En Polynésie, les hôpitaux sont saturés. Personne ne parle des stocks de vaccins vides à Tahiti.
C’est un chiffre qui claque : plus de 1 500 cas de dengue signalés en Polynésie française en janvier 2024, contre à peine 300 sur toute l’année 2022. Les services d’urgence de Papeete sont submergés, les écoles ferment, et les touristes annulent leurs voyages. Pourtant, si vous demandez aux autorités locales pourquoi la situation est aussi critique, elles éludent. La réponse ? Un vaccin, Qdenga, approuvé depuis 2022 par l’EMA, mais introuvable sur place.
Et ce n’est pas un problème isolé. À Wallis-et-Futuna, les cas ont bondi de 60 % en six mois. Aux Samoa, le gouvernement a déclaré l’état d’urgence sanitaire. Mais où sont les seringues ?
La réponse est simple : l’Europe a oublié le Pacifique. Qdenga, développé par Takeda, est commercialisé dans l’UE, mais son prix, environ 500 euros la dose, le rend inaccessible pour les petits États insulaires. Les pays concernés doivent négocier des accords bilatéraux, ce que peu ont fait. Résultat : les stocks sont quasi inexistants, et les campagnes de vaccination se limitent à quelques centres urbains, là où le virus circule déjà massivement.
Pourquoi les pays du Pacifique n’ont pas anticipé ?
Ce n’est pas faute d’avertissements. En 2019, une épidémie de dengue avait frappé la Nouvelle-Calédonie, faisant 25 000 cas en trois mois. Les scientifiques avaient prévenu : le réchauffement climatique étend la zone de vie du moustique Aedes aegypti, vecteur de la dengue. Pourtant, aucun plan d’urgence vaccinale n’a été mis en place.
Trois raisons principales :
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L’argent. Les budgets santé des petits États du Pacifique sont dérisoires. La France, qui gère la santé en Polynésie, a débloqué 1,2 million d’euros pour lutter contre l’épidémie, une somme dérisoire face à l’ampleur du problème. À titre de comparaison, la France a dépensé plus de 100 millions d’euros pour vacciner contre la grippe aviaire en 2022.
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La logistique. Transporter des vaccins fragiles dans des îles dispersées sur des millions de kilomètres est un casse-tête. Pas de chaîne du froid fiable, pas de stockpiles locaux. Quand Qdenga arrive enfin, il est souvent périmé avant d’être utilisé.
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La méfiance. Dans certaines communautés, la vaccination est associée à des théories complotistes. Aux Samoa, des rumeurs ont circulé selon lesquelles le vaccin contre la rougeole (autre maladie virale) était stérilisant. Résultat : des taux de couverture vaccinale à 30 % dans certaines zones.
Ce que les autorités font (et ne font pas)
Du côté des gouvernements, on parle beaucoup de prévention, élimination des eaux stagnantes, moustiquaires, répulsifs. Problème : ça ne marche pas à 100 %. Le virus se transmet en quelques heures, et les populations sont déjà exposées.
Ce qui se passe vraiment :
- La Polynésie française a lancé une campagne de vaccination d’urgence, mais avec seulement 5 000 doses de Qdenga pour 280 000 habitants éligibles. Priorité aux soignants et aux enfants.
- Les Samoa ont importé 10 000 doses de vaccin, mais seulement 3 000 personnes ont été vaccinées en deux mois. Manque de communication, files d’attente interminables.
- La Nouvelle-Calédonie mise sur la vaccination de masse… mais les stocks sont limités.
Ce qu’on ne vous dit pas :
Les pays du Pacifique n’ont pas les moyens de commander en gros. Ils dépendent des dons internationaux, comme ceux de l’OMS ou de la Croix-Rouge. Sauf que ces dons arrivent trop tard. En 2023, l’OMS a livré 120 000 doses de vaccins anti-dengue dans la région. C’est insuffisant.
Le vrai problème : personne ne veut assumer la responsabilité
La France, qui gère la santé en Polynésie, se renvoie la balle. *