Hinduja mise sur Maurice, mais l'île résiste encore

Le groupe indien Hinduja explore de nouveaux terrains à Maurice, mais les obstacles sont nombreux. Entre promesses d’investissements dans les énergies vertes et un marché local qui peine à décoller, l’équation reste fragile. Pourquoi cette visite cache-t-elle plus qu’il n’y paraît ?

Publié le 18 septembre 2026 à 08:06
Hinduja mise sur Maurice, mais l'île résiste encore

Un rendez-vous qui sent le calcul politique

Ashok Hinduja et son fils Ajay n’ont pas perdu de temps. À peine arrivés à Port-Louis, ils ont été reçus en grande pompe par Navin Ramgoolam, comme si l’île Maurice était enfin prête à sauter dans le panier des investisseurs indiens. Sauf que, sur le terrain, les choses sont moins simples. Le groupe Hinduja, déjà présent dans les ports, l’agroalimentaire et les infrastructures, veut maintenant jouer les pionniers des énergies renouvelables et du transport électrique. Une aubaine pour une île qui étouffe sous ses centrales thermiques et ses embouteillages légendaires ? Pas si sûr.

Le piège des énergies vertes : une illusion locale

Maurice mise tout sur son image de paradis écologique. Les panneaux solaires fleurissent, les éoliennes se profilent à l’horizon, et le gouvernement parle de neutralité carbone d’ici 2030. Sauf que les chiffres mentent un peu. Selon la Central Electricity Board, seulement 12 % de l’électricité mauricienne vient des renouvelables en 2023. Le reste ? Du diesel et du charbon, importés à prix d’or. Hinduja le sait. Son groupe a déjà des actifs dans les énergies propres en Inde et en Afrique. Mais à Maurice, le vrai défi, ce n’est pas la technologie. C’est la régulation.

Les procédures pour installer un parc solaire ou une borne de recharge électrique prennent six mois à deux ans. Six mois à deux ans pendant lesquels les promoteurs regardent leurs marges fondre. Les contrats publics, eux, sont souvent bloqués par des appels d’offres interminables. Résultat : les projets peinent à décoller. Même les géants comme Hinduja, habitués aux marchés indiens où les autorisations tombent en 45 jours, vont devoir s’adapter. Ou abandonner.

Le transport électrique : un marché qui n’existe pas encore

Sur le papier, c’est simple : Maurice veut électrifier ses transports. Les bus publics, vieillissants et polluants, doivent laisser place à des véhicules propres. Problème : il n’y a presque pas d’infrastructure. Pas assez de bornes, pas assez de batteries locales, et surtout, pas assez de demande. Les Mauriciens achètent encore des voitures thermiques, souvent d’occasion, parce que le coût de la vie est déjà trop élevé pour se payer un véhicule électrique à 50 000 euros. Hinduja pourrait changer la donne en important des bus ou des camions électriques à grande échelle. Mais pour ça, il faudrait que l’État mauricien lui garantisse des commandes stables. Et là, c’est le flou.

Derrière les sourires, une guerre d’influence

Ce qui intéresse vraiment Hinduja, ce n’est pas seulement Maurice. C’est l’Afrique de l’Est. L’île est une porte d’entrée vers Madagascar, les Comores, peut-être même La Réunion. Le groupe indien veut y implanter ses technologies vertes, ses ports, ses usines. Sauf que pour y arriver, il a besoin d’un partenaire local crédible. Et Navin Ramgoolam, malgré ses discours, n’a pas encore prouvé qu’il pouvait accélérer les choses.

Il y a un détail qui saute aux yeux : aucun contrat signé lors de cette visite. Juste des discussions. Des promesses. Des poignées de main. Comme si les deux parties testaient le terrain avant de s’engager. Hinduja ne veut pas brûler les étapes. Et Ramgoolam, lui, attend peut-être que d’autres investisseurs, chinois, français, ou même sud-africains, fassent le premier pas.

L’énergie, ce faux ami

Les énergies renouvelables, c’est le nouveau graal des investisseurs. Tout le monde en parle, mais peu osent vraiment y mettre les pieds. À Maurice, le problème n’est pas le manque d’ambition. C’est le manque de cohérence. Le gouvernement parle vert, mais les faits sont gris. Les subventions pour les panneaux solaires ? Elles ont été coupées en 2022. Les incitations pour les véhicules électriques ? Elles traînent depuis trois ans. Résultat : les projets stagnent.

Hinduja pourrait être le catalyseur qui fait bouger les lignes. Ou alors, il va se heurter à la même réalité que les autres : à Maurice, les belles promesses ne suffisent pas. Il faudrait un vrai choc, une crise énergétique, une pénurie de carburant, pour que les choses bougent. Et même là, personne ne garantit que les investisseurs ne se feront pas avoir.

Ce que personne ne dit sur les transports

Le transport électrique, c’est joli sur les brochures. Mais à Maurice, ça se traduit par quoi ? Par des bus qui roulent au diesel parce qu’il n’y a pas assez de bornes. Par des conducteurs qui rechargent leurs véhicules sur des prises domestiques, au risque de faire sauter les compteurs. Par des usagers qui refusent de payer plus cher leur ticket pour un service qui ne change rien à leur quotidien.

Hinduja pourrait révolutionner ça. Ou alors, il va se retrouver avec des flottes de véhicules électriques sans infrastructure, comme en Inde où Tata a dû abandonner des projets similaires faute de rentabilité. Le risque est réel. Et personne ne semble vouloir en parler.

La vraie question : qui va payer ?

Tout le monde attend que ce soit l’autre qui investisse d’abord. Hinduja veut des garanties de l’État mauricien. L’État mauricien veut des preuves que Hinduja est sérieux. Les Mauriciens, eux, veulent des résultats sans payer plus cher. Personne ne veut mettre la main au portefeuille.

C’est ça, le vrai problème. Pas les énergies renouvelables. Pas les véhicules électriques. Mais l’incapacité à assumer le coût de la transition. À Maurice, comme ailleurs, le vert reste un luxe. Et les investisseurs, même les plus puissants, ne sont pas des philanthropes.

Conclusion : une visite qui en dit long

Hinduja est venu. Il a parlé. Il repartira avec des sourires en poche et des dossiers bien épais. Mais sans contrat. Sans engagement clair. Parce que Maurice, malgré ses atouts, reste un marché où les promesses valent plus que les actes. Et où les investisseurs, même les plus déterminés, finissent souvent par se lasser.

La vraie question n’est pas si Hinduja va investir. Mais combien de temps il faudra avant que quelqu’un ne se décide à payer le prix de l’avenir.

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie