Le Maroc, nouveau hub low-cost pour les promotions françaises
HighCo, le groupe qui gère les opérations promotionnelles pour les grandes enseignes, va regrouper ses activités de gestion des bons de réduction et des offres de remboursement au Maroc. Concrètement, c’est 150 emplois en France qui disparaissent, ceux des centres de gestion de HighCo Data et de Sogec, actuellement basés en Île-de-France et en région parisienne. À la place, des postes seront créés à Casablanca, dans un nouveau centre dédié. Officiellement, il s’agit d’une « optimisation des coûts » et d’une « rationalisation des processus ». Traduction : les salaires marocains sont bien moins élevés que ceux des techniciens français.
Pourtant, ce n’est pas la première fois qu’on voit des emplois liés à la data partir à l’étranger. Mais cette fois, le secteur est moins visible. Les bons de réduction, les codes promo, les remboursements, ça ne fait pas rêver comme l’IA ou les fintechs. Personne ne manifeste pour ça. Personne ne parle de « souveraineté numérique ». Pourtant, c’est bien du traitement de données dont il s’agit : des algorithmes qui calculent des réductions, des bases de données clients, des vérifications de fraude. Tout ça, ça se délocalise sans que ça fasse débat.
Et puis, il y a le détail qui cloche : HighCo Data et Sogec sont des filiales de HighCo, une société française. Alors pourquoi externaliser vers un pays tiers plutôt que de réorganiser en interne ? La réponse est simple : le Maroc offre une main-d’œuvre moins chère, des coûts logistiques moindres, et une fiscalité avantageuse. Selon une étude de la Chambre de Commerce France-Maroc (2023), les coûts salariaux au Maroc représentent 30 à 40 % de ceux de la France pour des profils similaires. Pas besoin d’être économiste pour comprendre que c’est un argument massue.
Pourquoi personne ne réagit ?
Alors, pourquoi cette délocalisation passe-t-elle inaperçue ? Plusieurs raisons.
D’abord, les métiers concernés ne sont pas glamours. Personne ne va manifester pour défendre les emplois de gestion des bons de réduction. Ce n’est pas un secteur en tension comme la santé ou l’éducation. Les syndicats, déjà sursollicités, ne vont pas se battre pour des postes qui ne font pas partie de leurs priorités historiques.
Ensuite, il n’y a pas de contre-pouvoir médiatique. Les délocalisations industrielles, on en parle. Les usines qui ferment en Bretagne ou en Lorraine, ça fait la une. Mais les centres de gestion de promotions ? Personne n’écrit dessus. Les journalistes économiques préfèrent couvrir les licornes et les startups qui recrutent à Paris. Résultat : HighCo peut agir sans pression.
Enfin, il y a une forme de fatalisme. Depuis des années, on nous serine que la France doit « s’adapter » à la mondialisation. Les emplois « non stratégiques » doivent partir, c’est la loi du marché. Alors quand une entreprise annonce qu’elle délocalise 150 postes, on hoche la tête et on passe à autre chose. Personne ne se demande pourquoi ces postes ne pourraient pas être maintenus en France, avec des salaires décents et des conditions de travail correctes.
Ce que ça signifie pour les salariés et les marques
Pour les employés français concernés, c’est une mauvaise nouvelle. Même si HighCo promet des « accompagnements » (reclassement, formations), la réalité est souvent moins rose. Les centres de gestion comme celui de Sogec à Saint-Denis ou celui de HighCo Data en région parisienne employaient des profils qualifiés : des techniciens informatiques, des gestionnaires de données, des spécialistes du marketing opérationnel. Des métiers qui ne se délocalisent pas si facilement.
Et puis, il y a le risque de perte de savoir-faire. Ces centres géraient des processus ultra-spécifiques : la vérification des codes promo, la lutte contre la fraude, la gestion des litiges. Si ces compétences disparaissent de France, c’est toute une expertise qui s’expatrie. À long terme, ça pourrait poser problème pour les marques françaises qui dépendent de ces services.
Côté marques, l’argument est simple : ça coûte moins cher. Carrefour, Auchan, Nestlé, toutes ces enseignes vont pouvoir réduire leurs coûts opérationnels. Mais est-ce que ça se répercute sur les prix pour le consommateur ? Pas forcément. Les promotions, elles, restent. Seul le lieu où on les gère change.
Le vrai problème : on normalise la délocalisation des métiers de la data
Ce qui est inquiétant, c’est que HighCo ne fait que suivre une tendance. Depuis quelques années, les métiers liés à la data, à l’informatique, même certains services clients, partent à l’étranger. Le Maroc, l’Inde, l’Europe de l’Est, les destinations se multiplient.
Pourtant, ces métiers ne sont pas si « non stratégiques » que ça. La data, c’est le nerf de la guerre pour les entreprises. Si on laisse filer les compétences qui gèrent les bases clients, les algorithmes de fidélisation, les systèmes de paiement, qu’est-ce qui reste ?
Le pire, c’est que personne ne semble s’en soucier. Les politiques parlent de « souveraineté numérique », mais en pratique, ils ferment les yeux quand une entreprise française délocalise ses centres de données. Les syndicats se battent pour les usines, pas pour les open spaces.
Et puis, il y a une question plus large : est-ce que la France va devenir un pays où même les métiers de la data sont condamnés à partir ? Si HighCo peut délocaliser 150 postes sans que ça fasse de vagues, c’est que quelque chose ne tourne pas rond.
La prochaine fois, ce sera pire
HighCo a annoncé cette délocalisation sans tambour ni trompette. Pas de communiqué choc, pas de débat public. Juste une décision prise en interne, avec l’aval des actionnaires. Et si personne ne réagit maintenant, la prochaine fois, ce sera encore plus facile.
Parce que demain, ce ne seront plus seulement les bons de réduction qui partiront. Ce seront les centres d’appels, les services clients, peut-être même certains services informatiques. Et si on ne réagit pas aujourd’hui, on normalisera l’idée que la France n’a plus sa place dans ces métiers.
Alors oui, le Maroc a ses atouts. Mais est-ce qu’on veut vraiment que la France devienne un pays où même la gestion des promotions se fait à l’étranger ?
La réponse, pour l’instant, semble être : non, mais peu importe.