20 milliards de dollars, un coup de poker qui sent le désespoir
Le chiffre est là, sec, sans fioritures : 20 milliards de dollars. C’est le montant des produits américains que le Canada va taxer à partir de ce mardi, en réponse aux droits de douane imposés par Trump en juin dernier. Pas une réaction molle, donc. Pas un geste symbolique. Une vraie claque économique, calculée pour faire mal. Sauf que personne, ou presque, ne croit vraiment que ça va changer quoi que ce soit. Pas même les Canadiens.
Pourquoi ? Parce que les États-Unis, sous Trump ou Biden, ont une seule réponse à ce genre de provocation : enfoncer le clou. Et cette fois, avec des arguments bien plus lourds que des barrières douanières. Le Canada mise sur la dépendance économique américaine, les voitures, l’agriculture, les ressources naturelles. Sauf que Washington a déjà montré qu’il pouvait se passer de tout ça. En 2018, Trump avait menacé de taxer les voitures canadiennes. Résultat ? Les usines ont commencé à délocaliser vers le Mexique. Le Canada bluffe, et tout le monde le sait.
Mais alors, à quoi bon ce coup de force ? À deux choses, peut-être. D’abord, faire croire qu’Ottawa ne se laisse pas faire. Ensuite, forcer Washington à négocier, même si, cette fois, la table est mise pour une partie sans gagnant.
Carney, l’homme qui a peur de son ombre
Chris Carney, c’est le ministre canadien du Commerce. Un type sérieux, habitué aux dossiers techniques. Sauf que là, il joue les équilibristes sur une corde raide. Parce que derrière les grands discours sur la souveraineté économique, il y a une réalité moins glorieuse : le Canada dépend des États-Unis comme un drogué à sa dose.
Prenez l’exemple de l’aluminium. Le Canada en produit des montagnes, et les États-Unis en importent massivement. Trump a déjà menacé de taxer l’aluminium canadien, et les cours ont chuté de 30% en quelques semaines. Personne ne veut voir ça se reproduire. Pourtant, c’est exactement ce qui pourrait arriver si Ottawa persiste. Carney sait ça. Il a les chiffres sous les yeux : les exportations canadiennes vers les États-Unis représentent 75% de notre commerce extérieur (source : Statistique Canada, 2022). Une guerre commerciale, même limitée, ce serait comme se tirer une balle dans le pied.
Pourtant, il monte au créneau. Pourquoi ? Parce que Trump a une arme bien plus puissante que les droits de douane : l’opinion publique. Et là, il joue sur un terrain miné. En 2018, les fermiers américains ont manifesté contre les taxes canadiennes. Résultat ? Trump a reculé. Cette fois, il n’a rien à perdre.
Ce que les marchés ignorent (mais devraient savoir)
Les Bourses, elles, font comme si de rien n’était. Le S&P 500 a même frôlé un nouveau record hier. Personne ne panique. Pourtant, il y a un détail qui cloche : les chaînes d’approvisionnement.
Prenez l’exemple de Bombardier. L’avionneur québécois vend ses jets aux États-Unis, mais aussi en Europe. Si Trump décide de riposter en taxant les pièces détachées, comme il l’a fait avec l’acier en 2018, Bombardier pourrait se retrouver coincé entre deux feux. Même problème pour les producteurs de porc ontarien : leurs clients américains pourraient se tourner vers le Brésil ou le Vietnam. Le Canada a les cartes, mais pas les atouts.
Et puis, il y a l’effet domino. Si les États-Unis ripostent, l’UE pourrait en profiter pour renégocier ses accords. L’Australie aussi. Le Canada se retrouve isolé, comme un boxeur seul dans le ring.
La vraie question : et après ?
Carney et son équipe misent sur une chose : Trump n’osera pas aller trop loin avant l’élection de 2024. Parce qu’une guerre commerciale ouverte, c’est mauvais pour l’économie américaine, et donc pour sa réélection. Sauf que Biden n’est pas Trump. Biden a déjà montré qu’il pouvait être tout aussi dur sur le commerce. En 2021, il a maintenu les taxes sur l’acier canadien. La différence ? Il le fait sans faire de bruit.
Alors, où ça nous mène ? À une impasse. Le Canada frappe, les États-Unis pourraient contre-attaquer, mais sans faire de vagues. Les perdants ? Les consommateurs, les PME, et surtout les travailleurs des deux côtés de la frontière.
Parce qu’au final, personne ne gagne. Sauf peut-être les avocats spécialisés en droit du commerce international, qui vont se frotter les mains en voyant les dossiers s’accumuler.
Le piège dans lequel Ottawa s’est enfermé
Le pire, c’est que le Canada sait tout ça. Mais il n’a pas le choix. Parce que Trump a une stratégie simple : faire croire qu’il peut tout casser, et voir ce qui reste debout. Et cette fois, Ottawa a mordu à l’hameçon.
Le problème, c’est que les droits de douane, ça ne résout rien. Ça punit, ça fait mal, mais ça ne règle pas les vrais problèmes : les subventions américaines, les normes environnementales, la concurrence déloyale. Le Canada aurait dû négocier avant, pas maintenant.
Maintenant, il est trop tard. Les dés sont jetés. Et la seule question qui reste est de savoir qui va cligner des yeux le premier.
Parce que, au bout du compte, ce ne sont pas les milliards de dollars qui vont faire la différence. C’est la peur. Et Ottawa vient de montrer qu’il en avait encore.