Un organisme qui traîne depuis 2020 et un gouvernement qui zappe ses alertes
Pot arrive dans une agence qui fonctionne à moitié. Pas par faute des agents, la plupart bossent comme des dingues, mais parce que l’État, depuis la crise du Covid, a décidé que SpF pouvait bien attendre. Prenez les 500 postes non pourvus en 2023. Officiellement, c’est la faute aux « difficultés de recrutement ». En vrai, c’est parce que les ministères bloquent les budgets. Résultat ? Des services saturés, des délais qui explosent, et des rapports qui sortent six mois après l’urgence. En 2022, SpF a prévenu : la grippe saisonnière serait 30 % plus meurtrière qu’avant la pandémie. Trop tard. Les hôpitaux étaient déjà en PLS. Personne n’a bougé.
Et puis il y a l’affaire des 80 millions d’euros gelés en 2023. L’argent était là, mais le gouvernement a préféré le réallouer à d’autres priorités, comme les subventions aux énergies fossiles, ironiquement. SpF, elle, a dû se débrouiller avec des miettes. Pot va devoir expliquer ça aux épidémiologistes qui, eux, voient leurs labos fermer faute de moyens.
Le pire ? Les ministères de la Santé et de l’Éducation nationale continuent de saboter SpF quand ça les arrange. En 2023, l’agence a tiré la sonnette d’alarme sur l’explosion des troubles du sommeil chez les ados (liés aux écrans, bien sûr). Réaction du ministère ? Un communiqué molle sur « l’importance du dialogue avec les familles ». Pas un euro de plus pour les campagnes de prévention. Pas un mot sur les 3 millions d’enfants concernés, selon les dernières données de l’Inserm.
Pot a un CV solide, mais SpF a besoin d’un miracle (ou d’un coup de pied dans la fourmilière)
Sur le papier, Pot, c’est l’homme qu’il faut. Il connaît les dossiers sensibles, neurodéveloppement, santé mentale, addictions, et il a l’habitude de négocier avec des ministères qui tergiversent. Son prédécesseur, Jérôme Salomon, avait au moins le mérite d’être visible. Pot, lui, va devoir faire parler un organisme qu’on ignore.
Sauf que SpF, c’est comme un médecin de famille : tout le monde dit qu’il est utile, mais personne ne veut payer pour ses services. En 2023, seulement 12 % des Français faisaient confiance à SpF pour les informer sur la santé publique, selon un sondage BVA. Les autres ? Ils croient encore aux complotistes, aux influenceurs bien-être, ou aux communiqués du ministère de la Santé quand il daigne en sortir.
Pot a deux options :
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Jouer le jeu de l’État et faire semblant d’avancer. Comme ses prédécesseurs. Résultat : des rapports qui dorment dans les tiroirs, des alertes étouffées, et une agence qui perd peu à peu son utilité.
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Casser les codes. Sortir des communiqués qui dérangent. Aller à l’encontre des lobbies. Passer à la télé pour dire que non, le sucre dans les céréales pour enfants, c’est pas anodin. Problème : à SpF, on vous virera avant même d’avoir fini la première phrase.
Son atout ? Il a l’oreille de Boris Cyrulnik. Le célèbre neuroscientifique a défendu Pot comme un rempart contre « l’ignorance sanitaire » en France. Sauf que Cyrulnik, c’est un peu le parrain des bobos écolos. Et les décideurs, eux, écoutent surtout les économistes et les lobbies pharmaceutiques.
Le vrai défi de Pot : faire bouger un système qui ne veut pas bouger
En 2024, SpF a lancé une campagne sur les risques des perturbateurs endocriniens dans les jouets pour enfants. Réaction des fabricants ? Un communiqué pour dire qu’ils « veillaient à la sécurité ». Réaction des parents ? Zéro. Parce que les gens ont mieux à faire que de lire des rapports techniques.
Pot va devoir trouver un angle qui percute. Pas des chiffres, pas des graphiques, des images qui font mal. Comme en 2017, quand SpF avait sorti une étude sur les cancers liés aux pesticides chez les agriculteurs. Résultat ? Une mobilisation massive. Pourquoi ? Parce que les photos de fermiers en train de mourir, ça marque les esprits.
Sauf que pour ça, il lui faudra des moyens, du temps, et un gouvernement qui arrête de le prendre pour un faire-valoir.
Le vrai problème, c’est que SpF n’a plus les couilles.
En 2020, pendant le Covid, l’agence a été décimée par les départs en burn-out. Ceux qui restent ? Des fonctionnaires épuisés, payés au lance-pierre, et qui savent pertinemment que leurs alertes seront étouffées. Pot va devoir recruter, motiver, et surtout, faire taire les rumeurs. Parce qu’à SpF, on murmure que l’agence est devenue inutile. Que personne ne lit plus ses rapports. Que les ministères la contournent.
Son premier test ? La canicule de 2025. Si SpF ne parvient pas à alerter à temps, ce sera la preuve que l’agence est morte. Et que Pot, malgré ses bonnes intentions, n’aura pas pu grand-chose.
Ce que personne ne dit : SpF est un symptôme, pas une solution
Le vrai bordel, ce n’est pas SpF. C’est un pays qui ne veut pas entendre parler de santé publique.
En 2023, la France a dépensé 12,5 milliards d’euros en publicité pour les produits ultra-transformés (sodas, chips, plats préparés). Le même budget aurait permis de doubler les effectifs de SpF pendant 10 ans. Sauf que personne ne veut réguler ça. Parce que ça dérange.
Pot va devoir choisir :
- Soit il reste dans le cadre. Il fera son travail, signera des rapports, et mourra dans l’indifférence générale.
- Soit il sort du rang. Il ira à l’offensive, il dérangera, il fera parler de SpF, et il se fera des ennemis.
Son plus gros défi ? Convaincre que la santé publique, ça ne se décrète pas. Ça se force.
Et pour ça, il lui faudra bien plus qu’un budget et une équipe. Il lui faudra un gouvernement qui a les couilles de le suivre.
Mais ça, c’est une autre histoire.