Pourquoi Mamico lance un GIE pour femmes entrepreneures alors que Dakar étouffe déjà ?
À Dakar, le samedi dernier, Mamico a officiellement lancé son GIE Jeunes Femmes Entrepreneures. Objectif affiché : accompagner 260 femmes dans la création et la gestion de leurs entreprises. Sur le papier, c’est une bonne idée. Dans les faits, ça ressemble à une goutte d’eau dans un océan de problèmes.
Le Sénégal a un taux de chômage féminin qui frôle les 20 % (source : Banque Mondiale, 2023). Et parmi les entrepreneures, seulement 25 % survivent au-delà de trois ans (rapport AfDB, 2022). Mamico, avec son GIE, propose des formations, du mentorat, un réseau. Mais quand on voit les chiffres, on se demande : est-ce que ça suffit ?
Le GIE, une vitrine ou un vrai levier ?
Mamico mise sur trois piliers : l’accès au financement, la visibilité et le partage d’expériences. Problème : le financement reste le talon d’Achille. Selon une étude de l’OMPI, les femmes entrepreneures africaines obtiennent 3 fois moins de prêts bancaires que leurs homologues masculins. Mamico va-t-elle changer cette donne ?
Non. Pas seule.
Le GIE propose un fonds de garantie pour faciliter l’accès au crédit. Très bien. Mais les banques sénégalaises refusent encore 60 % des demandes de prêts des femmes (source : Agence de Promotion des PME, 2023). Alors oui, Mamico peut former, conseiller, mettre en réseau. Sans bouger les lignes bancaires, ça reste du cosmétique.
Et puis, 260 femmes sur quoi ? Dakar compte plus de 10 000 entrepreneures informelles (estimation INS, 2023). Le GIE en couvre à peine 2,6 %. C’est un début, mais c’est aussi une goutte d’eau.
Ce que personne ne dit sur l’entrepreneuriat féminin à Dakar
Les discours officiels parlent d’autonomisation, de résilience, de modèles inspirants. La réalité ? Les femmes entrepreneures à Dakar galèrent sur trois fronts :
-
Le marché. Les secteurs porteurs (tech, agroalimentaire, énergie) sont dominés par les hommes. Une femme qui veut lancer une startup dans la fintech à Dakar se heurte à un écosystème où 90 % des investisseurs sont des hommes (enquête AfricInvest, 2023). Mamico forme, mais elle ne casse pas ce plafond de verre.
-
La charge mentale. 70 % des entrepreneures sénégalaises gèrent encore leur entreprise tout en assumant les tâches domestiques (étude UN Women, 2022). Le GIE parle de réseautage, mais personne ne leur offre 10 heures de plus dans la journée.
-
La fiscalité. Les femmes en auto-entrepreneurat paient des taxes deux fois plus lourdes que les hommes sur les mêmes revenus (rapport Transparency International Sénégal). Mamico peut former à la gestion, mais elle ne peut pas faire baisser les impôts.
Le vrai problème : Mamico joue-elle le jeu des institutions ?
Le GIE est une belle initiative. Mais est-ce que Mamico évite soigneusement les sujets qui fâchent ?
-
Le harcèlement. 40 % des entrepreneures sénégalaises déclarent avoir subi du harcèlement sexuel dans leur parcours (enquête Femmes Africa Solidarité). Mamico en parle-t-elle ? Non. Elle préfère axer son discours sur l’entrepreneuriat comme solution.
-
Les partenariats douteux. Certains GIE au Sénégal ont été accusés de détourner des fonds publics sous couvert d’accompagnement féminin. Mamico est-elle transparente sur ses financements ? Les comptes ne sont pas publics.
-
L’internationalisation. Mamico forme à la vente locale. Mais les femmes qui veulent exporter se heurtent à des barrières douanières bien plus lourdes que leurs homologues masculins (rapport OCDE, 2023). Le GIE en a-t-il conscience ? Silence radio.
Alors, Mamico change-t-elle la donne ?
Non. Pas seule.
Le GIE est un outil. Mais l’entrepreneuriat féminin à Dakar ne décollera vraiment que si :
- Les banques arrêtent de discriminer (et pas seulement sur le papier).
- L’État simplifie les procédures pour les micro-entreprises féminines (aujourd’hui, une femme met 3 fois plus de temps qu’un homme à créer son entreprise, selon Doing Business).
- Les investisseurs arrêtent de mettre 90 % de leur argent dans des startups masculines.
Mamico fait sa part. Mais sans pression sur ces leviers-là, son GIE restera un joli projet… sans impact massif.
La vraie question, c’est : Mamico veut-elle vraiment un changement systémique, ou juste une bonne image ?
Les actes répondront bien plus que les communiqués de presse.