Le Maroc arbitre les tensions entre Pékin et Washington.

Tandis que les usines chinoises s’installent à Tanger et Casablanca, les États-Unis ferment les yeux. Pourquoi le Maroc mise sur ce jeu dangereux, et qui en paiera le prix ?

Publié le 14 septembre 2026 à 12:05
Le Maroc arbitre les tensions entre Pékin et Washington.

En 2023, le Maroc a accueilli 12 milliards de dollars d’investissements chinois. Pas des promesses, des contrats signés. Des usines de batteries pour Tesla à Tanger, des ports gérés par Cosco à Casablanca, des zones franches où la main-d’œuvre coûte trois fois moins cher qu’en Chine. Et personne ne bronche à Washington. Pourtant, ces mêmes États-Unis ont interdit les importations de panneaux solaires chinois en 2024 sous prétexte de « subventions déloyales ». Le Maroc, lui, les achète en masse pour ses parcs éoliens. Double jeu ? Non, calcul.

Ce qui se passe, c’est que Rabat a compris une chose simple : les deux géants ont besoin de lui. Pas l’inverse. Les États-Unis veulent garder le Maroc comme porte d’entrée sur l’Afrique, malgré les tensions avec l’Algérie. La Chine, elle, cherche des terres à industrialiser avant que les coûts ne deviennent insupportables. Le Maroc est devenu un terrain de jeu où les règles s’écrivent au jour le jour.

Prenez l’exemple d’OCP Africa, le géant marocain des engrais. En 2022, il a signé un partenariat avec Sinochem pour construire une usine géante à Jorf Lasfar. Objectif : exporter vers l’Afrique subsaharienne. Problème : les États-Unis surveillent de près les exportations chinoises vers le continent, sous peine de sanctions. Résultat ? Les contrats se font en catimini, avec des clauses floues sur l’origine des fonds. Personne ne veut savoir d’où vient l’argent, tant que les usines tournent.

Et puis il y a l’affaire des terres rares. Le Maroc détient des réserves de cobalt et de lithium, deux métaux critiques pour les batteries. La Chine en a besoin pour ses voitures électriques. Les États-Unis aussi. Alors Rabat fait monter les enchères : il vend ses minerais à la Chine pour construire des usines, puis il exporte vers l’Europe sous étiquette « made in Morocco ». Un tour de passe-passe qui fait grincer les dents à Bruxelles.

Pourtant, ce n’est pas tout. Derrière les usines et les ports, il y a une autre guerre : celle des influenceurs. La Chine paie des campagnes de communication pour présenter ses investissements comme des « projets gagnant-gagnant ». Les États-Unis, eux, misent sur les accords militaires et les visites de haut niveau. Le Maroc n’a pas besoin de choisir. Il peut prendre des deux mains.

Mais attention, ce n’est pas sans risques. En 2023, des manifestations ont éclaté à Casablanca contre les conditions de travail dans les zones franches chinoises. Les salaires ? À peine au-dessus du SMIG. Les horaires ? 12 heures par jour. La Chine n’a pas la réputation d’être un modèle social. Si les États-Unis devaient un jour exiger des contreparties, sanctions contre la Chine, pression sur les droits de l’homme, le Maroc serait coincé. Entre les deux, il n’y a pas d’amis, que des partenaires d’un jour.

Alors, qui gagne vraiment ? Pas les ouvriers marocains, en tout cas. Pas encore. Pour l’instant, Rabat joue son va-t-en-guerre. Mais quand les deux géants se lasseront de financer son boom, ce sera lui qui devra payer la note.

Et ça, personne ne le dit encore.

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R Galaxie Rédaction

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