sans cesse : Alouette. Cette usine de Saguenay, fermée en 2016, était un symbole. Quand elle a pété, c’était la preuve que le modèle québécois de l’aluminium était mort. Pourtant, personne n’a jamais tiré les leçons. En 2023, le gouvernement Legault a promis une étude sur un éventuel relancement. Résultat ? Rien. Pas même un rapport. Juste des déclarations lisses du type « On examine toutes les options ».

La question que personne ne pose : Qui va payer ? Les contribuables ? Les entreprises ? Les consommateurs, via des taxes cachées ? Parce que si on veut vraiment faire ça, il faudra soit augmenter les tarifs douaniers sur l’aluminium importé (et se faire haïr par les États-Unis), soit subventionner massivement le secteur (et se faire engueuler par Bruxelles pour aides d’État illégales).

Ce que les Américains ne veulent pas voir

Voilà le vrai problème : les États-Unis ne veulent pas d’un Canada industriel. Ils préfèrent un Canada qui extrait des ressources brutes, qu’ils transforment chez eux avant de nous les revendre. C’est comme ça qu’ils contrôlent les chaînes d’approvisionnement. Et c’est pour ça que, depuis 20 ans, chaque fois qu’un projet comme celui de Joly pointe le bout de son nez, Washington trouve un prétexte pour saboter.

L’exemple qui résume tout : En 2017, le gouvernement Trudeau avait envisagé de relancer une usine de papier en Ontario. Résultat ? Les États-Unis ont menacé de taxer le bois canadien. Même scénario pour l’aluminium : si on se met à laminer ici, les lobbies américains feront pression pour que l’ALENA (ou l’USMCA, peu importe) soit modifié, et hop, adieu les quotas de marché.

Pourtant, Joly persiste. Parce qu’elle a raison sur un point : le Canada ne peut plus compter sur les États-Unis. Mais son projet est un leurre. Un laminoir, ça ne se relance pas comme une start-up. Ça demande des décennies d’investissements, des garanties politiques à toute épreuve, et une concurrence mondiale qui, aujourd’hui, n’existe pas.

Le vrai enjeu : et si on se trompait de bataille ?

Au lieu de courir après un laminoir, peut-être faudrait-il se demander : pourquoi on ne recycle pas plus d’aluminium au Québec ? Le métal recyclé, ça coûte 3 fois moins cher à laminer. Et ça évite d’extirper du bauxite en Guinée ou en Australie. Sauf que… les usines de recyclage, elles non plus, ne sont pas rentables sans subventions.

Alors oui, Mélanie Joly a raison de vouloir réduire la dépendance américaine. Mais son laminoir, c’est comme un cheval de Troie : ça a l’air malin, mais à l’intérieur, il n’y a que des soldats qui se font massacrer.

La dernière question : Si même Rio Tinto et Alcoa n’y croient pas, pourquoi le gouvernement devrait-il y mettre un sou ? Parce que c’est une idée symbolique ? Parce que ça fait joli dans les discours ? Ou parce que, au fond, personne n’a vraiment de plan B ?

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R Galaxie Rédaction

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