1,2 milliard de barils par jour, et personne ne bronche
Le Venezuela a les plus grosses réserves de pétrole au monde. 303 milliards de barils, selon l’OPEP. Assez pour faire pâlir l’Arabie saoudite. Pourtant, en 2024, le pays produit à peine 800 000 barils par jour. Moins qu’en 1945. Moins qu’en 2002, quand le pays était déjà en crise. Et surtout, moins que ce que les États-Unis estiment nécessaire pour relancer leur propre machine énergétique.
Pourquoi ce chiffre ? Parce que c’est celui que vise Washington. Pas pour sauver l’économie vénézuélienne, non. Pour faire baisser les prix à la pompe avant les élections américaines. Trump l’a dit, à sa manière : « On va leur faire pomper du pétrole comme jamais. » Traduction : le Venezuela va redevenir un fournisseur docile, et tant pis si ça signifie brader ses ressources à des multinationales américaines.
Et les contrats signés ces dernières semaines ? Ils parlent d’eux-mêmes. Chevron, ExxonMobil, Halliburton, les mêmes qui ont quitté le pays il y a vingt ans sous la pression des sanctions, reviennent en force. Avec des clauses qui feraient rougir un banquier véreux. Les royalties ? Entre 1% et 5%. Là où l’Arabie saoudite prend 20%. Là où même le Texas impose 12%. Le Venezuela, lui, se contente de miettes.
Pourquoi Maduro accepte ? Parce qu’il n’a pas le choix. Les sanctions américaines ont asphyxié son économie. L’inflation dépasse 2000%. Les Vénézuéliens fuient par millions. Alors oui, il signe. Mais à quel prix ? Celui d’une souveraineté déjà bien entamée.
Les États-Unis jouent les médiateurs, mais c’est une mascarade
Officiellement, Washington se présente comme le grand arbitre. « Nous facilitons le dialogue », disent-ils. En réalité, ils dictent les règles. Les accords signés ces dernières semaines ? Tous passés sous leur patronage. Comme si le Venezuela était un protectorat, pas un État souverain.
Prenez l’exemple de Chevron. En 2022, les États-Unis ont levé partiellement les sanctions pour permettre à l’entreprise de reprendre ses activités. En échange ? Chevron s’engage à ne pas verser un dollar à l’État vénézuélien. Tout l’argent va sur des comptes bloqués aux États-Unis. Maduro n’y a pas accès. Il ne peut même pas payer ses fonctionnaires avec.
Et les autres compagnies ? Même schéma. ExxonMobil et Halliburton négocient directement avec le département d’État américain, pas avec Caracas. Les contrats sont rédigés en anglais, soumis à la loi de New York. Le Venezuela n’a plus son mot à dire.
Pourtant, personne ne crie au scandale. Pourquoi ? Parce que tout le monde y trouve son compte. Les États-Unis sécurisent leur approvisionnement. Les multinationales font des profits monstres. Et Maduro ? Il garde son fauteuil. Pour l’instant.
Ce qui se cache derrière les « investissements »
Les communiqués parlent d’« investissements massifs ». En réalité, c’est une opération de pillage déguisée. Les entreprises américaines ne viennent pas pour développer le pays. Elles viennent pour extraire, vite et pas cher.
Prenez le champ pétrolifère de Perla, dans le golfe du Venezuela. ExxonMobil y a obtenu des droits d’exploitation pour 30 ans. Le contrat prévoit une production de 500 000 barils par jour d’ici 2026. Le problème ? Le Venezuela n’a pas les infrastructures pour traiter autant de brut. Résultat : Exxon va construire ses propres pipelines, ses propres raffineries. Tout sera contrôlé par eux. L’État vénézuélien n’aura même pas accès aux données de production.
Et les emplois ? On vous a promis des milliers de postes. En réalité, les compagnies américaines amènent leurs propres travailleurs. Les Vénézuéliens, eux, se contenteront des miettes : quelques centaines d’emplois précaires, mal payés. Comme à l’époque de la Standard Oil, au début du XXe siècle.
Pourtant, Maduro présente ça comme une victoire. « Le Venezuela est de retour sur la scène internationale », a-t-il déclaré. Sauf que ce retour se fait à genoux. Et que personne, dans la presse internationale, ne semble s’en émouvoir.
Pourquoi personne ne parle des conséquences
Parce que c’est plus simple de fermer les yeux. Les États-Unis ont besoin de pétrole bon marché. L’Europe aussi, d’ailleurs. Alors on fait semblant de croire que ces accords sont une bonne nouvelle. Que le Venezuela va s’en sortir. Que Maduro est un partenaire fiable.
Sauf que la réalité est moins rose. Ces contrats ne vont pas sauver l’économie vénézuélienne. Ils vont la saigner un peu plus. Les multinationales vont pomper le pétrole, empocher les profits, et laisser le pays exsangue. Comme elles l’ont fait en Irak. Comme elles l’ont fait au Nigeria. Comme elles le font partout où les États sont trop faibles pour résister.
Et les Vénézuéliens, dans tout ça ? Ils continueront à fuir. Par millions. Vers la Colombie, le Brésil, les États-Unis. Parce que leur pays, lui, ne leur appartient plus. Il appartient à Chevron. À Exxon. À Trump. À une poignée de bureaucrates qui signent des contrats dans des bureaux climatisés, loin des bidonvilles de Caracas.
Le vrai gagnant ? Pas celui qu’on croit
Officiellement, tout le monde est content. Les États-Unis ont sécurisé leur approvisionnement. Maduro a sauvé sa peau. Les multinationales font des profits records. Pourtant, il y a un perdant. Un perdant qui ne dit rien. Qui ne manifeste pas. Qui ne vote pas.
Ce perdant, c’est l’environnement.
Le Venezuela a les réserves de pétrole les plus sales au monde. Des sables bitumineux, des gisements offshore, des champs qui nécessitent des techniques d’extraction ultra-polluantes. Et avec ces nouveaux contrats, les compagnies américaines vont pouvoir les exploiter sans aucune régulation. Sans se soucier des marées noires. Sans se soucier des émissions de CO2. Sans se soucier de rien, en fait.
Pourquoi ? Parce que le Venezuela n’a plus les moyens de faire respecter ses propres lois. Parce que Maduro a besoin de cash, et vite. Parce que les États-Unis ferment les yeux, tant que le pétrole coule.
Résultat ? Dans dix ans, le Venezuela sera un pays encore plus pauvre. Encore plus pollué. Encore plus dépendant. Et personne ne s’en souviendra. Parce que le pétrole, lui, aura déjà été brûlé.
La dernière question qu’on devrait se poser
Est-ce que ça aurait pu se passer autrement ? Bien sûr. Le Venezuela aurait pu négocier des contrats plus équitables. Il aurait pu exiger des royalties plus élevées. Il aurait pu imposer des clauses environnementales. Il aurait pu, au moins, essayer.
Mais non. Parce que quand un pays est à genoux, il ne négocie pas. Il signe. Et il espère que personne ne remarquera.
Sauf que cette fois, quelqu’un a remarqué. Vous.