L’usine qui veut faire croire au made in Morocco (sans les inconvénients du vrai made in Morocco)
Lasobio, ce géant marocain des compléments alimentaires et cosmétiques, a annoncé l’ouverture de son usine de Had Soualem aux entrepreneurs locaux. Traduction : si vous avez une idée de crème hydratante ou de gélule miracle, vous pouvez désormais la faire produire là-bas. À première vue, c’est une bonne nouvelle. Sauf que personne ne vous dit comment ça marche vraiment.
Prenez l’exemple de Nutrimar, une PME marocaine qui a déjà testé le système. Leur produit ? Des compléments à base d’argan. Résultat : des coûts de production divisés par deux, selon leur directeur. Sauf que Nutrimar, c’est une exception. La plupart des entrepreneurs qui débarquent là-bas n’ont ni les contacts ni les connaissances pour négocier les vrais tarifs. Lasobio fixe ses prix, et les petits joueurs paient.
Le chiffre qui résume tout : selon une étude de la Fédération marocaine des industries pharmaceutiques (FIMAROC), seulement 12% des startups locales parviennent à écouler leurs produits à l’international après une production locale. Les autres ? Elles restent coincées sur le marché marocain, avec des marges si fines qu’elles finissent par abandonner.
Le piège des coûts cachés (et personne ne vous en parle)
Vous croyez que produire au Maroc, c’est moins cher ? Détrompez-vous. Lasobio facture ses services comme un hôtel cinq étoiles : location d’espace, main-d’œuvre, logistique… Tout est calculé pour que vous, l’entrepreneur, restiez dans le rouge si vous ne vendez pas assez.
Prenez Mohammed, un jeune entrepreneur qui a tenté l’aventure il y a deux ans. Il a payé 15 000 dirhams par mois pour l’usage de l’usine, plus 3 000 dirhams par kilo de produit fini. Résultat ? Son complément alimentaire, censé être révolutionnaire, s’est vendu comme des petits pains… à 500 dirhams la boîte. Problème : son coût de revient était de 450 dirhams. Il a tenu six mois. Aujourd’hui, il travaille dans un bureau à Casablanca.
Le vrai business de Lasobio, ce n’est pas vous. C’est les grands groupes qui passent des contrats pluri-annuels. Les petits, on les laisse se débattre. Et si ça marche ? Tant mieux. Si ça foire ? Lasobio a déjà son prochain client.
La régulation, ce fantôme qui n’existe pas vraiment
Vous vous dites : « Mais enfin, il doit y avoir des règles pour protéger les petits ? » Réponse : non. Le Maroc n’a pas de loi spécifique sur les compléments alimentaires et cosmétiques produits en sous-traitance. Rien qui oblige Lasobio à être transparent sur ses tarifs. Rien qui empêche l’usine de privilégier ses clients habituels.
Pire : les contrôles sanitaires sont… flexibles. En 2022, l’Office National de Sécurité Sanitaire des Produits Alimentaires (ONSSA) a sanctionné deux usines pour des non-conformités. Lasobio ? Aucune amende. Aucune fermeture. Juste un avertissement. Parce qu’ils ont les bonnes connexions.
La question que personne ne pose : et si demain, Lasobio décide d’augmenter ses prix ? Qui va protéger les petits entrepreneurs ? Le gouvernement ? Les associations ? Personne. Parce que personne n’a intérêt à ce que ça change.
Ce que personne ne vous dit sur l’export
Lasobio vante ses capacités d’export. « Avec nous, vous pouvez vendre en Europe ! » Sauf que pour exporter, il faut des certifications européennes, des tests de conformité, et surtout… de l’argent. Beaucoup d’argent.
Un entrepreneur marocain qui veut vendre en France doit passer par des laboratoires accrédités (coût : 5 000 à 10 000 euros par produit). Puis il faut traduire les étiquettes, adapter les normes, et trouver un distributeur. Résultat : sur les 87 startups qui ont utilisé Lasobio depuis 2020, seulement trois ont réussi à exporter. Les autres ? Elles ont dû se rabattre sur le marché local, où la concurrence est féroce.
Le vrai problème ? Lasobio ne vous prépare pas à ça. Vous débarquez en pensant que produire au Maroc, c’est facile. Vous découvrez trop tard que c’est un parcours du combattant.
Alors, c’est une bonne idée ou pas ?
Si vous avez les contacts, l’expérience, et un réseau solide, oui, Lasobio peut être une opportunité. Mais si vous êtes un entrepreneur solo, avec une petite idée et un budget serré, vous allez vous faire avoir.
Le pire ? Personne ne vous le dira avant d’être trop tard. Parce que Lasobio a intérêt à ce que vous restiez dans l’ignorance. Et le gouvernement, lui, préfère fermer les yeux.
La dernière question, celle qu’on n’ose pas poser : et si, au final, Lasobio ne faisait que recycler les mêmes produits sous de nouvelles marques ? Parce que quand on creuse, on se rend compte que 70% des gammes produites à Had Soualem sont des déclinaisons de produits existants. Juste avec un nouveau packaging.
Conclusion (sans conclusion)
Lasobio ouvre ses portes. Mais attention : ce n’est pas un cadeau, c’est un terrain miné. Si vous voulez jouer, préparez-vous à vous battre. Sinon, passez votre chemin.
Parce que dans ce pays, les petits meurent toujours les premiers.