Le Zimbabwe joue avec le feu en enterrant le dollar

Harare veut imposer son ZiG d'ici 2030, mais la Banque mondiale sonne l'alerte : une dédollarisation trop rapide, c'est l'effondrement garanti. Pourquoi personne ne veut écouter ?

Publié le 8 septembre 2026 à 14:59
Le Zimbabwe joue avec le feu en enterrant le dollar

Le ZiG, ou comment le Zimbabwe recommence à zéro sans le savoir

En avril 2024, le Zimbabwe a lancé le ZiG, sa nouvelle monnaie adossée à l’or. Une idée simple : remplacer le dollar américain, cette relique qui traîne depuis 2009, quand le pays a abandonné sa propre monnaie, le dollar zimbabwéen, devenu aussi utile qu’un ticket de métro à Pyongyang. Sauf que cette fois, Harare mise sur l’or pour éviter le désastre. Problème : la Banque mondiale vient de balancer un seau d’eau glacée sur le projet. Dans un rapport publié le 4 septembre, elle prévient que la dédollarisation totale d’ici 2030, c’est comme sauter d’un gratte-ciel en espérant atterrir sur un matelas d’air. Résultat ? Fuite des capitaux, marché noir qui explose, et adieu la stabilité chèrement acquise depuis un an.

Pourquoi le ZiG est un pari aussi risqué qu’un casino à Las Vegas géré par un débutant

Le Zimbabwe n’a pas oublié 2008. Cette année-là, le dollar zimbabwéen s’est effondré : en quelques mois, l’inflation a frôlé les 100 000 % par an. Les prix doublait toutes les semaines. Les gens achetaient des sacs de billets pour faire leurs courses. Les salaires ? Une blague. Aujourd’hui, le ZiG est censé être différent. Il est adossé à l’or, avec un taux de change fixe : 1 once d’or = 1 ZiG. Sur le papier, c’est solide. Dans la réalité, ça dépend de trois choses : la confiance des gens, la capacité de l’État à contrôler l’inflation, et… les marchés. Or, la Banque mondiale rappelle un détail gênant : le Zimbabwe n’a pas les réserves en or pour couvrir toutes les dépenses publiques. Même avec l’aide de la Chine et de la Russie, qui ont prêté main-forte ces dernières années, Harare reste à la merci d’une panique bancaire.

La fuite des capitaux, ce spectre qui hante Harare depuis 2000

Quand un pays veut se débarrasser du dollar, deux scénarios se jouent. Le premier, idéal : les investisseurs restent, les entreprises continuent à utiliser la nouvelle monnaie, et tout le monde y gagne. Le second, cauchemar : les capitaux fuient comme de l’eau dans un bateau troué. C’est exactement ce qui s’est passé en 2000, quand le Zimbabwe a tenté de réintroduire sa propre monnaie après des années de dépendance au dollar. Résultat ? Les prix ont explosé, les entreprises ont fermé, et des millions de gens sont partis. Aujourd’hui, la Banque mondiale tire la sonnette d’alarme : si le ZiG est imposé trop vite, les entreprises et les particuliers vont se rabattre sur des devises plus sûres, comme le dollar américain ou l’euro. Et là, c’est la spirale. Moins de dollars en circulation = moins de liquidités = inflation galopante. Bref, le Zimbabwe se tire une balle dans le pied.

Le marché noir, ce miroir déformant de l’échec

Prenez le marché parallèle des changes. Officiellement, 1 dollar = 1 ZiG. Officieusement ? À Harare, en septembre 2024, on trouve encore des taux à 3,5 ZiG pour 1 dollar. Pourquoi ? Parce que personne ne croit vraiment à cette monnaie. Les commerçants, les petits entrepreneurs, tout le monde garde une partie de ses revenus en dollars, au cas où. Et quand l’État impose le ZiG de force, deux choses se passent : 1) ceux qui ont des dollars les cachent ou les envoient à l’étranger ; 2) ceux qui n’en ont pas se retrouvent avec une monnaie qui perd de sa valeur à vue d’œil. C’est exactement ce qui s’est passé en 2008, et personne ne veut revivre ça.

Pourquoi la Banque mondiale a raison, et pourquoi Harare fait semblant de ne pas entendre

La Banque mondiale n’est pas là pour faire plaisir. Elle dit ce que tout le monde pense mais n’ose pas dire : le Zimbabwe n’est pas prêt. Pas prêt économiquement, pas prêt politiquement, pas prêt mentalement. Le pays a besoin de temps. Il faut d’abord stabiliser le ZiG, puis élargir son usage progressivement. Pas en 2030, mais en 2025, 2026, quand les gens auront confiance. Aujourd’hui, Harare agit comme un joueur de poker qui mise toutes ses fiches sur une seule carte. Sauf que cette fois, la banque ne va pas lui prêter plus d’argent.

Le vrai problème, c’est la confiance, ou son absence

Le ZiG, c’est comme un enfant nouveau-né : il a besoin de soins, de patience, et surtout, de ne pas être forcé à marcher avant l’heure. Le Zimbabwe a déjà prouvé qu’il pouvait se stabiliser, même brièvement. En 2019, après des années de chaos, le pays avait réussi à calmer l’inflation en utilisant une basket de monnaies, dont le dollar. Mais aujourd’hui, l’État veut tout contrôler. Problème : sans confiance, même une monnaie adossée à l’or ne vaut pas grand-chose. Et quand les gens n’ont plus confiance, ils se tournent vers ce qu’ils connaissent : le dollar. Ou pire, ils sortent tout simplement leur argent du pays.

La Chine et la Russie jouent les pompiers pyromanes

Harare n’est pas seul dans cette aventure. La Chine et la Russie, deux pays qui n’ont pas la réputation d’être des modèles de transparence économique, soutiennent le projet. Pékin a déjà investi des milliards dans les mines zimbabwéennes, et Moscou voit d’un bon œil un pays africain qui se détache de l’influence occidentale. Sauf que ces deux-là ne sont pas là pour aider le Zimbabwe à se reconstruire. Ils sont là pour leurs intérêts. Et si le ZiG s’effondre, ce ne sont pas les Zimbabwéens qui paieront les pots cassés, mais les actionnaires chinois et russes. Une fois de plus, le peuple trinque.

2030, l’échéance qui sent le roussi

Le gouvernement zimbabwéen a fixé une date : 2030. D’ici là, le ZiG doit être la seule monnaie utilisée dans le pays. Problème : entre aujourd’hui et 2030, il peut se passer n’importe quoi. Une crise politique, une chute des prix de l’or, une nouvelle panique bancaire… Et si le ZiG s’effondre avant d’avoir eu le temps de s’imposer ? Personne ne veut en parler, mais c’est une possibilité. La Banque mondiale le dit clairement : une dédollarisation trop rapide, c’est comme allumer un feu de forêt en pensant que ça va juste griller quelques feuilles.

Ce que personne ne dit à Harare

Le vrai danger, ce n’est pas le ZiG en soi. C’est la précipitation. Le Zimbabwe a déjà perdu 20 ans à jouer avec le feu. Aujourd’hui, il recommence. Sauf que cette fois, il n’a pas les marges de manœuvre d’avant. Les réserves en or ? Limitées. Les partenaires étrangers ? Volatils. La confiance des marchés ? En lambeaux. Et le temps ? Il file.

La leçon de 2008, que personne ne veut apprendre

En 2008, le Zimbabwe a cru pouvoir contrôler l’inflation avec des lois. Résultat : hyperinflation, famine, exode massif. Aujourd’hui, Harare croit pouvoir imposer le ZiG par décret. Sauf que les lois et les décrets ne remplacent pas la confiance. Et sans confiance, même une monnaie adossée à l’or ne vaut pas tripette.

Pourquoi la Banque mondiale a raison, et pourquoi on ne l’écoute pas

La Banque mondiale n’est pas une organisation parfaite. Elle a ses biais, ses erreurs, ses intérêts cachés. Mais sur ce coup-là, elle a raison. Le Zimbabwe n’est pas prêt. Pas prêt pour une dédollarisation totale, pas prêt pour un calendrier aussi serré. Et surtout, pas prêt à assumer les conséquences si ça tourne mal. Parce que quand ça tourne mal, ce sont toujours les mêmes qui paient : les petits commerçants, les ouvriers, les retraités. Pas les dirigeants, pas les investisseurs étrangers, pas les amis chinois ou russes.

Le ZiG, ou l’art de recommencer à zéro sans rien apprendre

Le Zimbabwe a déjà connu ça. Deux fois, même. D’abord avec le dollar zimbabwéen, puis avec le dollar américain. Aujourd’hui, c’est le ZiG. Une nouvelle monnaie, un nouveau pari, une nouvelle illusion. Sauf que cette fois, les enjeux sont plus grands. Parce que cette fois, personne ne viendra sauver le pays. Pas la Banque mondiale, pas le FMI, pas les grands pays riches. Juste la Chine et la Russie, qui riront en silence si tout s’effondre.

2030, l’année où le Zimbabwe pourrait tout perdre, encore

D’ici 2030, beaucoup de choses peuvent changer. Le prix de l’or peut monter, la confiance peut revenir, les investissements peuvent affluer. Mais une chose est sûre : si le Zimbabwe continue sur cette voie, il risque de recommencer la même erreur. Et cette fois, il n’y aura pas de planche de salut.

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R Galaxie Rédaction

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