Les femmes attendent encore leur révolution médicale

Un rapport de l'OMS révèle que les femmes sont sous-diagnostiquées, mal soignées, et souvent ignorées des protocoles. Florence Meney explique pourquoi la médecine reste un terrain miné pour elles. Et ce que ça change, ou pas, quand on sait.

Publié le 21 octobre 2026 à 12:11
Les femmes attendent encore leur révolution médicale

En 2023, une étude de l’International Journal of Women’s Health a montré que 40 % des femmes souffrant de douleurs chroniques se voient prescrire des antidouleurs trop faibles, voire rien du tout. Le pire ? Leurs symptômes sont souvent attribués à leur « imagination » ou à leur « sensibilité ». Les médecins, eux, ont des chiffres. Et des protocoles. Sauf que ces protocoles, la plupart du temps, ont été testés sur des hommes. Oui, vous avez bien lu : les femmes, c’est l’inconnue du labo.

Pas de panique, ce n’est pas une question de complot. Juste une question de temps. Et d’argent. Étudier les différences physiologiques entre hommes et femmes coûte cher. Alors on fait comme si ça n’existait pas. Résultat : un système médical qui tourne à l’aveugle pour la moitié de l’humanité.

Le corps des femmes, un territoire Ă  part

Florence Meney, journaliste et autrice du livre « Le Sexe du médecin », en parle sans détour : « La médecine est une science masculine, conçue pour des corps masculins. » Pas de métaphore. Les dosages des médicaments ? Souvent basés sur des études masculines. Les symptômes des maladies cardiaques chez la femme ? Moins visibles, moins pris au sérieux. Même l’anesthésie : une femme a 40 % de risques en plus de mal réagir à un produit conçu pour un homme. Pourquoi ? Parce que personne n’a jugé utile de tester autrement.

Prenez le Viagra. Développé pour les hommes. Les femmes ? On leur a dit : « Attendez, on vous donnera ça plus tard. » Sauf que « plus tard », ça fait 20 ans. Et aujourd’hui, le traitement de la dysfonction érectile masculine est 10 fois plus financé que celui des troubles sexuels féminins. Pas de hasard. Juste une priorité.

Quand le diagnostic devient une loterie

Un exemple ? L’infarctus du myocarde. Chez l’homme, les symptômes sont clairs : douleur thoracique, sueurs froides, essoufflement. Chez la femme ? Souvent juste un malaise, des nausées, une fatigue inexpliquée. Résultat : les femmes attendent en moyenne 2 heures de plus avant d’être prises en charge. Deux heures. Deux heures où le muscle cardiaque meurt un peu plus.

Et ce n’est pas un cas isolé. La sclérose en plaques ? Diagnostic retardé de 3 ans pour les femmes. L’endométriose ? 7 ans en moyenne avant qu’un médecin ne daigne enfin prononcer le mot. 7 ans. Pendant lesquelles les femmes subissent des douleurs atroces, des saignements abondants, et des infertilités évitables. Parce que leurs symptômes ne correspondent pas aux « classiques » décrits dans les manuels.

Les protocoles qui oublient la moitié de l’humanité

En 2017, une étude de la Food and Drug Administration (FDA) américaine a révélé que seulement 20 % des participants aux essais cliniques étaient des femmes. 20 %. Pas par méchanceté, mais parce que pendant des décennies, on a considéré que les hormones féminines « compliquaient » les résultats. Donc on a exclu les femmes. Sauf que les médicaments testés sur des hommes ne fonctionnent pas toujours sur des femmes. Parce que leur métabolisme, leur taux hormonal, leur masse musculaire diffèrent.

Résultat ? Des effets secondaires sous-estimés, des dosages inadaptés, des traitements inefficaces. Un exemple ? Les antidépresseurs. Les femmes y répondent deux fois moins bien que les hommes. Pourquoi ? Parce que les essais initiaux n’ont pas inclus assez de patientes. Aujourd’hui, on commence à rattraper le retard. Mais le mal est fait.

Ce qui change (un peu) et ce qui ne bouge pas

Depuis quelques années, des voix s’élèvent. La France a enfin intégré des femmes dans ses essais cliniques (loi de 2020). L’OMS pousse pour une médecine plus genrée. Mais est-ce que ça suffit ?

Non. Parce que changer les protocoles, c’est une chose. Changer les mentalités, c’en est une autre. Florence Meney le résume bien : « On parle de parité en politique, mais dans la médecine, on est encore à l’âge de pierre. »

Preuves ?

  • Les gynĂ©cologues masculins sont toujours majoritaires. (Source : Ordre des MĂ©decins, 2022)
  • Les femmes mĂ©decins gagnent 15 % de moins que leurs collègues masculins. (Source : DREES, 2023)
  • Les symptĂ´mes fĂ©minins sont toujours moins bien documentĂ©s dans les bases de donnĂ©es mĂ©dicales. (Étude JAMA Network Open, 2021)

Bref, on avance. Mais pas assez vite.

Le vrai problème : on ne veut pas voir

Le pire, ce n’est pas l’ignorance. C’est l’indifférence.

Quand une femme se plaint de douleurs inexpliquées, on lui dit : « C’est dans votre tête. » Quand elle demande un deuxième avis, on lui fait comprendre qu’elle « complique les choses ». Quand elle exige des soins adaptés, on lui explique que « la science prend du temps ».

Mais le temps, c’est ce qu’elle n’a pas.

Le temps, c’est ce que lui volent des décennies de mépris médical.

Alors oui, des progrès sont faits. Mais tant que les femmes devront se battre pour exister dans leur propre corps, la médecine n’aura pas fini de les oublier.

Et ça, c’est une révolution qui n’aura pas lieu sans bruit.

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R Galaxie Rédaction

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