Le Vietnam attire, mais les investisseurs fuient déjà ailleurs quand ça coince
En huit mois, les IDE ont atteint 35,2 milliards de dollars (source : General Statistics Office, septembre 2026). Un record. Sauf que Samsung, qui a injecté 17 milliards dans son usine de Huế en 2023, commence à menacer de délocaliser une partie de sa production vers l’Inde. Pourquoi ? Parce que les délais douaniers doublent depuis 2025, et que les promesses de zones économiques spéciales restent des vœux pieux.
Et ce n’est pas un cas isolé. Intel a gelé un projet de 15 milliards dans le nord du pays après que des fonctionnaires locaux aient exigé des pots-de-vin pour accélérer les permis. Officiellement, Hanoi nie. Officieusement, les rumeurs courent dans les couloirs de Ho Chi Minh-Ville.
Le problème ? Le Vietnam mise tout sur l’attractivité, mais ignore l’essentiel : un investisseur qui arrive avec des milliards ne repart pas avec des excuses. Il repart avec ses machines.
Les réformes ? Un décor de théâtre
Le gouvernement vante ses « progrès structurels » : simplification des visas, réduction des taxes à l’export, partenariats avec le Japon et la Corée. Sur le papier, c’est impeccable. Dans les faits, les bureaucrates vietnamiens excellent dans l’art de faire traîner les dossiers.
Prenez l’exemple de VinFast, le géant local des véhicules électriques, qui a dû négocier pendant 18 mois pour obtenir des subventions à l’export. Résultat ? La moitié de ses usines tournent à moitié vide, faute de pièces détachées bloquées aux frontières. Pourtant, le Premier ministre Pham Minh Chinh répète à l’envi : « Le Vietnam est prêt pour l’industrie 4.0. » Prêt, oui. Mais pas pour les investisseurs pressés.
Et puis il y a les contrats fantômes. Une enquête de Reuters en 2025 a révélé que 12 % des IDE déclarés concernaient des sociétés écrans enregistrées dans des paradis fiscaux. Personne ne sait où va l’argent. Personne ne contrôle. Juste des chiffres qui gonflent les statistiques.
Ce que les marchés ferment les yeux
Les banques internationales adorent le Vietnam. Les fonds souverains aussi. Pourquoi ? Parce que les salaires y sont bas, les coûts de production encore compétitifs, et que la Chine fait peur. Sauf que personne ne parle des externalités.
- La pollution : À Haïphong, les usines de textiles de Samsung et LG rejettent des eaux usées non traitées dans la baie. Les pêcheurs locaux meurent de cancers, mais les rapports officiels classent l’air « dans les normes ».
- Les conditions de travail : Une gréviste de Foxconn, qui produit des iPhone pour Apple, a été licenciée après avoir dénoncé des heures supplémentaires non payées. Foxconn a nié. Les médias d’État aussi.
- La dépendance aux matières premières : Le Vietnam importe 90 % de ses puces électroniques de Taïwan et de Corée. Si un conflit éclate, c’est toute la chaîne qui s’effondre. Personne ne semble s’en soucier.
Le pire ? Les investisseurs savent tout ça, mais ils investissent quand même. Parce qu’au final, le Vietnam reste moins cher que le Bangladesh, moins instable que l’Ukraine, et moins risqué que l’Afrique. C’est ça, la vraie raison des records de 2026 : la peur du pire ailleurs.
2027, l’année où tout bascule ?
D’ici un an, deux scénarios possibles :
- Le Vietnam accélère les réformes, et là , il faudrait qu’il licencie des milliers de fonctionnaires corrompus, qu’il arrête de mentir sur la pollution, et qu’il donne des droits réels aux syndicats. Mission impossible.
- Les investisseurs réalisent que les promesses ne valent rien, et là , ce sera la fuite en avant. Vers l’Inde, l’Indonésie, ou pire : le retour en Chine malgré les tensions.
Le vrai danger ? Que personne ne voit le piège se refermer. Les chiffres montent, les médias s’extasient, et les politiques serrent les poings en disant « On y est presque ». Sauf qu’on n’y est jamais.
La qualité avant la quantité, ou comment se tirer une balle dans le pied
Le Vietnam a compris une chose : les IDE, ce n’est pas que des milliards qui entrent. C’est des emplois qui restent, des technologies qui se transfèrent, des retombées qui profitent au pays. Pas des usines qui montent et qui descendent comme des manèges.
Pourtant, personne ne parle de ça. Personne ne dit : « Et si on exigeait que 30 % des bénéfices restent dans le pays ? » Personne ne propose de taxer les profits des multinationales pour financer les hôpitaux et les écoles. Parce que ça fâche.
Résultat ? Le Vietnam continue à jouer les appâts à capitaux, sans jamais se demander ce que ces capitaux rapportent vraiment.
En 2027, si rien ne change, les 35 milliards de dollars de 2026 seront juste un gros chiffre dans un rapport. Et les Vietnamiens, eux, paieront la note.
La dernière question que personne ne pose
Quand est-ce que le Vietnam arrêtera de courir après les investisseurs pour commencer à les faire travailler ?
Pas dans cinq ans. Pas dans dix ans. Jamais, si les choses continuent comme ça.