Le gouvernement fédéral veut vendre Marinvest à des investisseurs avant même d’avoir le consentement des Premières Nations concernées. Une stratégie risquée, selon Lucien Wabanonik, chef de la Nation anishnabe de Lac-Simon. Lui, il sait une chose : quand on ignore les peuples autochtones, les projets gaziers finissent souvent en impasse juridique, financière, et parfois en bras de fer violent. Pourtant, à Toronto, entre le 15 et le 16 novembre, le Sommet canadien de l’investissement va tenter de faire croire que Marinvest est un projet comme les autres. Sauf que non. Pas cette fois-ci.
Un projet qui sent le piège à investisseurs
Marinvest, c’est 160 projets présentés à Toronto, dont la plupart misent sur les énergies fossiles. Un choix étrange, vu que le Canada se vante de vouloir réduire ses émissions. Mais bon, les investisseurs, ça a toujours aimé le pétrole. Sauf que là, il y a un os : les Premières Nations. Sans leur accord, pas de projet. Pourtant, le gouvernement fédéral semble décidé à jouer les appâts avant même d’avoir les clés du terrain.
Lucien Wabanonik, lui, il a vu ça venir. Chef de la Nation anishnabe de Lac-Simon, il connaît les rouages des projets gaziers. Et il sait une chose : quand Ottawa court après les investisseurs avant les communautés, ça finit mal. « On nous parle de développement économique, mais personne ne nous demande notre avis », lance-t-il. Pourtant, selon la Loi sur les Indiens et la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, le consentement libre, préalable et éclairé est obligatoire. Sauf que dans les faits, ça ressemble souvent à une formalité.
Le Sommet de l’investissement, ou l’art de vendre du vent
À Toronto, entre les discours sur l’innovation et les promesses de croissance, Marinvest se présente comme un projet phare. Pourtant, les Premières Nations concernées ne sont même pas à la table des négociations. Et ça, c’est un problème. Pas seulement juridique, mais politique. Parce que quand une communauté autochtone dit non, les tribunaux ont souvent raison avec elle. Prenez l’exemple de Coastal GasLink en Colombie-Britannique : après des années de blocages et de recours, le projet avance à peine. Résultat ? Des milliards perdus, des investisseurs mécontents, et une réputation de pays ingérable.
Pourtant, le gouvernement fédéral semble déterminé à répéter les mêmes erreurs. En 2023, seulement 30 % des projets énergétiques impliquant des Premières Nations avaient obtenu leur consentement, selon un rapport de l’Office national de l’énergie. Les autres ? En attente, bloqués, ou en cours de litige. Marinvest pourrait bien rejoindre cette liste.
Un consentement qui pèse plus lourd qu’un chèque d’investisseur
Ce qui coince, c’est que les investisseurs ne voient pas toujours le risque. Pour eux, un projet gazier, c’est du cash. Pour les Premières Nations, c’est une question de territoire, d’eau potable, et parfois de survie. Lucien Wabanonik le résume bien : « On ne vend pas notre terre comme un terrain de golf. » Pourtant, à Toronto, personne ne semble écouter.
Le problème, c’est que les tribunaux, eux, écoutent. Et quand une Première Nation gagne un recours, comme ce fut le cas pour Wet’suwet’en contre le pipeline Coastal GasLink, les investisseurs se retrouvent avec des coûts imprévus. Des millions en pertes, des années de retard, et une réputation de pays où les droits autochtones ne sont pas respectés. Bref, un mauvais calcul.
Pourquoi le gouvernement fédéral prend-il ce risque ?
Plusieurs raisons. D’abord, la pression des lobbies pétroliers. Ensuite, l’urgence de trouver des investisseurs avant que les marchés ne se retournent contre les énergies fossiles. Mais surtout, il y a cette idée tenace que les Premières Nations finissent toujours par céder. Sauf que non. Pas cette fois.
Lucien Wabanonik est clair : « Si le gouvernement veut vraiment avancer, il doit d’abord nous écouter. Pas après. Pas en cours de route. Maintenant. » Mais à Toronto, entre les discours et les contrats signés en coulisses, personne ne semble prêt à ralentir.
Le vrai coût de l’impatience fédérale
Ce qui est sûr, c’est que Marinvest ne sera pas le dernier projet à se heurter à ce mur. D’ici 2030, plus de 40 % des projets énergétiques au Canada impliqueront des Premières Nations, selon une étude de McKinsey. Et sans leur accord, les risques sont immenses : retards, surcoûts, et parfois l’abandon pur et simple.
Le gouvernement fédéral joue avec le feu. Les investisseurs, eux, ne voient que les chiffres. Mais les Premières Nations, elles, elles savent une chose : quand on ignore leur consentement, c’est toute l’économie du projet qui s’effondre. Et cette fois, Marinvest pourrait bien en faire les frais.
La leçon de Lac-Simon
Lucien Wabanonik a une dernière mise en garde : « Les investisseurs peuvent partir. Nous, on reste. » À Toronto, personne ne semble avoir compris ce que ça veut dire. Dommage. Parce que dans l’histoire des projets gaziers au Canada, ceux qui ont ignoré les Premières Nations ont toujours fini par payer. En argent. En temps. Et parfois, en sang.
Et si Marinvest était juste un mauvais calcul ?
Pas besoin d’être devin pour voir que le gouvernement fédéral mise sur une variable trop risquée : le temps. Celui qu’il n’a pas. Celui que les Premières Nations, elles, elles prennent. Parce que leur terre, leur eau, leur avenir, ça ne se négocie pas en une soirée à Toronto. Ça se construit. Ou ça se détruit. Et pour l’instant, Marinvest semble sur la mauvaise voie.