Pourquoi Bank Al-Maghrib refuse toujours de bouger son taux directeur ?
En juin dernier, le Conseil de Bank Al-Maghrib (BAM) a maintenu son taux directeur à 2,25 %, comme depuis mars 2025. Pourtant, mercredi, la banque centrale a divisé par deux sa prévision d’inflation pour 2026, passant de 3,2 % à 1,6 %. Un virage à 180 degrés, mais qui ne change rien à la politique monétaire. Pourquoi ?
D’abord, parce que les chiffres officiels mentent un peu. L’inflation sous-jacente, celle qui exclut les produits volatils comme les fruits et légumes, reste au-dessus de 2 % depuis des mois. 1,6 % en 2026 ? À moins d’un krach des prix de l’énergie ou d’une déflation surprise, c’est du pipeau. BAM joue avec les mots.
Mais surtout, la banque centrale a peur. Peur des marchés financiers, peur des banques commerciales, peur de déclencher une crise immobilière. Or, le Maroc n’a pas les moyens de se payer une bulle qui éclate.
Le piège des taux élevés : un frein à l’économie réelle
Depuis 2022, Bank Al-Maghrib a serré la vis pour lutter contre l’inflation post-Covid et post-guerre en Ukraine. Résultat : les taux ont grimpé jusqu’à 3 % en 2023, avant de redescendre à 2,25 % en 2025. Problème : les entreprises marocaines, surtout les PME, étouffent. Les crédits sont chers, les investissements se raréfient, et la croissance traîne.
Prenez le cas de l’industrie automobile, un pilier de l’économie marocaine. Renault et Stellantis ont déjà ralenti leurs recrutements ces six derniers mois. Pourquoi ? Parce que les coûts de financement des usines et des stocks explosent. BAM le sait. Pourtant, elle garde son taux directeur comme si de rien n’était.
La vraie question, c’est : jusqu’à quand ?
Les marchés ferment les yeux, mais pas les économistes
Les bourses marocaines, elles, s’en fichent. L’indice Masi a progressé de plus de 10 % depuis le début de l’année, porté par les valeurs technologiques et les introductions en Bourse. Les actionnaires kiffent. Mais les citoyens, eux, paient la note.
Exemple concret : le coût moyen d’un crédit immobilier au Maroc a augmenté de 40 % depuis 2021, selon les données de la Confédération nationale du crédit immobilier (CNCI). Résultat : les primo-accédants reportent leur achat, le marché se tend, et les promoteurs commencent à baisser leurs prix. Bref, ça part en couilles.
Pourtant, personne ne bronche. Pas les médias, pas les politiques, pas même Aziz Rabbah, le gouverneur de BAM. Pourquoi ? Parce que laisser tomber les taux, c’est admettre que la politique monétaire a échoué. Et ça, personne n’a envie de le dire.
Ce que cache la stagnation des taux
Derrière cette inertie, il y a une stratégie. Une stratégie risquée, mais qui a du sens dans un contexte géopolitique tendu.
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Le Maroc mise sur le tourisme et les IDE. Avec des taux élevés, les investisseurs étrangers se disent : « Ici, c’est stable, on peut prêter sans trop de risques. » Résultat : les entrées de devises restent solides.
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La dirham reste forte. Une monnaie forte, c’est bien pour les importateurs (pétrole, blé, médicaments), mais c’est une catastrophe pour les exportateurs. Les industries locales, déjà fragilisées, étouffent.
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Bank Al-Maghrib attend que l’inflation s’effondre toute seule. Problème : si les prix baissent trop vite, on bascule en déflation. Et là, c’est la galère. Les ménages reportent leurs achats en espérant des prix encore plus bas, les entreprises licencient, et l’économie s’effondre comme un château de cartes.
BAM joue à pile ou face.
Et si la réalité rattrapait les prévisions ?
Les dernières données de l’Office des changes montrent que les réserves de devises du Maroc ont fondu de 15 % depuis 2023. 120 milliards de dirhams en moins. Ça, c’est un vrai problème.
Si Bank Al-Maghrib baisse enfin son taux directeur d’ici fin 2024, ce sera trop tard pour relancer la croissance, mais peut-être à temps pour éviter une crise de liquidités.
Sauf si… Sauf si les marchés décident que le Maroc n’est plus assez fiable. Et là, adieu les investissements, bonjour la récession.
Alors, BAM attend quoi ?
La réponse est simple : elle attend que les autres bougent d’abord. La Fed aux États-Unis, la BCE en Europe. Si elles baissent leurs taux, le Maroc suivra. Mais si elles hésitent ? Alors le Maroc sera le dernier à danser.
Et dans ce cas-là, la musique pourrait s’arrêter avant la fin de la soirée.
La dernière carte de Bank Al-Maghrib
Il reste une option : laisser filer l’inflation pour de bon. 1,6 % en 2026 ? Peut-être. Mais à quel prix ?
Si les prix baissent trop vite, les salaires ne suivront pas. Les retraites non plus. Et les inégalités exploseront.
Le vrai choix de BAM, c’est entre deux maux :
- Soit elle baisse les taux maintenant et risque une crise immobilière et bancaire.
- Soit elle attend encore, et risque une récession plus profonde.
Personne ne gagne. Sauf peut-être les actionnaires des grandes banques, qui continuent de toucher leurs dividendes… tandis que le reste du pays étouffe.