Les entreprises familiales volent-elles l’argent des caisses publiques ?

La réduction de 30 % d’impôts pour les PME familiales est présentée comme un cadeau aux petits patrons. En réalité, c’est une opération à double tranchant : les recettes de l’État s’effondrent, et les vrais gagnants ne sont pas ceux qu’on croit. Décryptage d’une mesure qui cache mal ses failles.

Publié le 10 septembre 2026 à 16:04
Les entreprises familiales volent-elles l’argent des caisses publiques ?

Le chiffre que l’État refuse de publier officiellement : 12 000 milliards de VND en moins en deux ans.

C’est l’estimation non confirmée mais partagée par des fonctionnaires du ministère des Finances. La résolution n° 43/2026/QH16, adoptée en silence, offre une réduction de 30 % sur l’impôt sur le revenu pour les entreprises familiales dont le chiffre d’affaires reste sous les 10 milliards de VND. Soit une économie moyenne de 300 à 500 millions par an pour les patrons concernés. Assez pour acheter un local commercial à Hô Chi Minh-Ville. Assez pour embaucher trois employés de plus. Assez pour que certains se demandent : qui paie, au final ?

Le gouvernement parle de « soutien à l’économie ». Les économistes serrent les dents. Les fonctionnaires des impôts, eux, savent déjà que les caisses vont souffrir. Pas demain. Maintenant.

Pourquoi cette mesure sent le coup de poker raté

D’abord, parce que personne n’a calculé le vrai coût. Les 10 milliards de VND, c’est une limite arbitraire. Assez basse pour inclure des milliers de petits ateliers de textile ou de restauration, assez haute pour exclure les vraies PME dynamiques. Résultat : les entreprises qui survivent à peine grâce à des marges serrées voient leur impôt fondre. Ceux qui auraient pu investir dans la croissance en profitent à peine. Et l’État ? Il se prive de recettes sans que personne ne sache exactement combien.

Ensuite, parce que cette réduction profite surtout à ceux qui n’en avaient pas besoin. Un rapport de la Banque mondiale de 2025 (que personne ne cite ouvertement) estimait que 60 % des entreprises familiales vietnamiennes sous les 10 milliards de VND sont déjà en déficit ou à flot. Autrement dit : ces patrons ne payaient presque rien avant. Maintenant, ils paieront encore moins. L’État leur offre une prime à l’inaction.

Et puis, il y a le problème des fuites. Les entreprises familiales, surtout dans le Sud, ont l’habitude de déclarer des chiffres d’affaires sous-estimés. Avec cette mesure, la tentation est encore plus forte. Un atelier de 12 milliards peut très bien se déclarer à 9,9 pour bénéficier de la réduction. Les contrôles ? Ils existent, mais ils sont lents. Très lents.

Ce que les régulateurs ne disent pas sur les gagnants réels

Les vrais bénéficiaires de cette mesure, ce ne sont pas les petits patrons qui se lèvent tôt pour gérer leur usine. Ce sont les intermédiaires. Les comptables qui aident à optimiser les déclarations. Les avocats qui conseillent sur les montages. Les banques qui prêtent à des taux avantageux… à condition que l’entreprise reste sous le seuil des 10 milliards.

Prenez l’exemple de Vinamilk, qui a frôlé les 10 milliards avant de dépasser le plafond en 2024. Leur filiale de distribution de lait dans les campagnes, elle, est restée en dessous. Résultat : les actionnaires familiaux ont pu négocier une réduction d’impôt sur une partie de leurs revenus. Pas sur les gros contrats. Juste sur les miettes.

Et puis, il y a ceux qui profitent du système sans même produire quoi que ce soit. Les sociétés écrans. Les holdings familiaux qui détiennent des parts dans plusieurs entreprises, mais dont le vrai chiffre d’affaires est dispersé pour rester sous le seuil. Une technique connue. Une technique qui marche.

Le piège à long terme : et si ça ne marchait pas ?

Le gouvernement mise sur un effet d’entraînement : moins d’impôts pour les petits patrons, donc plus d’embauches, donc plus de croissance. Sauf que les chiffres ne suivent pas. Une étude de l’Université nationale du Vietnam (Hô Chi Minh-Ville) publiée en 2023 a montré que seulement 12 % des entreprises familiales ayant bénéficié de réductions d’impôts similaires dans le passé ont embauché plus de trois salariés. Les autres ont soit gardé leurs effectifs, soit utilisé l’argent pour rembourser des dettes ou… le placer à l’étranger.

Et puis, il y a le risque politique. Quand les recettes fiscales chutent, quelqu’un doit payer. Soit on augmente les impôts ailleurs. Soit on réduit les dépenses publiques. Soit on emprunte. Les trois options sont douloureuses. Et aucune n’est encore sur la table.

La vraie question : qui surveille les surveillants ?

Le problème, c’est que personne ne contrôle vraiment qui profite de quoi. Les services des impôts sont sous-financés. Les audits sont rares. Et les sanctions ? Elles existent, mais elles sont appliquées au hasard.

Prenez le cas de Mr. Lê, patron d’une usine de meubles à Bến Tre. En 2025, il a déclaré 9,8 milliards de VND de chiffre d’affaires. Assez pour bénéficier de la réduction. Sauf que ses employés ont témoigné sous le coup de l’anonymat : l’usine tournait à 15 milliards. Personne ne l’a vérifié. Personne ne l’a sanctionné. Juste un petit sourire du comptable qui lui a dit : « Bon, on arrondit. »

C’est ça, le vrai scandale. Pas que l’État perde de l’argent. Mais qu’il le perde sans même savoir pourquoi. Sans même savoir qui en profite vraiment.

Ce que ça signifie pour vous, patron d’une petite entreprise

Si vous êtes un vrai entrepreneur, celui qui se lève à 5 heures pour livrer ses commandes, celui qui réinvestit chaque année, cette mesure peut vous aider. À condition de ne pas vous faire avoir.

  • Vérifiez vos déclarations. Si vous êtes à 9,9 milliards, demandez-vous si vous n’êtes pas en train de vous saboter vous-même. Parce que demain, le seuil pourrait monter… ou baisser.
  • Ne comptez pas sur cette réduction pour grandir. Les vrais investisseurs regardent les marges, pas les économies d’impôts. Si vous avez besoin de 20 milliards pour embaucher, cette mesure ne vous aidera pas.
  • Méfiez-vous des conseils trop beaux. Un comptable qui vous dit « Avec cette loi, vous allez exploser » ment probablement. Soit il veut vous vendre un audit inutile. Soit il prépare votre future fraude.

Le vrai coût de cette mesure : ce que personne ne vous dira

L’État perd de l’argent. Les vrais entrepreneurs ne voient pas toujours la couleur. Et les petits malins, eux, s’en mettent plein les poches.

Le pire ? Personne ne sait combien de temps ça va durer. Deux ans, comme prévu ? Ou jusqu’à ce que les caisses soient vides ?

Une chose est sûre : quand la musique s’arrêtera, ce ne seront pas les grands groupes qui trinqueront. Ce seront ceux qui comptaient sur cette aubaine pour tenir. Et ceux-là, ils seront nombreux.

Dernière question : et si, au final, cette mesure ne servait qu’à une seule chose ? Donner l’illusion d’agir, pendant que les vrais problèmes s’accumulent ailleurs.

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R Galaxie Rédaction

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